26 avril 2005. Il est près de 13 heures. Sous un soleil radieux, le dernier galonné syrien franchit dans le bon sens le poste-frontière de Masnaa : l’entreprise de syrianisation du Liban a définitivement – et lamentablement – échoué.
Trente années s’étaient écoulées depuis ce terrible 1er juin 1976 qui avait vu le petit pays basculer dans le giron « fraternel » du grand voisin... et y perdre son âme.
C’est donc une nation en quelque sorte ressuscitée qui regardait hier partir le convoi de Mercedes noires accompagnant le général Rustom Ghazalé, l’homme qui, avec son prédécesseur, avait reçu le pouvoir de régenter le lever et le coucher des Libanais.
L’ex-envahisseur a évacué tout le Liban. Tout ? Non ! À l’envers de la Gaule d’Astérix, il reste non pas une région, pas même un village, juste un bâtiment, qui résiste. Loin d’être peuplé d’irréductibles, il ne dissimule guère dans ses caves de potion magique.
Ici, le combat cessa – il y a très longtemps – faute de combattants. Ici, on dort. C’est d’ailleurs ce qu’on peut faire de mieux, puisque les automatismes réducteurs, l’absence d’inventivité, la platitude la plus... plate y ont seuls droit de cité.
Ailleurs, tout peut basculer : des gouvernements tombent, des têtes aussi. Le Parlement, le Sérail bougent. Jusqu’à la présidence de la République où l’on perçoit d’infimes frémissements. Ici, rien. Le néant habite ce lieu débile qui continue pourtant de s’enorgueillir d’une enseigne pompeuse : palais Bustros.
Les hommes – et les femmes – n’y sont pour rien. Les talents, les compétences foisonnent comme partout. Le ministre lui-même, issu de la Carrière, vaut peut-être mieux que sa réputation.
Non. Le vrai problème, c’est qu’ici, les dégâts occasionnés par la syrianisation sont autrement plus graves et durables qu’ailleurs. Des années durant, la diplomatie libanaise s’est limitée à une poignée de slogans aussi creux que frileux. De la « concomitance des volets syro-libanais » à la « paix juste et globale », la politique étrangère de Beyrouth avait réussi le tour de force de devenir le mauvais brouillon d’une diplomatie elle-même lourde, stalinienne et sclérosée, fabriquée à Damas. Une politique pas même au service d’un pays étranger, tout juste d’un régime.
Rien d’étonnant donc à ce qu’au sein d’une équipe ministérielle renouvelée, on ne soit point en mesure – pour le moment – de changer le titulaire des Affaires étrangères. Un 14 mars a suffi pour ébranler la Deuxième République. Pour redynamiser la politique extérieure, il en faudra bien davantage. Le départ du dernier soldat syrien marque le début du processus d’émancipation du Liban. Mais ce ne peut être qu’un début. Il reviendra aux Libanais de faire en sorte que leur diplomatie soit à la hauteur de leurs ambitions affichées, qu’elle devienne un jour une « diplomatie-message » au service d’un « État-message ».
Et que les murs de cette fausse forteresse qu’est le palais Bustros soient perméables à l’imagination.
Élie FAYAD
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats 26 avril 2005. Il est près de 13 heures. Sous un soleil radieux, le dernier galonné syrien franchit dans le bon sens le poste-frontière de Masnaa : l’entreprise de syrianisation du Liban a définitivement – et lamentablement – échoué.
Trente années s’étaient écoulées depuis ce terrible 1er juin 1976 qui avait vu le petit pays basculer dans le giron « fraternel » du grand voisin... et y perdre son âme.
C’est donc une nation en quelque sorte ressuscitée qui regardait hier partir le convoi de Mercedes noires accompagnant le général Rustom Ghazalé, l’homme qui, avec son prédécesseur, avait reçu le pouvoir de régenter le lever et le coucher des Libanais.
L’ex-envahisseur a évacué tout le Liban. Tout ? Non ! À l’envers de la Gaule d’Astérix, il reste non pas une région, pas même un village, juste...