Non content d’être né dans un sérail de la couture libanaise, Tony Ward a fait ses griffes chez Dior sous la férule de Gianfranco Ferré, chez Lagerfeld quand celui-ci régnait sur Chloé et chez Claude Montana sous la signature de Lanvin. C’est pourtant en Italie que ce jeune couturier libanais a trouvé son territoire de prédilection, et c’est à Rome qu’une fois de plus il a donné à voir sa dernière collection. Fasciné par l’Orient Express, ce train dont on dit encore qu’il est «le train des rois, le roi des trains», Ward a trouvé dans ce véhicule légendaire un trait d’union idéal entre le faste oriental et la retenue européenne dont il a fait le thème de son défilé. Reflétant à souhait ce double jeu culturel, le jeune couturier a assemblé dans ses matières et dans ses coupes tout ce que ses origines libanaises, au carrefour des deux mondes, pouvaient apporter dans un sens comme dans l’autre. À l’heure où John Galliano remet la veste à l’honneur, Ward, dont c’est l’atout par hérédité (son propre père était cité comme «le roi de la manche», en fait son cheval de bataille. Dans ses croquis, la veste a en effet la part du lion, déclinée dans toutes les formes et les textures, déstructurée, nouée au col, courte ou longue, manteau, caraco, ou smoking, agrémentée de nœuds façon asiatique, elle surmonte des minijupes pailletées, des jodhpurs souples découvrant les chevilles ou réchauffe simplement des robes du soir. L’inventivité et la technique de Ward viennent de lui valoir la distinction de «L’ogo d’oro» ou aiguille d’or, l’équivalent italien du «Dé d’or» français. Un prix prestigieux dans lequel l’ont précédé Valentino, Burani et tant d’autres géants de la couture italienne. Une belle consécration.
TENDANCE
Le jean français, une exception culturelle?
«Le jean français créatif existe à nouveau aujourd’hui et il a de belles années devant lui, assure Jean Elbaz, à l’origine de la marque Be you K. Il est passé par bien des vicissitudes. Tous ses protagonistes s’en étaient allés aux États-Unis en attendant que l’orage passe. Aujourd’hui, derrière toutes les nouvelles marques américaines, ce sont les décideurs, stylistes et techniciens qui, vingt à trente ans plus tôt, s’activaient pour des marques françaises.»
Estampillés made in USA, les nouveaux labels Seven, Blue Cult, Antik Denim, Yanuk, Nudie, Corléone peuvent laisser croire qu’ils sont de purs produits issus de la culture américaine. Dans leurs gènes et leurs trames, ils ont surtout des racines de l’autre côté de l’Atlantique. En effet, derrière ces jeunes labels, ce sont tous les entrepreneurs qui, il y a 20 à 30 ans, étaient à la tête des plus belles marques françaises de denim, produites dans le Sud de la France, du côté de Nîmes ou sur les rives de la Garonne. Concurrencées par des productions à moindres coûts, ces dernières ont connu des années 80 et 90 très difficiles. Nombre d’entre elles ont même disparu.
De retour d’un voyage à LA, François Girbaud s’amuse du fait que «tout le monde parle français dans ces sociétés américaines. Les modèles sont dessinés sur nos canevas. Souvent, ce sont de jeunes entrepreneurs, fils de vieux routards du jean français, qui ont intégré en un temps record ce qu’un secteur a mis près de 40 ans à comprendre. Il y a encore 20 ans, on ne trouvait pas le moindre blanchiment en Californie, alors qu’il y en a aujourd’hui à tous les coins de rue.» Ainsi, tout nouveau label de jeans est promis à des débuts florissants s’il présente une originalité. Pour l’hiver dernier, la boutique Colette se targuait de l’exclusivité de pas moins de cinq nouveaux labels de cinq poches. Chacun dans ses coupes, toiles tissées comme aux origines, délavages et finitions à la main, cherche à rivaliser de différences.
«Le jean français a de l’avenir, martèle François Girbaud en pionnier revenu de ses rêves d’Amérique. Il flatte le corps, remonte les fesses, aplatit le ventre... Bref, il fait envie.» Pierre Morissey voit surtout en ce nouveau cinq poches à la trame bleu, blanc, rouge un nouveau pour séduire: «C’est la tendance au petit cul branché avec une vraie recherche sur la toile et les délavages.» Mais qu’ont-ils inventé par rapport à toutes les recherches esquissées 30 ans plus tôt? «Savoir ressortir une bonne idée au bon moment est une des bases de la création», souligne Pierre Morissey. Nombre de ces nouvelles marques sont aujourd’hui présentes sur le Salon Who’s Next. Certaines sont basées aux États-Unis (Seven, Blue Cult, Joe’s Jeans, Corléone), d’autres en France (Revart, Biscote, Be you K, Bonaventure, Denim Studio, Le temps des Cerises, Redwood, Sessun).
Interrogées lors de la dernière session Who’s Next, ces dernières, implantées dans l’Hexagone, ont connu des progressions de chiffre d’affaires pouvant aller du simple au double en un rien de temps. Leurs fourchettes de prix au détail vont de 100 euros (Be you K, Denim Studio, Le temps des Cerises, Corléone, Redwood) à 250 euros (Revart et Corléone) avec une moyenne autour de 125 euros (Bonaventure, Biscote, Sessun). Essentiellement vendues dans des boutiques multimarques positionnées sur le moyen haut de gamme et des grands magasins, elles rencontrent aujourd’hui un franc succès à l’export (dans l’ordre: en Europe, au Japon et aux États-Unis) après s’être solidement implantées sur le marché français (500 points de vente pour Be you K, 600 pour Biscote et Redwood, voire 1000 pour Le temps des Cerises).
«Nous avons débuté en 1998 avec l’idée de développer une vision très française en contrepoint du jean américain, explique Gilles Richardière, fondateur de la marque Le temps des Cerises. Nous mettons l’accent sur les qualités de toile, la coupe, les délavages et les finitions, afin d’avoir notre propre identité et nous distinguer, tant des marques italiennes que du denim américain classique.» Ces efforts ont plus que porté leurs fruits puisque Le temps des Cerises est passé de 30 000 pièces exclusivement vendues en France en 2002, à 260000 dans l’Hexagone et 140000 à l’export en 2004. Dans un marché global dont les volumes n’augmentent quasiment plus, ces scores sont autant de parts grappillées aux ex-leaders du secteur. En effet, après avoir été dominé par une poignée de marques américaines toutes puissantes, le marché mondial du jeans se morcelle en faveur de pléthore de jeunes labels, dont une majorité a des racines françaises.
Que leur réserve l’avenir? «Une page a été tournée, explique Gilles Richardière, et le marché va devenir encore plus concurrentiel. À chacun de continuer à innover et cultiver l’identité de la marque.» Autrement dit, ne pas se reposer sur ses lauriers et ne jamais oublier que le jean est devenu un produit mode avec toutes les remises en question que cela comporte.
Mode masculine hiver 2005/2006
Plus intello que macho
La mode masculine pour l’automne-hiver 2005/2006 sera celle d’un homme élégant, jouant dans le registre artistico-intellectuel plutôt que macho, et une garde-robe concentrée sur des basiques à l’esprit tailleur, selon les présentations des collections qui se sont déroulées pendant quatre jours à Paris.
«La quintessence», le «retour aux sources», au «subtil», «chronique de la distinction»: ces termes empruntés aux créateurs Naoki Takizawa (Issey Miyake), Franck Boclet (Francesco Smalto), Véronique Nichanian (Hermès) et Dries Van Noten résument l’humeur générale.
Ressurgi il y a un an, l’esprit tailleur s’est élargi et a gagné quasiment toutes les collections, allant même jusqu’à remettre sur le devant de la scène le costume trois-pièces. «Aujourd’hui, les hommes font attention à leur tour de taille, le gilet masculin passera mieux et n’aura pas les mêmes connotations!» résume un observateur avisé. Les hommes, l’hiver prochain, en verront surtout de tous les carreaux: des plus petits aux plus grands, en version effacée ou très prononcée, du pied-de-poule au pied de coq en passant par le prince-de-galles.
Dans cette joyeuse confrontation, les flanelles grises, les tweeds et les velours (surtout le soir) apportent un peu d’espoir aux moins téméraires.
L’élégance se poursuit par une offensive du manteau droit sur le duffle-coat (ex-valeur sûre), éventuellement orné de fourrure au col pour une inspiration Europe de l’Est. La cape, courte ou longue, fait son apparition dans un esprit plus dandy.
À part quelques exceptions, comme chez Louis Vuitton, le luxe se fait discret. Les matières parlent d’elles-mêmes, dans le choix des lainages ou des peaux. Les finitions tailleurs avec piqûres sellier, la multiplication des détails raffinés et l’attention portée aux doublures particulièrement soignées le prouvent.
Le costume fort heureusement n’est pas obligatoire: les vestes de week-end à poches plaquées, les vestes d’ouvrier, les blousons doudounes ou encore les jeans en velours cotelé offrent autant de possibilités pour décontracter l’allure, surtout quand ils sont portés avec un feutre genre Borsalino.
Décontraction encore avec, sous la veste, une chemise sans cravate et, plus nouveau, de gros pulls bien chauds et confortables.
La couleur joue aussi sa partie dans ce retour aux valeurs sûres. Les carreaux ne voient pas forcément la vie en gris, à commencer par Paul Smith ou Rykiel Homme. Les vert bouteille, bleu nuit et bordeaux habillent des velours lisses attrayants chez Yves Saint Laurent.
Les éclats d’orange brûlé (Hermès) ou des tons sorbet (Smith) constrastent avec les gris, les marrons et les noirs.
Le sportswear n’est pas pour autant remisé aux oubliettes grâce à quelques jeunes créateurs qui en font leur marque de fabrique (Gaspard Yurkievich, Kim Jones). Quant à ceux qui sont à la recherche d’une silhouette plus rock and roll, Hedi Slimane est leur homme. Le jeune directeur artistique de Dior Homme n’a pas son pareil pour manier le chic et le choc.
Sources: AFP/fashionmag.fr
FIFI ABOU DIB
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