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Actualités - Opinion

Impression La peur

Le cerveau s’emballe au moindre bruit et cherche dans ses méandres, à la vitesse d’un processeur, d’où vient l’explosion, où se trouve chacun, et s’il a pu passer par là. Il calcule dans le désespoir la probabilité, alors qu’il est lui-même entier et sauf, d’être à son insu déjà désintégré par la mort d’un parent, d’un ami, d’une connaissance, d’un visage familier. Nous parlons d’une situation commune à tous les peuples qui connaissent la guerre et ses procédés sournois. Ce sont des choses qui vous habitent très vite, qui vous squattent, tapies dans un coin sombre de votre être, prêtes à se réveiller à la moindre alerte. Alors vous comprenez que vous n’êtes pas fait comme les autres peuples du monde. Vous savez qu’il y a en vous une combinaison totalement différente et puissamment réactive de flux chimiques et nerveux. Parce qu’il suffit d’un rien, d’une sirène, d’une ambulance qui passe, d’une porte qui claque pour que les genoux ne répondent plus et que les mains, les lèvres et même le bout de la langue soient picotés de fourmis. Et que le sang se retire du visage et que la sueur envahisse les membres et que le monde perde ses contours devant les yeux figés. Et que la volonté cahote comme une onde radio brouillée de parasites. Cela s’appelle la panique, cette paralysie provoquée par les accents de la flûte du dieu Pan. Sauf qu’à nous, on n’a jamais joué de la flûte. Après la peur, il reste les dommages de la peur. Non, vous n’êtes pas sain et sauf. Quelque chose en vous s’est rompu et la cicatrice restera ouverte. Il y aura la joie hystérique d’avoir échappé à la tragédie. Mais il y aura son corollaire, la colère d’avoir été atteint, même de loin, dans votre intégrité nerveuse et mentale. Il y aura un sentiment d’humiliation générateur de haine. Il y aura la frustration de ne pouvoir donner de visage à l’objet de la haine. Qu’il est difficile de faire appel à la raison quand la raison se hérisse, tout orientée qu’elle est vers la défense du corps, la survie individuelle et, par-delà, la survie du groupe. Car la peur, c’est la Préhistoire de la raison, son niveau zéro, le « ground zero » laissé après la destruction des tours du 11 septembre. C’est l’instinct au pouvoir sous les dentelles de la civilisation. Où trouver le recul nécessaire pour résoudre les problèmes sans l’emprise de l’adrénaline ? Certains puiseront leur sagesse dans la paix de la prière et de la méditation. D’autres, ayant domestiqué la mort pour l’avoir fréquentée de près, n’auront de cesse que de traquer la vérité, seul espoir de salut. Nous ferons semblant de vivre, trompant le danger, poussant le rocher et retenant notre souffle. Et dans l’insupportable attente du miracle qui nous sortira de cette violence, nous nous interdirons tout soupir, sous peine qu’il ne soit le dernier. Fifi Abou Dib
Le cerveau s’emballe au moindre bruit et cherche dans ses méandres, à la vitesse d’un processeur, d’où vient l’explosion, où se trouve chacun, et s’il a pu passer par là. Il calcule dans le désespoir la probabilité, alors qu’il est lui-même entier et sauf, d’être à son insu déjà désintégré par la mort d’un parent, d’un ami, d’une connaissance, d’un visage familier. Nous parlons d’une situation commune à tous les peuples qui connaissent la guerre et ses procédés sournois. Ce sont des choses qui vous habitent très vite, qui vous squattent, tapies dans un coin sombre de votre être, prêtes à se réveiller à la moindre alerte. Alors vous comprenez que vous n’êtes pas fait comme les autres peuples du monde. Vous savez qu’il y a en vous une combinaison totalement différente et puissamment...