Ce n’est pas un métier, encore moins une vocation, mais plutôt un choix de vie et surtout le choix d’un homme, l’homme de leur vie, avec qui, pour le meilleur, et parfois le moins facile, elles ont été jusqu’au bout du monde. Auprès de ces hommes, diplomates de carrière, se tiennent, discrètes mais présentes, des femmes que l’on découvre à toutes les occasions officielles et celle, un peu moins formelle, comme cette rencontre autour de quelques mots. Aujourd’hui, Nayla Oumlil, épouse de l’ambassadeur du Maroc.
Lorsque vous pénétrez dans la demeure de Nayla et Ali Oumlil, c’est tout le Maroc qui s’offre à vous, comme un voyage au pays des couleurs. La grandeur des boiseries, les somptueux salons arabes, le parfum d’un couscous en préparation ou la saveur d’un thé à la menthe, servi avec le charme maghrébin. Ce sont des teintes chaudes, des lieux que l’on imagine, ou dont on se souvient, un accent qui mêle francophonie et résonance arabe. L’hospitalité à la fois chaleureuse et majestueuse, distante. La gentillesse, qui est plus que de la politesse, mais une certaine discrétion qui impose le respect. Et lorsque Nayla Oumlil apparaît, en parfaite femme de cet intérieur qui reste avant tout une maison où elle vit avec son époux et ses trois enfants, drapée d’une abaya qui respire son pays, elle en devient la parfaite ambassadrice, celle que ses compatriotes attendent et espèrent. « L’épouse de l’ambassadeur doit être, à mon sens, nous confie-t-elle dans un français parfait, un porte-parole de sa société. Cultivée, elle doit pouvoir répondre à toutes les questions ; élégante, si cela est possible, car c’est à travers elle que l’on juge le pays et que l’on essaie de découvrir ses traditions et son histoire. »
Un milieu très intellectuel
« Il est vrai que nous avons eu un parcours plus “ intellectuel ” que diplomatique, mais mon époux a toujours fait de la politique. Il a été membre du Parti socialiste marocain, nous rappelle fièrement Nayla Oumlil, un des premiers fondateurs des mouvements de droits de l’homme au Maroc. Il fut notamment secrétaire général du Forum de la pensée arabe, président de l’Association marocaine des droits de l’homme et président de l’Organisation marocaine des droits de l’homme. » Elle-même très intéressée par la politique et surtout par la condition de la femme et son rôle indispensable dans le monde arabe et le monde tout court, elle a obtenu une licence et un DEA en philosophie, ainsi qu’une maîtrise en sociologie. « Ali était mon professeur en quatrième année, nous confie-t-elle. J’ai poursuivi mes études jusqu’au bout, avec trois enfants à la maison ! » Active et en parfaite harmonie avec la pensée et l’action de son époux, elle a mené son propre combat au Maroc dans le domaine pédagogique. « J’ai fait partie d’un comité technique qui s’est chargé de la formation des professeurs du secondaire, après avoir collaboré à la création d’un programme philosophique au lycée marocain. Avec nos frères tunisiens, nous avons tenté de faire de la philosophie un domaine de la pensée critique, analytique et non pas une matière classique, comme elle fut toujours enseignée. »
Une femme sereine
Mère avant tout, Nayla Oumlil interrompt un instant l’interview pour s’assurer que ses enfants n’ont besoin de rien. « Entre une obligation et l’autre, j’essaie de surveiller leur éducation. Ils n’ont eu aucun problème de scolarité car ils parlent le français couramment. » Et de poursuivre : « J’ai toujours des préoccupations politiques et un grand intérêt pour ce domaine. Mais le fait de ne pas avoir vécu en permanence au Maroc ne m’a pas permis d’aller plus loin. Pour faire une carrière politique, il faut être sur place. Je ne désespère pas, je pourrais encore le faire un jour, tant que la volonté est là ! »
Après l’Égypte, où Ali Oumlil fut nommé ambassadeur en janvier 2001, (« des gens magnifiques, mais Le Caire est une ville surpeuplée et extrêmement polluée »), le couple débarque au Liban en 2003. « Nous étions venus deux fois. La première après la guerre, puis en 1997. J’ai toujours aimé votre pays, car nous partageons ce tempérament optimiste et ambitieux, cet amour de la vie. Je ne cesse d’admirer ce sentiment de défi au fond de chaque Libanais. »
Trop tôt, nous dit-elle, pour évoquer des souvenirs. Elle poursuit : « Nous sommes curieux de découvrir. Et cette vie diplomatique m’a permis d’ouvrir les yeux sur de nombreuses réalités, d’évaluer notre société, de comparer et de la comprendre mieux. J’aimerais bien vivre quelques années en Europe, en France, que je connais déjà un peu, pour expérimenter une culture et une société différente de la nôtre. » Féministe en douceur, féministe à sa façon, elle se bat pour aider la femme orientale à obtenir tous ses droits. « Je n’aime pas le mot féminisme qui est trop rattaché aux années 60, 70, lorsque les femmes qui se révoltaient voulaient avoir les mêmes droits que les hommes. Je n’ai pas cette conviction. Pour moi, la femme doit avoir sa propre place et son rôle, tout en restant différente de l’homme. » Une femme de ce siècle qui ressemblerait un peu à Nayla Oumlil.
Carla HENOUD
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