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L’attentat contre Élias Murr pourrait avoir incité le Premier ministre désigné à trancher

Les spéculations, les supputations, les déductions ingénieuses, les accusations même, vont bon train. En matière de crime, on peut rarement écarter a priori des mobiles d’ordre plus ou moins crapuleux. Mais il est indéniable que la série noire qui frappe ce pays depuis l’attentat contre Marwan Hamadé, le 1er octobre, est de nature politique. La première observation, dans ce cadre, est que la tentative contre Élias Murr s’est produite à un moment où Fouad Siniora s’efforçait de régler les dernières difficultés retardant la formation du gouvernement. Le premier, selon ses propres termes, fabriqué sans ingérence étrangère. La deuxième remarque est qu’elle cible un ministre sortant de la Défense. Susceptible, peut-être, de se succéder à lui-même. Dans une formule de cabinet d’union. Il y a là, peut-être aussi, une explication plausible. Dans ce sens que les criminels continuent à vouloir frapper l’union des Libanais, magnifiquement illustrée par la journée historique du 14 mars, en frappant la stabilité, pour semer la psychose et la confusion. L’obstination des assassins (si ce sont bien les mêmes) montre qu’ils réalisent n’avoir pas atteint leur but. En effet, sur le noir tableau des crimes de terrorisme enregistrés depuis le 1er octobre, la tentative contre Élias Murr, à laquelle Élias Murr a réchappé par miracle, comme Marwan Hamadé, porte le numéro 11. Il y a eu, en effet, après l’attentat contre le député du Chouf, l’assassinat de Rafic Hariri, de Bassel Fleyhane, de leurs compagnons et de nombre de passants, le 14 février de sinistre mémoire. Puis les explosions de Jdeydé (19 mars), de Kaslik (24 mars), de Sid el-Bauchrieh, (28 mars), de Broummana (le 1er avril) et de Jounieh (le 16 mai). Ensuite les assassinats de Samir Kassir (2 juin) et de Georges Haoui (21 juin). Sur le plan ponctuel, les retombées de l’attentat contre Élias Murr ont évidemment affecté l’opération ministérielle et semblent avoir accéléré le processus puisque Fouad Siniora a soumis en soirée sa formule au président Lahoud. On sait que le problème des Affaires étrangères, portefeuille conjointement réclamé par Amal et le Hezbollah, avait été réglé lundi soir, la solution consistant à confier le portefeuille à un ancien ambassadeur, Fawzi Salloukh, déclaré persona grata par les deux formations chiites. Mais aussitôt après ce compromis, surgissait le nœud Élias Skaff. Siniora a en effet informé Aoun qu’il ne pourrait prendre dans son équipe son allié de Zahlé. De plus, autre réserve, Siniora ajoutait ne pas vouloir d’un ministre Tachnag. Par suite de quoi, Aoun a encore une fois menacé de retirer ses billes du jeu. En reprochant au président du Conseil désigné de ne pas tenir ses engagements pris dimanche dernier et prévoyant l’attribution de quatre portefeuilles au bloc dirigé par l’ancien général. Devant cette réaction, Siniora a prié Aoun d’attendre un peu, sa propre décision pouvant être encore modifiée. De fait, le PM a tranché hier soir. Mais pourquoi avoir voulu réduire la part du bloc aouniste ? Parce que, répondent certains professionnels, la majorité s’est rendu compte que l’axe potentiel Lahoud-Aoun, éventuellement soutenu par le Hezbollah qui reste globalement proche du régime, aurait pu s’assurer de ce que l’on appelle le tiers de blocage au sein du Conseil des ministres via les 4 portefeuilles dévolus au groupe Aoun, les 3 réservés au Hezb et les 2 prévus pour les lahoudistes. Neuf, dans une formule de 24. En escamotant deux strapontins aounistes, Siniora ramènerait le quota redouté à 7, soit moins que le tiers en question. Ces considérations arithmétiques ne convainquent pas beaucoup d’autres observateurs qui soulignent qu’en Conseil des ministres, le vote joue rarement et que le tiers de blocage ne vaut que pour les questions d’ordre national. À leur avis, les motivations des réticences du camp Hariri, que Siniora représente, s’expliqueraient plutôt par les soucis que la Syrie donne aujourd’hui au pouvoir libanais naissant. Selon un ancien ministre, Siniora, pour ne pas briser le vase comme on dit familièrement, se trouve tenté de prendre en considération le rôle syrien. Et les objections de Damas concernant aussi bien certains ministrables que les critères même de sélection des postulants. Certaines sources, allant encore plus loin, pensent que l’attentat contre Élias Murr n’est pas totalement dissocié de la question ministérielle et qu’il vise à semer le trouble dans les esprits. Tout en constituant un avertissement de plus à des parties qui ont pris le pli de critiquer les anciens décideurs ou de les attaquer (politiquement et verbalement, s’entend). Cependant beaucoup de députés déclarent que la tentative contre Élias Murr devrait inciter les dirigeants à accélérer au maximum la formation du gouvernement. Pour qu’il y ait une autorité à la barre. En réactivant les services de sécurité, après les avoir rapidement épurés, restructurés et réorganisés afin qu’ils fassent leur vrai travail, sans plus s’occuper de politique. Ces députés conseillent dès lors aux responsables de mettre de côté les petites zizanies personnelles et les calculs étriqués. Ils insistent sur un point : le nouveau ministre de l’Intérieur doit être particulièrement dynamique. Car les services de ce département, notamment dans le domaine de la sécurité, se trouvent actuellement presque paralysés. Dans ce sens qu’aucun cadre n’ose prendre des initiatives positives, par crainte d’être saqué s’il se met trop en évidence. À signaler que, selon des sources informées, des pistes auraient été déterminées. Et un diplomate aurait été en mesure de prévenir un politicien qu’il était sans doute sérieusement menacé. Après quoi l’intéressé s’est éclipsé à l’étranger pour au moins un mois. Philippe ABI-AKL

Les spéculations, les supputations, les déductions ingénieuses, les accusations même, vont bon train. En matière de crime, on peut rarement écarter a priori des mobiles d’ordre plus ou moins crapuleux. Mais il est indéniable que la série noire qui frappe ce pays depuis l’attentat contre Marwan Hamadé, le 1er octobre, est de nature politique. La première observation, dans ce cadre, est que la tentative contre Élias Murr s’est produite à un moment où Fouad Siniora s’efforçait de régler les dernières difficultés retardant la formation du gouvernement. Le premier, selon ses propres termes, fabriqué sans ingérence étrangère. La deuxième remarque est qu’elle cible un ministre sortant de la Défense. Susceptible, peut-être, de se succéder à lui-même. Dans une formule de cabinet d’union.
Il y a là,...