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Actualités - Chronologie

Un humaniste qui ne laisse pas indifférent

«Quel gâchis ! Karol vient de rater sa vie. » Telle fut la réaction des camarades de Karol Wojtyla, quand le jeune Polonais décida, bouleversé par la mort de son père en février 1941, d’abandonner le théâtre pour entrer au séminaire. Trente-sept ans plus tard, le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla, succédant à Jean-Paul Ier mort prématurément après 33 jours de pontificat, devenait le premier pape polonais de l’histoire de l’Église, sous le nom de Jean-Paul II. Du théâtre de sa jeunesse, Karol Wojtyla a toujours conservé le goût des confrontations d’idées, de l’échange et, par-dessus tout, cet extraordinaire charisme qui fait que tous ceux qui l’ont rencontré, ou simplement vu – ils sont des millions –, ne peuvent oublier sa présence électrisante. Temps privilégié de ces débats, les repas au Vatican ont souvent été l’occasion de véritables brassages d’idées. Un exercice auquel Jean-Paul II s’adonnait avec une telle intensité, qu’il en oubliait d’apprécier le menu. Un menu généralement assez sommaire du reste : un plat de pâtes, une viande accompagnée de légumes, une salade, des fromages et quelques fruits ou une pâtisserie polonaise... Frugal dans ses repas, le souverain pontife est aussi humble dans son habitat. Sa chambre à coucher a beau donner sur les merveilles baroques de la place Saint-Pierre, elle n’en ressemble pas moins à une cellule de moine, avec pour seuls ornements quelques icônes polonaises. Une alternative aux idéologies du siècle Wojtyla est aussi et surtout l’homme d’un projet : l’établissement d’une alternative totalement chrétienne aux philosophies humanistes de ces derniers siècles, à savoir le marxisme, le structuralisme et autres positivismes. Pour faire passer son message, Jean-Paul II, polyglotte et passionné de poésie, a multiplié les écrits. On lui doit en effet plus d’une centaine de documents majeurs, dont 14 encycliques sur des sujets divers. Certains de ses écrits ont été des best-sellers, comme la Lettre aux familles et un livre de réflexions sur le monde moderne, Entrez dans l’espérance. Pour mener à bien sa mission, faire entrer l’Église dans le troisième millénaire, le pape a aussi abondamment arpenté le monde, jusqu’aux contrées les plus reculées, et ce malgré une santé défaillante. Son 77e déplacement fut dédié, en mai 1997, au Liban, où il avait été accueilli par des millions de fidèles. Chaque voyage faisait l’objet du même rituel, à savoir une étude minutieuse des problèmes politiques, religieux, sociaux et économiques des populations qu’il allait rencontrer. C’est dans ce contexte qu’il convient de comprendre les audiences répétées – quatre en trois années – qu’il a accordées à feu Rafic Hariri, alors même qu’il s’était déjà préparé depuis longtemps à son séjour libanais. Entre enthousiasme et hostilité Suscitant l’hostilité ou l’enthousiasme, le souverain pontife n’a jamais laissé indifférent. Trop libéral aux yeux des uns, il est fustigé par les autres pour son conservatisme. Anticommuniste, véritable cauchemar des Jaruzelski, Tchernenko et autres Brejnev, il est considéré comme ayant largement contribué à la chute définitive des totalitarismes de l’Est, à la fin de la décennie précédente. Cela ne l’a pas empêché, par la suite, de dénoncer à maintes reprises les excès du capitalisme et de la société de consommation. Paradoxal, Karol Wojtyla l’est aussi sur le plan religieux et moral. Tout en resserrant l’autorité du Saint-Siège sur la hiérarchie, en encourageant des mouvements ou des ordres catholiques conservateurs, comme l’Opus Dei et les Légionnaires du Christ, dans le but évident de contrer les jésuites, le pape n’est pas parvenu à éviter un schisme avec feu l’archevêque traditionaliste français Marcel Levebvre. Le préservatif, le sida et l’avortement Sur le flanc gauche, Jean-Paul II a également suscité la déception, notamment en raison de ses prises de position, jugées insensées ou inadaptées par beaucoup, sur la question du préservatif, du sida ou de l’avortement. Henri Tincq, spécialiste des affaires religieuses au journal Le Monde, soulignait ainsi que le rejet du recours aux préservatifs, même dans les cas où il faut sauver des vies, est « absolument incompréhensible et disqualifie l’Église d’avoir à jouer un rôle dans tout le débat sur le sida ». Wojtyla n’est pourtant en rien un théocrate rétrograde. Pape « multimédia », il n’a pas répugné à recourir aux technologies les plus modernes, dont le CD, pour faire passer son message. Par ailleurs, tout dans sa vie comme dans son œuvre concourt à faire de lui un pontife bon, humaniste, ouvert au dialogue et proche des hommes. Son expérience personnelle le rapproche notamment de tous ceux qui ont souffert des guerres, de l’oppression, de la discrimination, de l’exploitation et de la perte de l’indépendance. L’enfance et la jeunesse de Karol Wojtyla, né le 18 mai 1920 dans une famille modeste, furent en effet marquées par la mort, alors qu’il n’avait que neuf ans, d’une mère littéralement adorée, puis de son jeune frère et enfin de son père, un notable et un homme pieux dont l’influence sur Karol fut déterminante. Sa vie fut ensuite profondément marquée par les grands tourments de l’histoire du XXe siècle, de guerres mondiales en totalitarismes. D’où, certainement, son attachement profond au dialogue avec les autres religions, dont il fut l’un des grands initiateurs. Un rêve aujourd’hui plus que jamais d’actualité. E. F.
«Quel gâchis ! Karol vient de rater sa vie. » Telle fut la réaction des camarades de Karol Wojtyla, quand le jeune Polonais décida, bouleversé par la mort de son père en février 1941, d’abandonner le théâtre pour entrer au séminaire.
Trente-sept ans plus tard, le 16 octobre 1978, Karol Wojtyla, succédant à Jean-Paul Ier mort prématurément après 33 jours de pontificat, devenait le premier pape polonais de l’histoire de l’Église, sous le nom de Jean-Paul II.
Du théâtre de sa jeunesse, Karol Wojtyla a toujours conservé le goût des confrontations d’idées, de l’échange et, par-dessus tout, cet extraordinaire charisme qui fait que tous ceux qui l’ont rencontré, ou simplement vu – ils sont des millions –, ne peuvent oublier sa présence électrisante.
Temps privilégié de ces débats, les repas au...