Par le professeur Fouad N. Boustany
Paul Ponthus. Médecins libanais, jeunes et moins jeunes, retenez ce nom, puisque ce grand homme vous ne le connaîtrez plus. Il vient de nous quitter à l’âge de cent ans. Vous ne connaîtrez plus ce patron trempé d’acier, sévère et implacable dans son service, et ce compagnon trempé à l’eau de rose, poli et affectueux en société.
Pour ceux qui ne l’ont pas connu, ce vieux professeur qui meurt n’est qu’un vieil homme qui accomplit son destin naturel. Rien de plus. Mais rien de moins. Et c’est pourquoi, celui-ci qui était – sa vie et ses actes en témoignent – un homme intelligent, un savant pragmatique, un Français plus libanais que les Libanais, puisqu’il a servi ce pays pendant une quarantaine d’années, en formant des dizaines de radiologistes, piliers de la radiologie libanaise moderne, on doit le saluer quand il s’en va. Sans souci des malentendus et sans rien abdiquer ou désavouer, et sans tenir compte du triste consensus de nos sociétés qui veut qu’on dise du bien de ceux qui s’en vont. Ses élèves s’inclinent aujourd’hui avec gratitude devant sa dépouille.
Docteur en médecine et ès sciences naturelles, docteur en pharmacie, radiologiste des hôpitaux de Lyon, agrégé des facultés, professeur titulaire des facultés de médecine de Lyon et de la faculté française de médecine de Beyrouth, membre correspondant de l’Académie nationale de médecine, résistant, médecin-colonel de réserve, il porte par ailleurs une panoplie impressionnante de décorations françaises et étrangères : Croix de guerre, officier des Palmes académiques et de la Santé publique, commandeur de la Légion d’honneur et de l’Ordre français du Mérite, commandeur de l’Ordre du Cèdre, médaille d’or du Mérite libanais, commandeur avec plaque de l’Ordre du Mérite syrien.
Détaché en 1945 auprès de la faculté de Beyrouth comme directeur des études, il dirigea l’Institut de radiologie et de lutte contre le cancer à l’Hôtel-Dieu de France jusqu’en 1975. Bâtisseur et homme d’action, il fit de cet institut un des plus grands centres de radiologie du Moyen-Orient. C’est au cours de ces années qu’avec le concours de ses collaborateurs, il introduisit au Liban les machines de pointe et les techniques d’avant-garde. Son service de radiothérapie était le plus performant de tout le Proche-Orient, traitant les malades des pays avoisinants. Il fonda « la Société libano-française de médecine » et édita La Revue médicale du Moyen-Orient pendant une quinzaine d’années, en présidant des centaines de réunions et de congrès médicaux, à Beyrouth, Damas et Alep. À l’Institut de radiologie, il forma une quinzaine de radiologistes, dont certains font encore honneur à la radiologie libanaise.
Ses élèves ont déjà assez vécu pour croire à la sincérité de ce maître qui vient de les quitter et qui fut, selon les termes de sa profession, un homme de bonne volonté. C’est là notre unique certitude. Dans notre Liban actuel, où les hommes courent après des chimères, où la médecine se fait parfois permissive, il existe encore pour nous des points d’appui. Paul Ponthus en est un. J’entends un médecin qu’on regarde en face et en qui on reconnaît les principes écrits ou non écrits qu’il nous a enseignés et sur lesquels nous aurions dû vivre pour nous consoler de mourir.
La mort de notre maître nous sort pour quelques instants du monde des illusions pour nous plonger dans le réel. Car la réalité, ce sont ces départs inéluctables de nos aînés qui nous laissent, par leur exemple, des trésors que, souvent, nous ne savons pas trouver. Mme Simone Weil a dit : « La vraie folie de ce temps est de prétendre ignorer nos aînés, agir sans leur exemple, espérer vivre sans leurs leçons. Comme ceux qui vivent le plus ne vivent que fort peu, un médecin doit ajouter à sa vie celle de ses maîtres. Un bon médecin est celui qui sait lire dans le souvenir de ses aînés. »
Les élèves de M. Paul Ponthus, reconnaissants, présentent à sa famille leurs condoléances émues.
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Paul Ponthus. Médecins libanais, jeunes et moins jeunes, retenez ce nom, puisque ce grand homme vous ne le connaîtrez plus. Il vient de nous quitter à l’âge de cent ans. Vous ne connaîtrez plus ce patron trempé d’acier, sévère et implacable dans son service, et ce compagnon trempé à l’eau de rose, poli et affectueux en société.
Pour ceux qui ne l’ont pas connu, ce vieux professeur qui meurt n’est qu’un vieil homme qui accomplit son destin naturel. Rien de plus. Mais rien de moins. Et c’est pourquoi, celui-ci qui était – sa vie et ses actes en témoignent – un homme intelligent, un savant pragmatique, un Français plus libanais que les Libanais, puisqu’il a servi ce pays pendant une quarantaine d’années, en formant des dizaines de radiologistes, piliers de la...