J’ai lu la rubrique « Sur les campus - L’émigration, un fléau aux différents visages » (L’Orient-Le Jour du vendredi 14 mai) et ça a réveillé un je ne sais quoi au fond de moi. Alors j’ai pris ma plume et les idées ont commencé à affluer :
Le Liban de mon enfance, je ne le reconnais plus. Je n’ai jamais retrouvé ce pays de miel et d’encens dont mes parents me racontaient l’histoire. Et me voilà au bord d’un bateau qui me transporte vers le Nouveau Monde.
Deux grandes valises en main, et une poignée d’espérance, le cœur serré et la gorge nouée, je m’en vais à la conquête de l’Amérique. Ce pays, dont trop de Libanais n’osent même pas rêver visiter, sera ma nouvelle adresse...
Mille lieues me séparent désormais du doux pays de mon enfance, mais mille pensées me tourmentent. Que sera ma vie sans l’odeur du bon café que prépare ma mère tôt le matin ? Que sera ma vie sans la mankouché et les bons petits croissants que mon père nous amenait chaque dimanche ? Que sera ma vie sans mes petites bagarres avec ma sœur à cause du sac que je voulais absolument porter et qu’elle s’est approprié alors que je dormais (et en plus qui m’appartiens) ? Et mon petit frère qui rend ma vie difficile en racontant à mon père à quelle heure je suis rentrée de mes escapades nocturnes (malgré mes « wahyetak papi, j’avais pas de montre et je suis sûre qu’il n’était pas plus tard qu’une heure du matin »).
Bon, je dois prendre mon courage à deux mains : j’ai décidé de quitter mon pays, alors, cette responsabilité je l’assume... Mais dois-je vraiment l’assumer, ou dois-je considérer que c’est un sort qui m’a été imposé ?
Est-ce vraiment ma faute si j’ai voulu voir des jours meilleurs, si je pense qu’un minable salaire couronnant mes études universitaires est une injustice, si je pense que la situation économique au Liban va de mal en pis, et que je n’y vois aucune justice ? Si je ne me reconnais en ces politiciens qui sont censés répercuter nos voix et qui prennent d’autres voies ? Et ces hommes qui nous cernent qui veulent à tout prix entamer une guerre qui n’est pas la mienne, pour une cause à laquelle je ne crois pas...
«J’ai quitté mon pays, j’ai quitté ma maison, ma vie, ma triste vie se traîne sans raisons.» J’aurais tellement voulu chanter les paroles de cette chanson en pensant qu’il y aurait une nuance de vérité.
C’est vrai que le souvenir de ce ciel bleu se réveille de temps en temps, mais je me souviens aussi du ciel gris. Gris à cause de tous ces obus. «Soleil de mon pays perdu...».
Corine Farhat
J’ai lu la rubrique « Sur les campus - L’émigration, un fléau aux différents visages » (L’Orient-Le Jour du vendredi 14 mai) et ça a réveillé un je ne sais quoi au fond de moi. Alors j’ai pris ma plume et les idées ont commencé à affluer :
Le Liban de mon enfance, je ne le reconnais plus. Je n’ai jamais retrouvé ce pays de miel et d’encens dont mes parents me racontaient l’histoire. Et me voilà au bord d’un bateau qui me transporte vers le Nouveau Monde.
Deux grandes valises en main, et une poignée d’espérance, le cœur serré et la gorge nouée, je m’en vais à la conquête de l’Amérique. Ce pays, dont trop de Libanais n’osent même pas rêver visiter, sera ma nouvelle adresse...
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