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COURRIER Là où la raison s’arrête !

Neuf décennies ont passé et la mémoire arménienne collective se souvient encore, avec désarroi et amertume, du génocide de 1915 qui a mis en évidence dans son histoire toute la cruauté et la rancune du genre humain. Cet événement terrible, douloureux, nous projette directement dans l’espace historique du XXe siècle et réveille en nous tous ces souvenirs qui nous rappellent l’absurdité de l’action de l’homme, à commencer par le génocide des juifs et des « déshumanisés » considérés par Hitler comme « inférieurs à la race aryenne », pour passer aux camps de concentration plantés un peu partout en Europe, surtout en Allemagne et en Sibérie (sous le règne aveuglément despotique de Staline). Là-bas, des millions de gens, tassés comme des objets et condamnés à vivre, esclaves de la folie, ont soit péri sur le champ de travail, soit été contraints d’étouffer en eux tout ce qui faisait qu’ils étaient des êtres humains à part entière. Ainsi, des milliers de savants, écrivains, artistes et autres ont été réduits au néant. Soljenitsyne, par exemple, homme de science et de lettres russe, fut témoin de l’abrutissement imposé à la pensée libre après avoir été emprisonné durant huit ans en Sibérie. Ainsi, disait Enrico Macias dans une de ses chansons : « Les poètes en prison, les savants condamnés, par l’esclave affranchi qui n’a plus de pitié... tous ces peuples soumis à l’ambition des tyrans dans le monde d’aujourd’hui, dites-moi qui les entend ? » Ah ce que l’homme peut faire quand la raison n’existe plus et que ses instincts et ses désirs, les plus insensés, s’accaparent du destin de toute l’humanité ! Si l’on s’arrête un instant pour penser aux événements odieux du siècle passé, on trouve incontestablement que le cerveau humain est capable du pire. Les deux grandes guerres, à elles seules, portent le bilan le plus lourd de victimes : 70 millions de morts, sans compter les disparus, handicapés et autres, tout cela en dix ans ! Le conflit idéologique entre communisme et capitalisme a divisé le monde, a créé des rideaux de fer et des murs de séparation, mais a surtout plongé le monde dans un équilibre de terreur glaciale. Tout cela est malheureux quand on apprend, dans une perspective purement économique, qu’il manquait un élément important à l’équation de Karl Marx dans son livre Le Capital, et que des modèles économiques comme celui de Schumpeter ont démontré la non-validité de la théorie marxiste (à travers l’innovation technologique). Ou encore que le capitalisme sauvage pouvait être régulé par une certaine intervention gouvernementale, préconisée par le grand économiste Keynes, afin d’éviter les crises que le marché ne peut, à lui seul, régler. Il est encore plus malheureux d’apprendre que la plupart de ces massacres, de ces tueries absurdes ont été le résultat d’un simple désir humain d’acquérir plus de pouvoir et de prestige, d’imposer une idéologie fixe ou un modèle réductionniste. C’est dire combien le cerveau humain est enclin à causer des dégâts, à être destructeur. Une des études faites par la Banque mondiale montre par exemple que les pires famines de l’histoire n’étaient pas causées par une réduction du « Food Availability per capita » mais par une distribution inégale des terrains et des ressources. Au Proche-Orient, nous avons également assisté aux pires conflits et massacres du siècle : des exterminations collectives contre les chiites de l’Irak perpétrées par le régime sanglant de Saddam Hussein, en passant par la Syrie qui n’a pas hésité à écraser des partisans des Frères musulmans à Hama, sans compter les bombardements de villes et villages libanais, pour enfin arriver au conflit israélo-arabe qui a par-dessus tout fait des milliers de morts et de déplacés. Ce tableau du XXe siècle ne semble aucunement apaisant. Espérons que le bon sens et le dialogue, avec toute l’ouverture d’esprit possible permettront au genre humain de dépasser les obstacles qui le divisent et font de lui un amas autodestructeur. Bâtir l’avenir ne pourrait en aucune façon se faire à travers les massacres, les génocides et la terreur, ou encore le réductionnisme dans la pensée. Peut-être avons-nous besoin de guides suprêmes comme le pape Jean-Paul II pour renforcer le message d’amour dans la culture humaine. Utopie ? À chacun de juger. Bachir EL-KHOURY Étudiant à l’AUB
Neuf décennies ont passé et la mémoire arménienne collective se souvient encore, avec désarroi et amertume, du génocide de 1915 qui a mis en évidence dans son histoire toute la cruauté et la rancune du genre humain. Cet événement terrible, douloureux, nous projette directement dans l’espace historique du XXe siècle et réveille en nous tous ces souvenirs qui nous rappellent l’absurdité de l’action de l’homme, à commencer par le génocide des juifs et des « déshumanisés » considérés par Hitler comme « inférieurs à la race aryenne », pour passer aux camps de concentration plantés un peu partout en Europe, surtout en Allemagne et en Sibérie (sous le règne aveuglément despotique de Staline).
Là-bas, des millions de gens, tassés comme des objets et condamnés à vivre, esclaves de la folie, ont soit péri...