Fallait-il en arriver là ? Fallait-il tant de manichéisme pour une bataille électorale, quelle que soit son importance ? Fallait-il faire ressurgir l’esprit confessionnel avec autant d’aisance pour occuper des sièges au Parlement ? Fallait-il descendre aussi bas dans le langage, s’accuser mutuellement des pires atrocités, réveiller le spectre de la guerre civile, déballer le linge sale sur les écrans de télévision, dans les colonnes des journaux, dans les rumeurs les plus sordides ?
La classe politique tout entière, à quelques exceptions près, s’est avérée indigne, complètement indigne de l’esprit du 14 mars. Notre jeunesse a pu tourner la page de la guerre civile dans un effort mémorable, digne des plus grandes démocraties, attirant sur le Liban les regards épatés de la planète entière, suscitant partout dans le monde l’admiration des hommes et des femmes les plus éclairés pour que la classe politique en arrive là ?
Il est clair que la société libanaise de demain n’est pas encore là. Pourtant, le 14 mars on en a vu le bourgeon. Notre jeunesse nous a permis de rêver à des lendemains politiques meilleurs, à une relève de génération qui nous donnait à nouveau espoir dans un Liban meilleur, dans un Liban qui s’est entre-déchiré pendant 30 ans mais qui pouvait enfin tourner la page. Nous pouvions alors être fiers d’être Libanais. Cela a duré deux mois, le temps que l’espace rempli de la place des Martyrs puisse porter son surnom de place de la Liberté.
Aujourd’hui, je ne suis plus fier d’être libanais. Les fameuses tentes de la place de la Liberté sont tombées. Ces tentes qui ont forcé le respect de la planète entière, qui ont fait la joie de tous les Libanais, toutes générations confondues, toutes confessions confondues, toutes classes confondues, ont été salies par la classe politique.
La mort innommable de Samir Kassir est le plus grand coup porté à notre jeunesse, à l’espoir qu’elle a ressuscité en nous, espoir d’une liberté de pensée et d’une liberté d’expression retrouvées. Mais une liberté d’expression digne, avec des mots qui portent, des écrits qui libèrent, une pensée au sens propre du terme. La classe politique a une idée de la liberté d’expression qui la condamne à jamais. Vociférations, injures, insultes, accusations manichéennes, récupérations, rumeurs des plus sordides. Comment ose-t-on salir la mémoire de Samir Kassir par des rumeurs sordides, indignes ? Comment des hommes dits politiques peuvent-ils prendre comme argument ces mêmes rumeurs et oser les appeler « opinion publique » ?
Adieu Samir Kassir. Derrière ton cercueil, les jeunes criaient d’une seule voix : « Nous sommes ton rêve, Samir. » Aujourd’hui, leur rêve s’est transformé en cauchemar.
Chawki AZOURI
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats