Au Liban, nous sommes toujours un peu trop prompts à célébrer le printemps. Les amandiers eux-mêmes s’empressent de fleurir au premier rayon de soleil, mais une giboulée assassine de derrière le boisseau les affale. Et les voilà, nous voilà, gros Jean, traînant dans la moiteur de ce printemps qui n’en finit plus, écrasés de grisaille, en quête d’un rien de sève pour y trouver la force de produire quelque fruit.
Ignorer la déconfiture, ravaler l’humiliation, boire la honte et continuer, un pied devant l’autre, la meilleure façon de marcher, un jour devant l’autre, la seule façon de vivre. Ou bien interroger le ciel, ce mauvais farceur, lui réclamer les noroîts promis, quelque chose pour soulever cette chape qui met en berne, bon gré mal gré, tous nos drapeaux. Entre les deux se réfugier dans un souvenir. Il y a toujours du bon dans le passé. Du bon disparate que la mémoire resserre bout à bout en une sphère lumineuse. Sans cette gemme, nous ne saurions pas qu’il y a un temps pour chaque chose, et les prophètes auront beau le clamer. Un temps pour chaque chose, y a-t-il d’autre prophétie ? Un temps où le besoin de vérité fait claquer les oriflammes, et un temps où la vérité, par habitude ou par manque d’habitude, fait des bouloches, des grumeaux, des arêtes et peine à se faire jour.
Oh les temps que nous vivons ne sont pas obscurs. Juste un clair-obscur de l’histoire. Comme dans ces Rembrandt où l’on ignore absolument l’origine de la lumière, à la fois diffuse et sélective. Dans le noir, les desseins des saboteurs, des allumeurs de fronts, des épiciers de la politique à la petite semaine. Ronde mesquine des comploteurs de la nuit. Et puis dans la faible lueur, vient-elle d’ici ou de là ? q uelque chose qui continue à ressembler à de l’espoir. Sortir du cadre. Et voir les torchères qui avancent. Et voir le peuple qui les porte, avide de liberté et de dignité, las d’être indéfiniment pris en otage, même par les siens. Quelle illusion, quelle chanson, quel tour de l’espoir ont-ils pu nous faire oublier nos printemps invariablement pourris ? j’ai cru voir un amandier qui bourgeonne. Des jours glorieux viendront. Ce sera leur temps.
Fifi Abou Dib
Au Liban, nous sommes toujours un peu trop prompts à célébrer le printemps. Les amandiers eux-mêmes s’empressent de fleurir au premier rayon de soleil, mais une giboulée assassine de derrière le boisseau les affale. Et les voilà, nous voilà, gros Jean, traînant dans la moiteur de ce printemps qui n’en finit plus, écrasés de grisaille, en quête d’un rien de sève pour y trouver la force de produire quelque fruit.
Ignorer la déconfiture, ravaler l’humiliation, boire la honte et continuer, un pied devant l’autre, la meilleure façon de marcher, un jour devant l’autre, la seule façon de vivre. Ou bien interroger le ciel, ce mauvais farceur, lui réclamer les noroîts promis, quelque chose pour soulever cette chape qui met en berne, bon gré mal gré, tous nos drapeaux. Entre les deux se réfugier dans un souvenir....
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