L’été ramène inéluctablement au Liban les expatriés et leur sollicitude à propos de l’évolution d’un pays auquel ils restent viscéralement attachés. L’une des questions récurrentes concerne « la situation économique ». Mais l’interrogation s’accompagne immanquablement de la même remarque, toute prête, qui dispense celui à qui elle est adressée d’une réponse argumentée : « Finalement, la livre tient le coup, non ? »
La stabilité de la livre libanaise est devenue au fil des ans l’unique critère pour évaluer la santé de l’économie libanaise. Il a été adopté tant par les estivants attablés devant des mezzés gargantuesques que par les auteurs des abondants rapports économiques sur le Liban dont la littérature est invariablement identique.
Il est vrai qu’une dévaluation causerait un grand choc. Elle serait une preuve irréfutable de la crise. Personne ne la souhaite. De là à considérer que l’éviter est un accomplissement en soi, il y a un pas. Ce n’est pas un hasard si tout le monde le franchit allègrement, mais le résultat d’une stratégie politique entamée dès le début des années 1990.
En liant la crédibilité de leur politique économique à la stabilité de la monnaie nationale, les gouvernements qui se sont succédé depuis plus d’une décennie ont commis une erreur dont ils sont devenus les otages.
La prééminence de ce critère a été d’autant plus renforcée qu’aucun effort n’a été entrepris pour mettre au point les indicateurs de mesure de l’évolution de l’économie réelle. Chômage, inflation, consommation des ménages, production industrielle, etc. sont autant d’indices mensuels ou trimestriels de la santé d’une économie. Ils sont calculés de façon régulière par tout État désireux de se doter d’instruments de mesure de sa politique économique. Au Liban, quinze ans après la fin de la guerre, on en est encore à réfléchir au moyen de mettre au point ces indicateurs indispensables. Les études statistiques ignorent systématiquement les aspects macroéconomiques pour se contenter d’apprécier la performance de certains secteurs, certes importants, mais d’envergure limitée, comme le tourisme, la construction ou la banque.
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la parité de la livre et du dollar paraisse résumer la situation aux yeux du commun des commentateurs, même si le spectre de la dette publique le force de plus en plus à y apporter un bémol.
En revanche, le citoyen lambda perçoit les choses différemment. S’il n’en a pas une vision macroéconomique, le chômage, la pauvreté, l’inflation, etc. le touchent directement. Et s’il se réjouit parfois de la stabilité de la livre libanaise qui lui évite de devoir assumer entièrement sa vieille mère, grâce au revenu de son livret d’épargne, il prend souvent la décision de tenter sa chance à l’étranger.
L’émigration, telle est la véritable variable d’ajustement de l’économie libanaise. La stabilité monétaire n’est qu’un masque.
Sibylle RIZK
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La stabilité de la livre libanaise est devenue au fil des ans l’unique critère pour évaluer la santé de l’économie libanaise. Il a été adopté tant par les estivants attablés devant des mezzés gargantuesques que par les auteurs des abondants rapports économiques sur le Liban dont la littérature est invariablement identique.
Il est vrai qu’une dévaluation causerait un grand...