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Actualités - Opinion

Fléchettes La pitié dangereuse

La politologie et la sociologie se fourvoient depuis plusieurs années, et de plus en plus, dans ce qu’il est convenu d’appeler, fautivement, l’humanisme. Dès qu’un peuple subit des épreuves, voire des calamités, on se hâte d’en applaudir le courage. On dit, par exemple, que les Palestiniens donnent au monde une leçon de vie. Vivre, c’est quoi ? D’abord, bouger. C’est donc vrai aussi pour des massacreurs comme les janjawids, qui ne sont pas précisément des objets inanimés. Il nous revient que du temps de notre propre guerre, de grands reporters français s’extasiaient devant la force d’âme de nos fameuses tantes d’Achrafieh, restées si gaies, si mobiles, si bavardes. Bien forcées, bien coincées, les malheureuses. On voulait quoi ? Qu’elles se tuassent, ou qu’elles se tussent ? On nous répétait alors, comme on le fait aujourd’hui pour des officiers de l’Onu qui, par malchance pure, tombent en service, que nos martyrs avaient sacrifié leur vie à l’autel de la patrie ou de la cause. Tout à fait faux: aucun d’eux n’aurait voulu la perdre. On ajoutait que leur sang n’avait pas été versé en vain. Sûrement pas : cet étrange cadeau, que nous ne demandions pas, a sans doute aidé ceux-là mêmes qui s’en gargarisaient, à l’abri des lambris d’or de nos palais, à nous fabriquer la jolie existence que nous menons. En fait, c’est faire insulte à l’homme que de voir dans ses infortunes, ou dans ses défenses naturelles, qu’il partage avec les animaux, des qualités supérieures, éthiques ou morales. La vraie sublimation réside dans l’esprit d’abord, dans la raison ensuite. Et la raison nous dit que ni les Palestiniens, déchirés entre bellicistes et pacifistes, ni nous-mêmes, trahis par une partie d’entre nous (et de nous) qui halète après la sujétion, n’ont raison. J. I.
La politologie et la sociologie se fourvoient depuis plusieurs années, et de plus en plus, dans ce qu’il est convenu d’appeler, fautivement, l’humanisme. Dès qu’un peuple subit des épreuves, voire des calamités, on se hâte d’en applaudir le courage. On dit, par exemple, que les Palestiniens donnent au monde une leçon de vie. Vivre, c’est quoi ? D’abord, bouger. C’est donc vrai aussi pour des massacreurs comme les janjawids, qui ne sont pas précisément des objets inanimés.
Il nous revient que du temps de notre propre guerre, de grands reporters français s’extasiaient devant la force d’âme de nos fameuses tantes d’Achrafieh, restées si gaies, si mobiles, si bavardes. Bien forcées, bien coincées, les malheureuses. On voulait quoi ? Qu’elles se tuassent, ou qu’elles se tussent ?
On nous répétait...