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Nous sommes tous des Samir Kassir

Quand Marwane Hamadé échappa miraculeusement à l’attentat qu’on a lâchement perpétré contre lui, d’une même voix nous avons tous crié : « Nous sommes tous des Marwane Hamadé. » Quand Rafic Hariri est lâchement assassiné, d’une même voix nous avons tous crié : « Nous sommes tous des Rafic Hariri. » Aujourd’hui, nous crions tous d’une même voix : « Nous sommes tous des Samir Kassir. » En mai 68, lorsque les autorités françaises voulaient expulser Daniel Cohn-Bendit en Allemagne, c’était pour le faire taire. Toute notre génération d’alors a crié d’une seule voix: « Nous sommes tous des juifs allemands.» Nous voulions alors signifier au monde entier qu’on a beau vouloir expulser Daniel Cohn-Bendit, on ne le fera pas taire. Nous allions tous reprendre sa parole. « Nous sommes tous des Samir Kassir», nous allons tous reprendre sa parole, nous ne nous tairons pas. Rien ni personne ne fait taire la vérité, elle est plus forte que n’importe quelle langue, surtout la langue de bois. N’oublions jamais notre merveilleux dicton arabe : « Kilmit el-hakk sabaket. » La vérité est plus forte que la censure, qu’elle soit interne, c’est-à-dire imposée par nous-mêmes à nous-mêmes, ou externe, imposée par les forces de la répression. Et quelles que soient ces forces de répression internes et externes, la vérité percera. Samir Kassir a devancé tout le monde avec sa plume, a crié la vérité avec passion, courage, persévérance, foi, détermination, jusqu’à la mort. Sa liberté de pensée nous illuminait, nous redonnait courage dans des moments, ô combien nombreux, de désespoir, de tristesse, d’abandon et de doute. Sa plume nous donnait à nouveau l’espoir dans un Liban qui ne mourra jamais. Samir est un homme transgénérationnel. Ses interlocuteurs ont été de toutes les générations, où il se sentait parfaitement à l’aise. À condition qu’on parle vrai. Mais sa passion était la jeunesse, notre jeunesse libanaise, celle à qui il voulait transmettre ses idées, convictions et sa rébellion permanente. Il lui arrivait de regretter de ne pas avoir eu dix ans de plus pour connaître mai 68. Il l’a eu, son mai 68. Notre jeunesse a balayé en un mois des dizaines d’années de silence imposé et de censure. Et Samir était là comme porte-parole de cette jeunesse, lui parlant avec ses propres mots, les mots de la jeunesse, les mots de la jeunesse éternelle. Samir n’était pas seulement un journaliste exceptionnel, un historien rigoureux, un écrivain passionné, un homme de grande culture et un homme politique. Il a été aussi un citoyen convaincu par les vertus des luttes citoyennes. Il croyait dans la société civile comme moteur de changement. Lorsque, avec quelques amis, nous nous sommes réunis, il y a trois ans, pour réfléchir sur les moyens de transmettre notre désir de sensibiliser les citoyens libanais aux dangers de la médicalisation de nos comportements et à la dictature du médicament qui envahissait nos mentalités et nos vies, Samir fut le premier à proposer la constitution de notre ONG. Souhatouna lana est née dans l’enthousiasme et l’hétérogénéité de plusieurs générations réunies pour ce combat à contre-courant. Avec sa famille, sa femme, ses enfants, ses amis, ses collègues, ses lecteurs et avec les jeunes qu’il aimait tant, les membres fondateurs de Souhatouna lana partagent la douleur de cette perte irremplaçable. Avec la disparition de Samir Kassir, le Liban a perdu l’un de ses fils les plus brillants. Aucune langue au monde n’a pu donner un nom à celui ou à celle qui a perdu un enfant. C’est cet innommable que les Libanais vont longtemps porter avec eux. Dr Chawki Azouri Président de Souhatouna lana
Quand Marwane Hamadé échappa miraculeusement à l’attentat qu’on a lâchement perpétré contre lui, d’une même voix nous avons tous crié : « Nous sommes tous des Marwane Hamadé. » Quand Rafic Hariri est lâchement assassiné, d’une même voix nous avons tous crié : « Nous sommes tous des Rafic Hariri. » Aujourd’hui, nous crions tous d’une même voix : « Nous sommes tous des Samir Kassir. » En mai 68, lorsque les autorités françaises voulaient expulser Daniel Cohn-Bendit en Allemagne, c’était pour le faire taire. Toute notre génération d’alors a crié d’une seule voix: « Nous sommes tous des juifs allemands.» Nous voulions alors signifier au monde entier qu’on a beau vouloir expulser Daniel Cohn-Bendit, on ne le fera pas taire. Nous allions tous reprendre sa parole. « Nous sommes tous des Samir...