Il fut un temps (heureusement révolu) où l’armée ne laissait pas écrire une ligne qui lui fût déplaisante sans émettre sur-le-champ un communiqué de réfutation rectifiant les propos incriminés.
Mais aujourd’hui, elle est redevenue plus que jamais la Grande muette. Au point de laisser les autres parler à sa place, quelque déplacées ou inconvenantes que soient les déclarations.
Ainsi, selon an-Nahar du 17 août, un député hezbollahi, Kassem Hachem, a critiqué la visite au Sud d’une délégation américaine, disant que les Américains désirent que l’armée libanaise soit déployée sur la frontière pour procurer « la tranquillité à l’ennemi », cela après avoir délivré avec indulgence ce certificat de bonne conduite : « L’armée se trouve actuellement et réellement sur la frontière et fait son devoir de façon exemplaire. »
Mais il y a beaucoup mieux : dans Magazine du 19 août, cité par L’Orient-Le Jour de la même date, le député hezbollahi Hussein el-Hajj Hassan dit tout bonnement que « l’armée n’est pas en mesure de défendre le Liban ». Comme justification de son attitude, il déclare : « Comment se sentir rassurés, alors qu’à nos portes, Israël possède 400 têtes nucléaires ? » Conclusion imparable du stratège : lorsque Israël aura été dessaisi de ces 400 têtes, alors nous parlerons du désistement de notre armement. Laissons au parquet le côté juridique de pareils propos qui pourraient être considérés comme touchant au crédit de notre défense nationale.
Il faut dire que le mutisme obstiné des autorités a laissé le champ libre aux porte-parole de ce parti, qui ont fini par se croire libres d’émettre les propos les plus étranges, comme ceux du président de leur bloc parlementaire, Mohammed Raad, menant campagne contre la 1559 et déclarant le samedi 23 avril : « La résolution 1559 n’est pas dirigée seulement contre la Résistance, mais contre le Liban tout entier, et ceux qui, aujourd’hui, sont les chantres de cette décision se changeront en subalternes et en laquais des Américains… » (an-Nahar du 24 avril 2005).
Le plus cocasse, c’est que ces propos ont été prononcés alors que les présidents de la République, du Conseil et de la Chambre, rentrant ensemble de Rome après l’intronisation du nouveau pape, venaient d’affirmer à plusieurs reprises leur acceptation de la 1559 et leur intention de coopérer à son application.
Lorsque, en juin 2002, s’est tenue à Beyrouth la IVe Conférence internationale sur les économies et les finances du Moyen-Orient, l’une de ses constatations, reproduites en manchette dans L’Orient-Le Jour du 8/6/02, fut que « Le Liban a un budget militaire disproportionné ». La Grande muette s’est alors dépêchée de publier un communiqué abondant en statistiques et en chiffres sibyllins accessibles à quelques rares initiés, sans qu’on puisse y détecter la moindre réfutation concernant son « budget disproportionné ». Mais elle a quand même répondu.
Or maintenant, le silence olympien de ceux qui détiennent la force laisse le champ libre à toutes les arrogances.
Albert SARA
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il fut un temps (heureusement révolu) où l’armée ne laissait pas écrire une ligne qui lui fût déplaisante sans émettre sur-le-champ un communiqué de réfutation rectifiant les propos incriminés.
Mais aujourd’hui, elle est redevenue plus que jamais la Grande muette. Au point de laisser les autres parler à sa place, quelque déplacées ou inconvenantes que soient les déclarations.
Ainsi, selon an-Nahar du 17 août, un député hezbollahi, Kassem Hachem, a critiqué la visite au Sud d’une délégation américaine, disant que les Américains désirent que l’armée libanaise soit déployée sur la frontière pour procurer « la tranquillité à l’ennemi », cela après avoir délivré avec indulgence ce certificat de bonne conduite : « L’armée se trouve actuellement et réellement sur la frontière et fait son...