« Never doubt that a small group of well-intentioned
citizens can change the world. In fact it is the only way in which the world has ever changed. »
(Margaret Mead, anthropologue, 1901-1978)
«Ne jamais douter qu’un petit groupe de citoyens bien intentionnés soit capable de changer le monde. En fait, c’est de cette seule manière que le monde a jamais changé. » Cette phrase est encadrée et accrochée dans mon bureau depuis la création de SOS Environnement, en 1993. Et si elle continue à susciter en moi une confiance optimiste dans l’avenir, je bute toujours un peu sur le mot citizen – citoyen –, notion si peu libanaise. Et si l’odieux assassinat nous a rassemblés et unis, sommes-nous pour autant devenus de vrais citoyens ?
Il est grand temps, pourtant, d’être tous convaincus que seul l’Etat de droit peut assurer et rassurer chacun, en garantissant à tous la pérennité d’un Liban multiple dans ses confessions comme dans ses mœurs. Si nous sommes vraiment débarrassés de la peur, le moment est venu de nous atteler à cette tâche qui effraie tout le monde mais qu’on ne peut plus repousser : la laïcisation du système politique.
Plus que les problèmes syrien, hezbollahi ou palestinien, c’est là notre problème le plus grave, le plus profond et le plus difficile. Alors, par où commencer ? Va-t-on compter sur les vieux lions de la scène et poursuivre les stériles querelles de clocher et de minaret? Va t-on longtemps encore choisir un président maronite, un Premier ministre sunnite, etc ? Ou voulons-nous vraiment un Liban qui dure et qui ne bascule pas au moindre soubresaut de ses voisins?
Ce Liban message, ce Liban du milieu, pluriel et pacifique, guide et éclairé, est un Liban de rêve. Le clamer aux yeux du monde devrait nous motiver et nous encourager. Et c’est aujourd’hui qu’il faut en ériger les bases. Ce Liban-là est-il impossible ?
Logiquement, tout nouvel élan vient de chez les jeunes, les nouveaux venus, les mieux instruits, les moins « pollués ». Où sont ces forces vives ? Que font-elles en ce moment ? On aimerait les voir à la télé autant que tous les autres avec leurs réunions, leurs déclarations. Qu’ils fassent la tournée des régions, porter « la bonne nouvelle » et recevoir des idées… Qu’ils débattent et questionnent, autour de tables rondes et discutent de notre devenir. Qu’ils planchent jusqu’à pouvoir projeter une image d’un Liban du possible, comme on dessine un but pour mieux pouvoir l’atteindre. Les images seront nombreuses, à n’en pas douter, mais elles finiront par n’en former qu’une seule, à force de persévérance et de volonté. Battre le fer tant qu’il est chaud. Non ?
G. BUSTROS
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