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Actualités - Opinion

EN DENTS DE SCIE N’est pas Harry Potter qui veut

Quatrième semaine de 2005. C’est à se demander si la détestable langue de bois que ce jeune Fouché, à sa décharge, ignore ostensiblement, n’est pas préférable aux gifles verbales et poujadistes assénées à l’intelligence des Libanais et aux traditions supposées républicaines et démocratiques du Liban, pendant des heures, et sans le moindre signe de fatigue, par l’inénarrable Sleimane Frangié, jeudi sur la LBCI. Peu importe. Peu importe également que l’on soit désormais en droit – c’est inouï – de se demander où peut bien se cacher Élias Murr, ou que l’on soit réduit – tout aussi inouï – à préférer son mandat. Peu importe enfin que l’actuel ministre de l’Intérieur, à l’unisson avec l’ensemble des dirigeants du pays et leur tuteur syrien, soit à ce point hermétique à l’histoire qui continue de s’écrire de jour en jour en grosses lettres, tout en s’avançant chaussée pratiquement des bottes de sept lieues. Ce qui compte, c’est que la loi électorale basée sur le caza, parrainée et pomponnée par Sleimane Frangié, a été approuvée cette semaine en Conseil des ministres à une écrasante majorité – même Naji Boustany et Wi’am Wahhab ont voté pour... Inutile de revenir et de tergiverser encore une fois sur les mille et une raisons qui ont poussé le tandem Baabda-Anjar à accoucher d’une loi saine, représentative et qui a tellement (et à juste titre) ravi l’opposition que certains de ses membres se sont crus obligés de rendre un hommage plus qu’empressé au locataire de Sanayeh. Le pouvoir et son tuteur syrien savent pertinemment que la communauté internationale scrute et scrutera avec une attention soutenue l’ensemble du processus électoral, mais cela, visiblement, ne fait pas partie des priorités (à l’image édifiante d’un Sleimane Frangié – encore lui –, comparant une plainte à l’Onu à une accusation par un gamin, auprès de sa mère, d’un camarade qui lui aurait volé ses billes...) ; pour le pouvoir et son tuteur, le choix du caza devrait suffire à endormir la méfiance des grands de cette planète. Ainsi pourraient-ils en toute impunité se consacrer à leur véritable objectif : miner l’opposition, la diviser, la faire imploser ; essayer de récolter les fruits de cette Berezina politique, montrer aux yeux du monde que les législatives printanières sont effectivement l’équivalent d’un référendum contre la 1559 et que les Libanais ne souhaitent qu’une chose : pérenniser la tutelle syrienne. En parfaits petits apprentis sorciers, le pouvoir et son tuteur pourraient réussir leur coup. Il suffit juste que l’opposition libanaise, nationale, plurielle, globale, reste fidèle à la réputation qu’elle s’est taillée au burin au sein de la rue libanaise : qu’elle est, en tant que collectivité, l’opposition la plus sotte du monde. Parce que voilà ce dont est persuadée l’opinion publique, voilà ce sur quoi table, ouvertement de surcroît, le tandem Baabda-Anjar : que, alléchés par l’odeur du caza (plus facile à conquérir dans ce cas-là qu’un mohafazat), les opposants se présenteront en masse ; qu’ils ne manqueront pas, ainsi, de se crêper le chignon, se combattre à mort et se tirer dans le dos, laissant ainsi la voie royale aux candidats des listes loyalistes. Reste une seule option, pour que le boomerang se retourne de plein fouet sur ceux qui l’ont envoyé : que cette opposition, formée au demeurant d’individualités étrangères dans leur majorité à un quelconque exercice du pouvoir, donc particulièrement respectables, décide, même privée d’un leader, de ne présenter, pour chacun des 128 sièges, que le candidat le mieux à même de remporter le scrutin face à son concurrent loyaliste. Pas besoin pour cela d’avoir inventé le fil à couper le beurre ou de recourir à l’arbitrage de l’incontournable patriarche Sfeir : il suffit d’un minimum de bon sens, d’un maximum de sens des responsabilités et, surtout, d’une volonté inoxydable de tout faire pour atteindre l’objectif, l’avènement de ce pouvoir de substitution dont la nécessité se fait chaque jour de plus en plus pressante. Un pouvoir de substitution qui permettra aux élus, comme aux sacrifiés des législatives printanières, de participer, d’une manière ou d’une autre, à la gestion de la chose publique. Sans compter, évidemment, que le bâton empoisonné et scandaleux du découpage beyrouthin pourrait être utilisé par l’ensemble de l’opposition, à commencer par Rafic Hariri, pour enfoncer encore plus le clou. La sorcellerie électorale a cela de formidable qu’elle a besoin, pour réussir, quelle que soit la qualité de la baguette magique ou du venin de crapaud utilisés, quelque vénérable que soit le grimoire consulté, de deux ingrédients qui manquent cruellement (et l’histoire n’en finit pas de le prouver) au pouvoir libanais et à son tuteur syrien : l’intelligence et la confiance dans le peuple. D’ici jusqu’à mai, l’opposition nationale aurait largement le temps d’assurer et de blinder l’un et l’autre ; elle en est capable, encore faut-il qu’elle le veuille. Et qu’elle reste sourde. Les chants de sirène, en sorcellerie, sont mortels dans 100 % des cas. Ziyad MAKHOUL
Quatrième semaine de 2005.
C’est à se demander si la détestable langue de bois que ce jeune Fouché, à sa décharge, ignore ostensiblement, n’est pas préférable aux gifles verbales et poujadistes assénées à l’intelligence des Libanais et aux traditions supposées républicaines et démocratiques du Liban, pendant des heures, et sans le moindre signe de fatigue, par l’inénarrable Sleimane Frangié, jeudi sur la LBCI. Peu importe. Peu importe également que l’on soit désormais en droit – c’est inouï – de se demander où peut bien se cacher Élias Murr, ou que l’on soit réduit – tout aussi inouï – à préférer son mandat. Peu importe enfin que l’actuel ministre de l’Intérieur, à l’unisson avec l’ensemble des dirigeants du pays et leur tuteur syrien, soit à ce point hermétique à l’histoire...