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Actualités - Opinion

Hommage à Bahia Hariri

«S’il m’était demandé de choisir un titre auquel j’aimerais volontiers répondre, ce serait bien celui d’être la sœur de Rafic Hariri »... C’est en ces termes modestes et généreux que s’était présentée, aux yeux de milliers de compatriotes éplorés, celle qui venait de perdre, dans le plus épouvantable des attentats, un frère prestigieux et un homme d’État comme le Liban moderne n’en avait jamais connu. Le 28 février, durant la séance historique du Parlement libanais, elle fut la première à prendre la parole au double titre de députée de Saïda et de sœur unique du grand défunt. Je n’avais jamais assisté à un débat parlementaire. Ni à travers le petit écran ni autrement. Je confesserai même que j’avais toujours éprouvé une vague répulsion à l’endroit de ce genre de débat public où les effets de style se mêlent à la langue de bois. Mais scotché à mon récepteur, tendu, angoissé et sous le coup d’une émotion, partagée avec trois millions de concitoyens, je me suis retrouvé face à une apparition apaisante, toute de noir vêtue, les cheveux coiffés en chignon et un visage d’une pâleur sereine, que le sceau de la douleur avait tout simplement transfiguré. Je ne l’avais jamais vue d’aussi près. Elle était mieux que jolie et bien au-delà encore : elle était belle ! De cette beauté intemporelle que concède à l’iris clair des yeux le reflet intérieur d’une grande âme. Un regard de Pietà ! Le regard d’un être humain qui vient d’explorer l’abîme de la souffrance. Un regard où s’inscrit toute la fierté, toute la dignité aussi de qui sait accepter le malheur. A suivi, dans un silence de mausolée, un discours dépouillé de tout artifice. Il est évident que je n’en soulignerai ici ni la fermeté du propos ni la justesse des ponits de vue, tant il est vrai que le seul but de ma communication est de rendre hommage à la grandeur du comportement humain que seuls des êtres d’exception, parce que nourris aux sources de la Foi en Dieu, savent avoir dans les moments cruciaux de la vie. Lorsque, broyée par la portée même de ses paroles, elle a dû évoquer le nom du disparu, l’émotion générale fut à son comble. Nous sûmes gré à la caméra d’avoir eu, respectueusement, le tact de déplacer son objectif. Et j’ai compris à cet instant précis que tout n’était pas perdu pour le Liban. Et que certains malheurs, acceptés dans la soumission à la volonté divine, s’avèrent nécessaires afin de réveiller en nous le résidu assoupi de cette dignité que régit l’esprit. Et que la mollesse et la cupidité de chacun agressent en permanence. Il nous reste heureusement des personnes de la trempe de « Sitt Bahia ». Car c’est ainsi que, dorénavant, nous devrions la désigner. Par un titre court qui surclasse les noms de famille. Un titre qui honore et fixe une personnalité pour les générations à venir. Un titre phare dont tant et tant d’entre nous devraient souhaiter s’approcher. À cause d’elle, ce jour-là, je me suis réconcilié avec le Liban, ma patrie meurtrie et piétinée par nous. Si nous devions encore espérer réhabiliter un pays dont le message, aux dires d’un Jean-Paul II, est de servir d’exemple à la planète entière, si nous sommes tenus de montrer à nouveau son visage civilisé, s’il nous fallait convaincre les envieux et les sceptiques grâce au cœur d’un Liban battant toujours au rythme de l’amour, c’est à ce genre de femme qu’avec assurance et fierté, nous devrions confier bientôt la direction politique de notre chose publique. Oui, je ne divague pas. C’est à Sitt Bahia qu’après les législatives et le changement attendu devrait échoir le poste de présidence du Conseil. Alors, si d’aventure et par-delà sa tombe, nous nous avisions d’interroger celui qui repose désormais place des Martyrs et de la Liberté, je suis certains qu’il nous répondrait à son tour : « Oui ! J’ai été le frère de Bahia Hariri. » Louis INGEA

«S’il m’était demandé de choisir un titre auquel j’aimerais volontiers répondre, ce serait bien celui d’être la sœur de Rafic Hariri »...
C’est en ces termes modestes et généreux que s’était présentée, aux yeux de milliers de compatriotes éplorés, celle qui venait de perdre, dans le plus épouvantable des attentats, un frère prestigieux et un homme d’État comme le Liban moderne n’en avait jamais connu.
Le 28 février, durant la séance historique du Parlement libanais, elle fut la première à prendre la parole au double titre de députée de Saïda et de sœur unique du grand défunt.
Je n’avais jamais assisté à un débat parlementaire. Ni à travers le petit écran ni autrement. Je confesserai même que j’avais toujours éprouvé une vague répulsion à l’endroit de ce genre de débat public...