Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

Éclairage Arabes et Turcomans de Kirkouk poussent les Kurdes à leur faire une place

Kirkouk est « comme un Irak en miniature, si un groupe en vient à dominer les autres, la situation sera intenable », explique un responsable de la province de Taamim (Nord) où les rivalités entre Kurdes, Turcomans et Arabes bloquent la nomination d’un Exécutif depuis deux mois. « La situation est à un point critique », ajoute calmement Tahsin Kahya, un Turcoman, ex-président du précédent conseil de la province et membre de l’actuel, élu aux élections générales du 30 janvier. Kirkouk, chef-lieu de la province de Taamim, à 250 km au nord de Bagdad, compte environ 850 000 habitants. « La population se sent très frustrée, l’homme de la rue se moque de la composition du conseil, il veut que ses élus se mettent au travail, s’occupent de l’alimentation en eau et de l’électricité », assure le colonel Gordon Petrie, de la 116e brigade de combat américaine, basée en périphérie de cette ville pétrolière. Le conseil est dominé par les élus de la liste kurde Kirkouk-fraternité (26 sièges), les Turcomans ayant neuf sièges et les Arabes six. Sont en jeu les postes de gouverneur et de son adjoint, ainsi que celui de président du conseil de la province. Pour compliquer les choses, les Kurdes réclament le rattachement de Taamim à leurs trois provinces autonomes, dont deux (Souleymaniyah et Erbil) sont contiguës. Ils avancent pour cela des raisons historiques, contestées par les Arabes et les Turcomans, mais aussi le poids de leur communauté dans la population dont l’équilibre a été bouleversé par la politique d’arabisation de la région menée par Bagdad à partir des années 1960. « Il devait y avoir un recensement l’été dernier, mais il a été annulé parce que les Arabes étaient furieux (à l’idée) que les Kurdes installent de nouveaux habitants à cette occasion », explique la capitaine Kim Tschepen, qui travaille au service des renseignements de la 116e brigade. Initialement, chaque liste devait recevoir un poste clef, les Kurdes s’attribuant celui de gouverneur. Mais « les boucliers se sont dressés et les anciennes animosités sont revenues à la surface », résume le lieutenant-colonel Anthony Wickham, l’officier de liaison avec le conseil pour la 116e brigade. Désormais, les Kurdes, majoritaires, ne sont prêts à offrir que le seul poste de vice-gouverneur aux Arabes et aux Turcomans. « La balle est dans leur camp pour décider qui occupera ce poste », explique Mahmoud Mohammed Ahmad, membre de l’Assemblée et responsable du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), qui a beau jeu de déplorer la « mentalité de division ethnique » responsable, selon lui, du blocage. Pendant ce temps, Arabes et Turcomans jouent contre la montre. Le conseil a tenu mardi une cinquième session à laquelle aucun membre du groupe turcoman n’a pris part. Deux membres arabes y ont fait une courte apparition au dernier moment. « Nous voulons un partage des postes, mais si les Kurdes insistent pour tout contrôler, qu’ils le fassent, ils ont la majorité », lance le Turcoman Tahsin Kahya. Son homologue de la liste arabe, cheikh Abdullah Sami al-Assi, semble tout aussi résigné, mais prévient qu’une marginalisation des Arabes et des Turcomans ne serait pas forcément à l’avantage des Kurdes. « Nous ne leur servirons pas de faire-valoir », avertit-il, assis derrière son bureau dans une longue abayya noire au revers brodé de fils d’or. Avant d’ajouter avec un sourire que « le mieux serait qu’ils prennent les trois postes, parce que si quelque chose tourne mal, ils seront seuls responsables ». Certaines forces n’attendent que cela, comme en témoigne l’attentat, qui a fait un mort et dix-sept blessés le 29 mars, contre le directeur du service de la distribution de l’eau, le Kurde Abdelkader Zinganeh. Pierre CELERIER (AFP)

Kirkouk est « comme un Irak en miniature, si un groupe en vient à dominer les autres, la situation sera intenable », explique un responsable de la province de Taamim (Nord) où les rivalités entre Kurdes, Turcomans et Arabes bloquent la nomination d’un Exécutif depuis deux mois. « La situation est à un point critique », ajoute calmement Tahsin Kahya, un Turcoman, ex-président du précédent conseil de la province et membre de l’actuel, élu aux élections générales du 30 janvier. Kirkouk, chef-lieu de la province de Taamim, à 250 km au nord de Bagdad, compte environ 850 000 habitants.
« La population se sent très frustrée, l’homme de la rue se moque de la composition du conseil, il veut que ses élus se mettent au travail, s’occupent de l’alimentation en eau et de l’électricité », assure le colonel Gordon...