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Le vaticaniste de l’AFP pendant quarante ans témoigne « Jean-Paul II, une vraie tête de mule »

«Du pape Jean-Paul II, je garde le souvenir d’un homme d’une grande ténacité et d’une grande détermination, mais aussi celui d’un pape qui a su rire et plaisanter sur lui-même ». Bruno Bartoloni, 65 ans, a été le vaticaniste de l’Agence France-Presse pendant quarante ans et, ironie de l’histoire, est parti à la retraite le 1er avril, la veille du jour de la mort de Jean-Paul II. Il témoigne sur un homme qu’il a connu et côtoyé des dizaines d’années, d’abord comme cardinal puis comme pape : « Je me souviens bien du cardinal Karol Wojtyla, quand je le croisais dans les bureaux de la curie romaine, avec sa sacoche en cuir. Il était toujours souriant et prompt à la plaisanterie. « Je l’ai vu rire dans les premiers temps de son pontificat. Puis de plus en plus rarement. Sourire souvent, mais rire vraiment, très rarement. « Le côtoyer était inévitablement l’occasion d’anecdotes et de petits incidents. Une fois, alors qu’il visitait un couvent, au moment de prendre l’ascenseur, il s’est arrêté pour converser avec la supérieure. “La porte”, ai-je crié depuis l’étage du dessous. « Ça arrive ! », m’a lancé le pape. « Jean-Paul II avait une capacité de concentration impressionnante lorsqu’il était en prière. Invité dans sa chapelle privée au petit matin, je me suis livré à des commentaires sarcastiques sur une cape oubliée sur un prie-Dieu alors que nous attendions depuis une vingtaine de minutes l’arrivée du pape. Il ne s’agissait pas d’une cape, mais du pape lui-même, immobile, tout à sa méditation depuis une demi-heure. « Je dois reconnaître que les papes ne rient pas beaucoup. En fait, c’est un métier très dur. Dire que les cardinaux intriguent pour monter sur le trône de Pierre n’est pas vrai. « Certes, quelques-uns sont convaincus de pouvoir faire quelque chose d’utile pour l’Église en assumant les plus hautes charges. Mais la majorité d’entre eux souhaitent ne pas être appelés à faire ce métier. « Les traits de caractère qui définissaient le mieux Jean-Paul II étaient la ténacité et la détermination. Une détermination liée à sa profonde foi. Et si j’avais dû définir un ami avec ces traits de caractères, j’aurais dit de lui que c’est une vraie tête de mule. « Cette détermination, les prélats de la curie romaine l’ont découverte très vite, lorsque le pape a commencé à ouvrir les portes de sa maison aux pèlerins à l’occasion de ses audiences hebdomadaires. « Jusqu’à Paul VI, les souverains pontifes venaient au-devant des fidèles juchés sur une chaise à porteur, pour leur permettre de voir son visage et donner un aspect triomphal à l’événement. « Même Paul VI n’avait pas eu le courage de renoncer à cette tradition. Et pourtant, ce moyen de locomotion était vraiment infernal, pour peu que l’on puisse employer ce mot pour les choses vaticanes. Le roulis de la chaise à porteur donnait la nausée et le pauvre Jean XXIII devenait vert lorsqu’il était ainsi transporté. « Jean-Paul II, lui, a immédiatement renvoyé la chaise au magasin des vieux accessoires. Même l’insistance du préfet de la maison pontificale, le très diplomate archevêque français Jacques Martin, n’a pas réussi à le faire renoncer à sa décision de marcher au milieu de la foule. « La curie romaine a alors découvert que le nouveau pape écoutait patiemment tout le monde, mais décidait tout seul. « Elle ne s’est toutefois jamais résignée. Un jour que je rendais visite à Mario Seganti, l’intendant du Vatican, il m’a montré une chaise à porteur soigneusement protégée. “Nous la conservons toujours prête au cas où le pape se trouverait un jour empêché de marcher, parce qu’il y a des kilomètres de couloirs au Vatican”, m’a-t-il confié. Le vieux Seganti ne savait pas à quel point sa prémonition s’avérerait exacte dans les derniers temps du pontificat de Jean-Paul II. « Cette ténacité dans les petites choses quotidiennes, Jean-Paul II l’a également démontrée dans son action. Je me souviens quand tous ses collaborateurs lui déconseillaient de se rendre aux Philippes à cause du dictateur Marcos. Il leur a répondu : je vais rencontrer l’Église philippine. « Cette détermination a eu des conséquences historiques. Le pape n’a jamais hésité un seul instant quand il a décidé de soutenir Solidarnosc en Pologne. Pendant ces mois, il ne laissait pas passer une occasion publique de tonner et menacer. Cette fermeté a joué un rôle déterminant dans l’effondrement du géant soviétique. « Et c’est cette même détermination qui l’a décidé à ne jamais se cacher, à se montrer tel que la vie le contraignait à le faire. Lorsqu’il a été blessé par le terroriste turc Ali Agca, la première photographie de lui l’a montré en pyjama. Jamais personne n’avait vu un pape en pyjama. « Cette détermination, il l’avait promise à son père spirituel, le cardinal Stefan Wyszynski, qui lui avait demandé de ne pas refuser son éventuelle élection, et qui lui avait ensuite demandé de guider l’Église pour la faire entrer dans le troisième millénaire. Wojtyla le lui avait promis et il l’a fait. « Karol Wojtyla s’était aussi fait une autre promesse à peine élu : se rendre en pèlerinage en Terre sainte. Bien peu pensaient alors qu’il réussirait à la concrétiser. Il a réalisé son rêve à l’occasion du grand jubilé de l’an 2000. »
«Du pape Jean-Paul II, je garde le souvenir d’un homme d’une grande ténacité et d’une grande détermination, mais aussi celui d’un pape qui a su rire et plaisanter sur lui-même ». Bruno Bartoloni, 65 ans, a été le vaticaniste de l’Agence France-Presse pendant quarante ans et, ironie de l’histoire, est parti à la retraite le 1er avril, la veille du jour de la mort de Jean-Paul II. Il témoigne sur un homme qu’il a connu et côtoyé des dizaines d’années, d’abord comme cardinal puis comme pape : « Je me souviens bien du cardinal Karol Wojtyla, quand je le croisais dans les bureaux de la curie romaine, avec sa sacoche en cuir. Il était toujours souriant et prompt à la plaisanterie.
« Je l’ai vu rire dans les premiers temps de son pontificat. Puis de plus en plus rarement. Sourire souvent, mais rire...