Il existe un territoire qui regroupe plusieurs populations juxtaposées en entités qui se font appeler États, royaumes, républiques. Elles sont bien obligées de porter ces appellations pour donner le change. En réalité, ce sont des hordes qui se sont rassemblées après bien des péripéties de toutes sortes.
Dans chacune de ces entités règne un père à la tête d’une grande horde, un père hégémonique qui accapare tous les pouvoirs et s’approprie les femmes et les hommes. Les plus ambitieux de ceux-ci sont autorisés, au titre de petits pères, à former de petites hordes dans tous les champs qu’ils peuvent exploiter, à l’image du père de la grande horde. Aucun domaine n’est épargné : le politique naturellement, l’économique et le socioculturel dans sa diversité. Les règles de gestion de ces hordes sont très simples : pouvoir totalitaire aux mains des pères et miettes concédées aux clones des pères. Tous les autres membres de la horde doivent s’ajuster à ces modèles référentiels. Toutes les transgressions sont autorisées aux pères et à leurs clones. Pour les autres, cela dépend de leur degré de proximité avec les pères. Plus ils en sont proches et plus ils bénéficient de privilèges. Plus ils en sont éloignés, plus aléatoire est leur existence, soumise au règne de l’injustice, de l’amoralité, de l’arbitraire et de la misère dans ses formes multiples. Tout membre qui proteste contre le règne de l’hégémonie, qui ose revendiquer la liberté de parler et de penser différemment sait qu’il devra soit se conformer, soit être éliminé.
Avec les années cependant, les fils et filles commencent à exprimer leur refus des agissements de leurs petits pères, disent leur mécontentement, rejettent le système des hordes, manifestent leur colère. Mais la perversité n’est pas la moindre des caractéristiques des petits pères : ils sentent le vent tourner et parviennent à se placer eux-mêmes en tête des manifestations, se jouant avec succès de leurs fils et filles qui clament leurs exigences de changement. Le père de la grande horde est encore plus matois : il se fait tout petit, se disant, machiavélique, qu’il vaut mieux, pour le moment, se contenter d’agir dans la pénombre. Les petits pères, anciens et nouveaux, occupent les places laissées vacantes par le père et ses sosies, et les fils et les filles se retrouvent floués : la victoire qu’ils pensaient avoir remportée s’est avérée un piège qui les conduit à se tourner vers…d’autres pères de petites hordes. Un farouche résistant refusa de voir la répétition s’installer. Il vint d’une lointaine et désertique contrée et offrit sa vie en sacrifice. Mais le temps d’une nouvelle récupération et tout recommença comme avant.
Sur ce territoire enténébré qui porte le nom de Barbarabie, tout montre que la barbarie est appelée à se perpétuer, quels que soient les ornements dont les entités de ces régions s’affublent pour séduire ou leurrer.
David SAHYOUN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il existe un territoire qui regroupe plusieurs populations juxtaposées en entités qui se font appeler États, royaumes, républiques. Elles sont bien obligées de porter ces appellations pour donner le change. En réalité, ce sont des hordes qui se sont rassemblées après bien des péripéties de toutes sortes.
Dans chacune de ces entités règne un père à la tête d’une grande horde, un père hégémonique qui accapare tous les pouvoirs et s’approprie les femmes et les hommes. Les plus ambitieux de ceux-ci sont autorisés, au titre de petits pères, à former de petites hordes dans tous les champs qu’ils peuvent exploiter, à l’image du père de la grande horde. Aucun domaine n’est épargné : le politique naturellement, l’économique et le socioculturel dans sa diversité. Les règles de gestion de ces hordes sont...