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Actualités - Opinion

Le Point La médaille et son revers

L’opération « Shock and Awe » lancée contre l’Irak il y a exactement deux ans dans le but de renverser le régime sanguinaire de Saddam Hussein a eu pour résultat d’enclencher dans l’ensemble du Moyen-Orient un vaste mouvement démocratique, désormais en marche et que nul ne pourra plus stopper. Vrai ? Faux ! Parce qu’il est aisé de constater qu’au pays d’entre les deux fleuves, le scrutin législatif du 30 janvier n’aura permis de créer qu’un semblant de dynamique, faussée au départ par l’absence d’une véritable représentation sunnite, les électeurs appartenant à cette communauté ayant choisi de boycotter la consultation. Une décision qui se révèle porteuse d’une lourde menace puisque, passé les premiers instants d’euphorie, des nuages s’amoncellent à l’horizon, annonciateurs d’une situation qui pourrait, si l’on n’y prend garde, déboucher sur une forme de guerre civile et l’irruption d’un nouveau dictateur. Bon d’accord, oubliez que l’on a renoncé dès les premières semaines à retrouver ces armes de destruction massive dont la présence avait motivé officiellement le déclenchement des hostilités. Oubliez aussi que les arsenaux ont été pillés au tout début de la guerre par les soldats de l’ancien régime que L. Paul Bremer, troisième du nom, avait renvoyés chez eux, fort inconsidérément d’ailleurs, et qui depuis se sont reconvertis dans le terrorisme, pour le plus grand malheur des Américains, mais surtout de leurs concitoyens. Plus grave : l’instabilité a métastasé jusqu’à atteindre, pas plus tard qu’hier, l’infortuné Qatar, dont le grand tort est d’abriter le siège du Centcom, le commandement central US pour toute la région. Peut-être y aurait-il lieu de rappeler, histoire de rafraîchir les mémoires défaillantes, qu’au départ il n’était nullement question d’exporter les valeurs made in the USA mais bel et bien de s’emparer pour les détruire de ces fameuses ADM qui menaçaient, disait-on, la sécurité mondiale – comprendre Israël. C’est, l’enlisement venant, que l’on s’est mis à parler avec insistance de « pont vers un processus de démocratisation » et de Grand Moyen-Orient. S’approprier les mérites d’une vague qu’on est loin d’avoir provoquée constitue l’essentiel de l’actuelle tactique américaine. Ainsi en est-il de la normalisation en cours dans les rangs palestiniens d’abord, dans les rapports entre l’Autorité et l’État hébreu ensuite. Voyez, vous lance-t-on, l’élection qui vient d’être organisée dans les territoires occupés, qui a abouti à la désignation de Mahmoud Abbas puis d’un nouveau gouvernement, lequel s’est dépêché de reprendre langue avec Tel-Aviv. Mais dans sa hâte à initier une telle opération de récupération, Washington feint délibérément d’ignorer que Yasser Arafat avait été élu, lui aussi, par le peuple, et qu’en tout état de cause, ce qui se passe depuis quelques semaines résulte de la brutale disparition d’Abou Ammar. Sans compter que le désengagement israélien en cours pourrait être remis en cause si, d’aventure, un attentat particulièrement meurtrier venait à se produire « Nous vivons une époque étonnante », vient de constater George W. Bush en évoquant le cas du Liban. Comme s’il existait un quelconque rapport entre « la révolution du Cèdre » et la conjoncture régionale, spécifiquement une situation irakienne marquée par des carnages quotidiens et un blocage que ne résoudra pas la formation d’un nouveau gouvernement. Comme si l’avènement du réveil libanais – qui s’inscrivait depuis quelque temps dans la terrible logique des faits – n’avait pas été hâté par l’innommable attentat perpétré contre Rafic Hariri. Le tableau en Arabie saoudite est, lui, loin d’être aussi idyllique qu’on veut bien le faire croire sur les rives du Potomac. Des conseils municipaux, 178 pour être précis, sont en cours de désignation en trois étapes dont la première a eu lieu le 10 février dernier. C’est appréciable, dans un pays où les précédentes consultations n’ont jamais dépassé le cadre restreint des chambres de commerce locales. C’est peu si l’on songe que les femmes ont été soigneusement tenues à l’écart, comme s’il s’agissait d’une affaire entre hommes. Autre exemple : celui de l’Égypte que la presse yankee ne cesse de citer en exemple, simplement parce que le raïs sortant a ouvert la voie à d’autres candidatures que la sienne lors de la présidentielle appelée à se tenir dans soixante-dix jours. Et qu’il est assuré de remporter pour la cinquième fois consécutive. La démocratie effectue peut-être ses premiers pas au Proche-Orient. Mais n’est-ce pas aussi – un peu beaucoup, n’en déplaise à l’Oncle Sam – grâce aux chaînes satellitaires et au téléphone cellulaire ? Christian MERVILLE
L’opération « Shock and Awe » lancée contre l’Irak il y a exactement deux ans dans le but de renverser le régime sanguinaire de Saddam Hussein a eu pour résultat d’enclencher dans l’ensemble du Moyen-Orient un vaste mouvement démocratique, désormais en marche et que nul ne pourra plus stopper. Vrai ?
Faux ! Parce qu’il est aisé de constater qu’au pays d’entre les deux fleuves, le scrutin législatif du 30 janvier n’aura permis de créer qu’un semblant de dynamique, faussée au départ par l’absence d’une véritable représentation sunnite, les électeurs appartenant à cette communauté ayant choisi de boycotter la consultation. Une décision qui se révèle porteuse d’une lourde menace puisque, passé les premiers instants d’euphorie, des nuages s’amoncellent à l’horizon, annonciateurs d’une...