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Actualités - Opinion

Plaidoyer pour un cadeau

L’ouragan des élections est pratiquement passé. Pour la première fois depuis longtemps, il ne fut pas cauchemardesque. Car, pour peu que les autorités se soient comportées selon la norme logique des choses, le peuple a pu s’exprimer dans une certaine dignité. Mais nous avons eu chaud ! À voir comment fut phagocytée la préparation de la fête électorale par ceux-là mêmes qui en dénonçaient l’iniquité, à suivre les entourloupes des opposants ou à écouter les faux serments des loyalistes, le bon citoyen qui avait mis en jeu ses derniers espoirs, son ultime énergie, et pris sur lui de concrétiser dans la rue une unité de vues à l’échelle nationale, depuis si longtemps rêvée, ce bon citoyen avait failli s’étrangler de rage devant les immuables combines auxquelles on le soumettait pour la énième fois. Au point de faire renouer certains à exercer leur droit de vote. On nous a fait avaler la séquence de Beyrouth telle une couleur. On nous a fait assister, impuissants, à l’éternelle farandole du Sud assaisonnée des habituels paris et de ses refrains éculés. Et puis l’on s’est gaillardement apprêté à attaquer le plat de résistance – là, le mot est bien à sa place – du Mont-Liban. Et ce fut le 12 juin, au grand ébahissement des observateurs. Peu importe si ladite bataille avait pour principaux acteurs, ici et là, des électeurs de confession chrétienne. Peu importe que des alliances se soient nouées dans l’harmonie ou contre nature. L’essentiel reste qu’un élément fougueux, longtemps tenu à l’écart, ait intervenu dans la mêlée, tel un éléphant dans un magasin de porcelaines... À raison ou à tort, selon des calculs stratégiques ou les impulsions du désespéré qui n’a plus rien à perdre, le résultat ainsi provoqué et obtenu aura été bénéfique à plus d’un titre. D’abord parce qu’il a mis un frein à la boulimie de frères que plus rien ne retenait dans le partage des plateaux de fromage. Ensuite, parce qu’il a contraint tout un chacun à un véritable sursaut de conscience et déclenché le fonctionnement d’élections démocratiques, au plein sens du terme, dans un pays qui en avait perdu jusqu’à la souvenance. Ces deux facteurs, à eux seuls, justifient aujourd’hui le bouleversement constaté, et octroient à la nouvelle Assemblée ses lettres de noblesse. Ce qui nous attend demain, pour le dernier round, ne saurait plus porter ombrage à ce qui se dessine déjà ! Alors, pour le bien de notre pays et à cause de cette petite lumière qui pointe enfin au bout du tunnel, faisons ensemble le sacrifice de ne pas nous lamenter sur le sort de quelques grands vaincus de ce tournoi. Laissons faire, chacun à sa façon, son mea culpa et deviner dans le secret là où le bât blesse et pour lequel, à l’avenir, il devra changer de tactique. À titre d’exemple, nous regrettons pour le moment l’absence d’un Salah Honein et l’élimination d’un Nassib Lahoud ou d’un Jean-Louis Cardahi. D’autres aussi mériteraient une mention de sympathie. Pour l’instant cependant, réjouissons-nous des résultats et félicitons le premier des vainqueurs : ce bon peuple libanais de la montagne dont l’opiniâtreté, le courage et finalement le bon sens aura déterminé et redressé pour de bon la dignité nationale de tout le pays. Je terminerai toutefois par un petit vœu. Il y a peut-être de bons vieux loups dans la bergerie nouvelle. C’est au principal d’entre eux que je m’adresserai, dussè-je abuser de l’hospitalité d’un quotidien. Il se reconnaîtra lui-même rien qu’en lisant ces lignes. À cet homme rompu à toutes les finasseries, à ce vieux routier de la chose publique, à celui que l’on me dit généreux et qui goûte encore une fois à la joie de la victoire, je dirai : « S’il vous plaît, Monsieur le député, faites-nous le plaisir, afin de mieux participer avec vous à la renaissance de ce que nous avons détruit ensemble, de nous offrir le plus agréable et le plus urgent des cadeaux. En l’honneur de cette heureuse fin d’élections, faites rouvrir la MTV et montrez à tous que non seulement vous avez le geste large, mais que vous savez manifester au bon moment la magnanimité de votre cœur. Le pardon est forcément payant. Puissiez-vous reconquérir de la sorte des sympathies perdues et une légitimation souhaitée au niveau de tout un peuple. » Louis INGEA

L’ouragan des élections est pratiquement passé. Pour la première fois depuis longtemps, il ne fut pas cauchemardesque. Car, pour peu que les autorités se soient comportées selon la norme logique des choses, le peuple a pu s’exprimer dans une certaine dignité.
Mais nous avons eu chaud !
À voir comment fut phagocytée la préparation de la fête électorale par ceux-là mêmes qui en dénonçaient l’iniquité, à suivre les entourloupes des opposants ou à écouter les faux serments des loyalistes, le bon citoyen qui avait mis en jeu ses derniers espoirs, son ultime énergie, et pris sur lui de concrétiser dans la rue une unité de vues à l’échelle nationale, depuis si longtemps rêvée, ce bon citoyen avait failli s’étrangler de rage devant les immuables combines auxquelles on le soumettait pour la énième...