Le génie de la résurrection du Liban doit se fonder sur son histoire ancienne et récente, pour qu’une coexistence pacifique et définitive entre toutes ses communautés puisse enfin voir le jour, sans qu’aucun germe d’un nouveau conflit puisse naître, que ce soit par aveuglement entraîné par l’enthousiasme ambiant, par immaturité politique ou, plus grave encore, par incompétence. Les leçons du passé doivent nous servir pour reconstruire notre avenir.
Méfions-nous d’une solution toute faite pour résoudre nos problèmes.
L’unité du Liban se doit d’être la plus large possible, se basant sur ce qui nous caractérise, pour que nous puissions dire tous, simultanément, ce que nous ne voulons plus voir, ni entendre.
Le Libanais a profité, a subi ou a été l’exécutant et, s’il est toujours là, a vécu durant ces trente dernières années de pillages, emprisonnements arbitraires, massacres, bombardements et destructions aveugles, invasions par des armées régulières, que ce soit par l’Est ou par le Sud, légalisations plus ou moins officielles de ces présences indésirables par l’Est ou par l’Ouest, nominations arbitraires et sans aucune représentativité à tous les niveaux de cet État, devenu de facto fantoche.
Après toutes ces années noires, aucune stabilité nationale ne peut voir le jour sans un préalable, indispensable à toute réconciliation, et précédant celle-ci : le pardon.
Ce pardon ne peut se manifester sans la reconnaissance officielle des crimes commis par tous les belligérants. Et c’est peut-être là l’étape la plus laborieuse à réaliser, mais certainement la plus essentielle (chrétiens entre eux, chrétiens et druzes, sunnites et chiites, sunnites et chrétiens, chiites entre eux,... la liste serait longue et certainement non exhaustive).
Pour vivre ensemble pacifiquement, les citoyens doivent pouvoir exprimer leurs divergences de vue, à tous les niveaux de la représentation nationale et sans interdit, non pas par les armes, mais par le moyen démocratique que nous connaissions bien mais dont on nous a volontairement privés durant toutes ces années.
Les Libanais ne doivent pas être amnésiques, sinon ils répéteront les erreurs passées.
Le souvenir de ce conflit, qui ne dit pas encore son nom, doit être présent dans l’inconscient et le conscient collectif.
Nos futurs dirigeants, quels qu’ils soient, doivent absolument en tenir compte.
Tant que nous ne sommes pas capables de traiter avec la vérité, tant que les problèmes essentiels sont remis à plus tard dans un hypothétique espoir de règlement, tant que nous nous attaquerons seulement à la forme aux dépens du fond, le Liban, s’il existe encore au bout de cette tragédie, se verra infligé, à chaque génération, des sanctions le remettant en question de manière encore plus sanglante.
Je pense que notre pays est en train de renaître maintenant que les forces d’occupation l’ont quitté, totalement et, je le souhaite, définitivement.
Recommencer à vivre au Liban, comme si rien ne s’était passé, reviendrait à garantir une rechute au moins aussi sanglante et constitue le reflet d’une incapacité totale à prévoir l’avenir.
Nous ne voulons plus d’un Liban à gestion confessionnelle, clientéliste et corrompue, tragiquement mis en échec par manque d’unité et de cohésion nationale.
Le confessionnalisme d’État ne suffit pas à lui seul à justifier l’horreur d’une telle guerre.
Il est de l’intérêt de nos ennemis de montrer l’impossibilité au Liban d’une coexistence paisible et d’une harmonie multiconfessionnelle au sein d’une même nation.
Cette coexistence est-elle possible ?
Notre Constitution ne doit plus servir de prétexte à quelques profiteurs, pour qui l’unique leçon à en tirer est l’intérêt personnel.
Mais est-ce que la théorie d’un système confessionnel est viable ?
Il est temps que les Libanais retrouvent eux aussi la raison, pour être réalistes et se rendre compte qu’après avoir été et être encore des pions, ils se doivent de mettre en avant leur nationalité et leur drapeau. C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai cru constater cet état d’esprit lors des manifestations à Beyrouth, sur la place de la Liberté, essentiellement le 14 mars 2005.
L’autorité confessionnelle est l’unique point de divergence. Les problèmes économiques, sociologiques, éducatifs, eux, ne font que des mécontents et c’est sur ces points-là qu’il faudra fonder notre unité.
La complexité du « problème libanais » n’est qu’apparente, car, dans le fond, il existe un problème réellement libanais, qu’il faut tout faire pour résoudre et sur lequel sont venus se greffer des problèmes régionaux.
La solution passe par :
– une séparation du problème libanais des problèmes régionaux ;
– une lucidité à long terme ;
– un grand courage pour oser dire au monde que le Liban n’est pas un problème, mais qu’il en avait un qui est résolu.
– L’État fort que nous prônons:
– réduira les différences culturelles ;
– respectera les croyances de chacun ;
– épanouira les libertés de chacun dans le strict respect de l’unité et de la stabilité nationale.
– Il faudra ainsi se doter d’une armée forte, veillant sur l’intégrité territoriale et d’un Conseil constitutionnel (à l’instar de celui existant en France), formé de cinq sages, assistant le président de la République, à pouvoir égal avec lui.
– Le Liban ne peut exister sans la tolérance, sans le respect des croyances de chacun, sans la liberté.
Désormais, le citoyen libanais doit pouvoir, par sa volonté, mériter son pays.
Riad JREIGE
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Méfions-nous d’une solution toute faite pour résoudre nos problèmes.
L’unité du Liban se doit d’être la plus large possible, se basant sur ce qui nous caractérise, pour que nous puissions dire tous, simultanément, ce que nous ne voulons plus voir, ni entendre.
Le Libanais a profité, a subi ou a été l’exécutant et, s’il est toujours là, a vécu...