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Pauvreté, islamisme et régime autoritaire : le cocktail de la révolte

Pauvreté rurale, islamisme et régime autoritaire forment le cocktail de la révolte qui a explosé en Ouzbékistan, relèvent les analystes, partagés sur la possibilité du mouvement à s’étendre à tout le pays, comme ce fut le cas au printemps pour le Kirghizstan voisin. « Les déclarations du président ouzbek Islam Karimov sur les dangers de l’islamisme ne sont pas de la paranoïa. Cette menace existe. Mais le pouvoir par ses actes pousse la population vers ces organisations », souligne Sergueï Ejkov, journaliste indépendant à Tachkent. « Quand il n’y a pas de travail, pas de justice, le “communisme islamiste” prôné par le Hizbi Tahrir devient très attrayant », explique-t-il, évoquant le succès des idées de justice et d’égalité sociale de ce mouvement pourchassé en Ouzbékistan où le salaire moyen tourne autour de 25 dollars et où un adulte sur trois est au chômage. Et ce n’est pas un hasard si la révolte a germé dans la vallée de Ferghana, très densément peuplée, essentiellement de paysans, où les islamistes trouveraient un fort soutien. Le nom du Hizbi Tahrir n’a pas été officiellement prononcé hier, mais à Tachkent, le lien entre les émeutes et un procès en cours, visant de présumés islamistes, semblait évident : des milliers de personnes avaient déjà manifesté cette semaine à Andijan pour réclamer l’acquittement de 23 habitants accusés d’être proches du mouvement interdit, accusé par Tachkent de vouloir renverser le régime. « Les gens sont également révoltés par le fait que le système judiciaire ait été transformé en un instrument de punition de l’État », analyse le porte-parole de l’organisation ouzbèke de défense des droits de l’homme Appelatsia, Saidjahon Zaïnobidinov. C’est l’un des rares critiques du régime à parler à visage découvert dans ce pays où nombre d’opposants politiques ont été poussés à l’exil ou arrêtés, et où la plupart des journaux indépendants ont été fermés. Le procès d’Andijan, parmi toute une série d’autres à travers le pays, a été le détonateur, selon M. Zaïnobidinov, d’un mécontentement populaire nourri aussi par la pauvreté. « Les insurgés réclament la justice et une vie normale », dit-il. Certains n’hésitent pas à faire le parallèle avec les émeutes menées au Kirghizstan en mars dernier, qui ont conduit au renversement du régime en place. À Andijan, « ce sont des meneurs locaux, un peu comme ce qui s’est passé au Kirghizstan » où le mécontentement est parti d’une région pauvre du sud du pays pour être ensuite canalisée par l’opposition à Bichkek, relève David Lewis, du groupe de réflexion International Crisis Group Security, basé à Bichkek. « Cela apparaît comme un mouvement général de colère contre le gouvernement », ajoute-t-il, évoquant une possible tentative de renversement du régime autoritaire de M. Karimov et minimisant le facteur islamiste. « Cela va dépendre du soutien qu’ils vont avoir d’autres régions », dit-il, jugeant cependant « encore obscure » la possibilité d’appui extérieur. Il est inquiet comme d’autres analystes à Tachkent d’une possible répression dans le sang de ce mouvement populaire. « À la différence du pouvoir kirghiz, le pouvoir ouzbek est fort et tentera de réprimer ce mouvement. Et cela provoquera une réaction encore plus agressive de la population », pronostique aussi Sergueï Ejkov. M. Lewis estime en outre qu’il « ne faut pas s’attendre (chez les insurgés) à des démocrates éduqués », mettant en avant un risque de révolution « islamique » et non pas « démocratique » comme ce fut le cas dans deux autres ex-républiques soviétiques, la Géorgie et l’Ukraine.
Pauvreté rurale, islamisme et régime autoritaire forment le cocktail de la révolte qui a explosé en Ouzbékistan, relèvent les analystes, partagés sur la possibilité du mouvement à s’étendre à tout le pays, comme ce fut le cas au printemps pour le Kirghizstan voisin.
« Les déclarations du président ouzbek Islam Karimov sur les dangers de l’islamisme ne sont pas de la paranoïa. Cette menace existe. Mais le pouvoir par ses actes pousse la population vers ces organisations », souligne Sergueï Ejkov, journaliste indépendant à Tachkent. « Quand il n’y a pas de travail, pas de justice, le “communisme islamiste” prôné par le Hizbi Tahrir devient très attrayant », explique-t-il, évoquant le succès des idées de justice et d’égalité sociale de ce mouvement pourchassé en Ouzbékistan où le salaire moyen...