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Actualités - Opinion

Les leçons d’un scrutin

Le courant du général Aoun a réussi à polariser le vote des chrétiens lors des élections législatives du printemps 2005, depuis le Akkar jusqu’aux confins du Sud, en passant par Zahlé (à l’exception de Bécharré). Quoique toutes ces voix se soient converties maigrement en nombre de députés, il reste que leur nombre constitue le réservoir de l’expression des sentiments des chrétiens libanais après les derniers développements politiques. L’inouï est dans la mobilisation de la majorité des chrétiens, non contre les symboles de l’ère révolue (syrienne) ou du régime sécuritaire, mais contre ceux de l’union sacrée du 14 mars. Le fait est dans la convergence entre la dynamique politique du général Aoun et la mouvance populaire chez les chrétiens. Quoiqu’il soit encore prématuré d’émettre des thèses concluantes, il est cependant impératif de déterminer les points de retrouvailles entre le Courant patriotique libre et le sentiment majoritaire des chrétiens. Serait-ce trop s’aventurer que de parler d’acquis accumulés par les chrétiens à la faveur des deux derniers développements fondamentaux survenus, à savoir l’assassinat du président Hariri et le retrait syrien total du Liban? Le martyre du président Hariri a porté un coup dur à la pérennité des sunnites dans l’application de Taëf. Son absence signifie celle d’un leadership sunnite extrêmement puissant, susceptible de rassembler autour de lui sa communauté, mais aussi d’autres musulmans et peut-être même la majorité des Libanais. Ce vide énorme met en contraste les rouages de Taëf (la pérennité des sunnites) avec les nouvelles donnes de la réalité. Involontairement, la disparition du président Hariri, qui fut un séisme national, a renforcé les chrétiens, redevenus indispensables à la marche du pouvoir. Le martyre du président Hariri fut le catalyseur du retrait syrien du Liban. À son tour, ce retrait profita surtout aux chrétiens. Se considérant marginalisés et vaincus par cette présence (longtemps perçue comme une occupation), les représentants des chrétiens ont célébré la libération, surtout dans les localités les plus éloignées et ayant subi l’oppresseur depuis 1976 (Akkar, Deir el-Ahmar, Qaa, Zahlé, Békaa-Ouest,…). L’un dans l’autre, ces deux développements capitaux ont facilité la réémergence des chrétiens sur toute la carte géopolitique du Liban, depuis le Nord jusqu’au Sud, et d’Est en Ouest. Le message était clair : les chrétiens sont de retour dans l’équation nationale, ils pèsent d’un poids énorme (politiquement) dans la balance. Avec l’achèvement du retrait syrien (fin avril), les chrétiens finissaient de se relever. Le 7 mai 2005 atterrissait le général Aoun à l’aéroport de Beyrouth. Les maladresses à expliquer l’adoption de la loi électorale de 2000 par les défenseurs de celle de 1960, l’exploitation confessionnelle par certains acteurs de l’ère révolue et surtout le communiqué des évêques maronites du 10 mai 2005 achevaient de mener (peut-être provisoirement) les chrétiens aux stations où s’arrêtait le général Aoun. La jonction nécessita seulement quelques techniques rhétoriques et beaucoup d’empressement déplacé chez les autres acteurs du 14 mars (Saad Hariri et Walid Joumblatt). Elle déboucha aussi sur une absence quasi totale de Kornet Chehwane, qui préféra s’abriter derrière des joutes oratoires au lieu d’avancer des propositions. Le reste fut fait grâce à des manipulations et à un travail de sape dévastateur. Le général Aoun avait gagné son pari de polariser l’électorat chrétien. Cependant, il s’est retrouvé à la tête d’un ensemble populaire en gestation ayant un besoin immédiat de convertir sa nouvelle force politique en acquis au niveau du pouvoir. Encore une fois, le général montre qu’il ne sait que transformer une force politique en mouvement, une simple fronde populaire. Ibrahim GEMAYEL
Le courant du général Aoun a réussi à polariser le vote des chrétiens lors des élections législatives du printemps 2005, depuis le Akkar jusqu’aux confins du Sud, en passant par Zahlé (à l’exception de Bécharré). Quoique toutes ces voix se soient converties maigrement en nombre de députés, il reste que leur nombre constitue le réservoir de l’expression des sentiments des chrétiens libanais après les derniers développements politiques.
L’inouï est dans la mobilisation de la majorité des chrétiens, non contre les symboles de l’ère révolue (syrienne) ou du régime sécuritaire, mais contre ceux de l’union sacrée du 14 mars. Le fait est dans la convergence entre la dynamique politique du général Aoun et la mouvance populaire chez les chrétiens. Quoiqu’il soit encore prématuré d’émettre des...