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Actualités - Analyse

Analyse Le terrorisme tue désormais par la seule menace

La bousculade provoquée par une rumeur d’attentat dans une procession à Bagdad, qui a fait un millier de morts, enclenche un nouveau cycle pour le terrorisme, désormais capable de tuer par la seule menace, selon des spécialistes. « Le but du terrorisme, c’est de terroriser », souligne le criminologue Xavier Raufer, coauteur du récent ouvrage L’énigme el-Qaëda. « Comme les Irakiens s’étaient quand même endurcis sous Saddam, il a fallu déclencher une campagne terrible de terrorisme pour bloquer tout dans la tête des gens et les faire céder à des réflexes de panique », explique-t-il. « La campagne de terreur a porté ses fruits parce que, maintenant, la seule menace de l’attentat peut faire autant sinon plus de morts que l’attentat lui-même », relève Xavier Raufer. Selon le dernier bilan, 965 pèlerins chiites ont péri mercredi dans une bousculade sur un pont de Bagdad, de loin la pire tragédie en Irak depuis la chute de Saddam Hussein en avril 2003. « La menace en question a été prise au sérieux parce qu’elle était crédible », ajoute M. Raufer. « Il n’y a pas un seul grand rassemblement chiite au cours des deux années qui n’ait été ciblé par des hommes se réclamant de Zarqaoui ou de groupes analogues », précise-t-il, en référence au chef d’el-Qaëda en Irak. Le président de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) François Géré relève également la spécificité de « la situation en Irak et la psychose de l’attentat-suicide ». « Ce n’est même pas une psychose, c’est tout simplement un fait de vie quotidienne », explique-t-il. Les spécialistes jugent néanmoins improbable qu’un groupe ait sciemment provoqué la panique, comme l’ont prétendu des responsables irakiens. « Ce qui est vrai, c’est que le matin même, il y avait eu des tirs de mortier en direction de la procession, et donc la menace était d’autant plus crédible », rappelle M. Raufer. « La tentation, comme toujours, d’aller chercher le complot est quand même très forte », note Jean-François Daguzan, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. « Les pèlerinages chiites sont marqués par une violence sacrificielle très forte », souligne-t-il. Pour lui, la menace du terrorisme vient s’ajouter automatiquement à ce climat, et comme « il y avait beaucoup de monde au même endroit, on a eu un drame particulièrement épouvantable ». M. Géré considère que l’incurie des secours a alourdi le bilan, mais redoute également que des crises similaires ne se reproduisent ailleurs. « Aujourd’hui dans un pays comme l’Irak et dans un certain nombre de pays, avec malheureusement en perspective, après les attentats de Londres, les pays occidentaux, il y a une hypersensibilité au phénomène », souligne-t-il. « Il est tout à fait concevable que de manière très délibérée, des organisations terroristes utilisent le spectre de l’opération-suicide pour créer des mouvements de panique, pour conduire à vider les magasins, vider le métro, etc., poursuit-il. Je crois malheureusement que nous allons devoir, pendant quelque temps, faire face à des phénomènes de ce genre. » Sélim SAHEB ETTABA/AFP

La bousculade provoquée par une rumeur d’attentat dans une procession à Bagdad, qui a fait un millier de morts, enclenche un nouveau cycle pour le terrorisme, désormais capable de tuer par la seule menace, selon des spécialistes.
« Le but du terrorisme, c’est de terroriser », souligne le criminologue Xavier Raufer, coauteur du récent ouvrage L’énigme el-Qaëda. « Comme les Irakiens s’étaient quand même endurcis sous Saddam, il a fallu déclencher une campagne terrible de terrorisme pour bloquer tout dans la tête des gens et les faire céder à des réflexes de panique », explique-t-il. « La campagne de terreur a porté ses fruits parce que, maintenant, la seule menace de l’attentat peut faire autant sinon plus de morts que l’attentat lui-même », relève Xavier Raufer.
Selon le dernier bilan, 965 pèlerins...