Une table ronde sur la Tchétchénie, organisée hier à huis clos à Strasbourg pour « établir une base de dialogue », s’est soldée par un face-à-face entre parlementaires du Conseil de l’Europe et autorités russes ou tchéchènes prorusses, en l’absence de l’une des parties en conflit, les séparatistes tchétchènes. La table ronde, organisée à huis clos dans une salle du Conseil de l’Europe, a réuni 20 membres de la Fédération de Russie et de l’administration tchétchène prorusse – avec à sa tête le président Alou Alkhavov –, 11 parlementaires du Conseil de l’Europe et 9 représentants d’ONG ou experts. Le Conseil de l’Europe avait précisé que la table ronde ne serait pas ouverte « aux personnes qui refusent de reconnaître l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie et qui acceptent le terrorisme comme un moyen d’atteindre leurs buts », écartant implicitement les séparatistes. Dès le début de la réunion, un porte-parole de la délégation russe a expliqué que pour Moscou, la rencontre visait avant tout à permettre à la partie russe de donner son point de vue sur la situation en Tchétchénie mais qu’il ne s’agissait pas d’une réunion de négociations. La présence de représentants des « forces nationalistes, séparatistes manque », a lui même reconnu Rudolf Binding (Allemagne), l’un des rapporteurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) sur la Tchétchénie. « La configuration d’aujourd’hui ne permet pas à cette table ronde d’être constructive », a pour sa part estimé l’historien Yves Cohen, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, se déclarant « déçu » de sa composition.
« Les organisateurs n’ont pas encore démontré qu’ils sont capables de mettre face à face les représentants du gouvernement russe et les représentants des indépendantistes », a-t-il regretté avant de quitter la réunion pour marquer son désaccord. Cette réunion ne servira qu’à « donner un lustre international à Alou Alkhanov, président d’un gouvernement fantoche », a déploré M. Cohen, soulignant qu’en Tchétchénie « les opérations, les fouilles, les ratissages continuent ». « Les choses n’auraient un sens que si des représentants des séparatistes étaient présents dans la salle », a souligné Tatiana Lokchina, du Comité Helsinki des droits de l’homme de Moscou. « Le processus politique est prématuré, il faut d’abord arrêter les violations des droits de l’homme » et mettre fin « à l’impunité » qui prévaut en Tchétchénie, a-t-elle ajouté. M. Alkhanov a pour sa part assuré devant les journalistes que le « processus de démocratisation » se poursuivait et que « la situation s’améliorait » en Tchétchénie.
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