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Le point L’avant-dernière chance

C’est un jugement qui ressemble fort à l’appréciation portée sur le livret scolaire d’un médiocre élève du complémentaire, avec la mention : « Peut faire mieux »... Il y a deux jours encore, le porte-parole du département d’État, Adam Ederli, tenait à le rappeler : « La présence à Damas d’éléments de l’ancien régime (irakien) qui œuvrent, croyons-nous, contre le pouvoir en place à Bagdad et y appuient l’insurrection représente un problème contre lequel, à notre avis, la Syrie doit agir. » Une petite phrase lourde de sous-entendus, qui plus est prononcée à la veille d’une tournée dans la région de Richard Armitage, flanqué de son inséparable William Burns. Il s’agirait pour le principal adjoint de Colin Powell d’obtenir l’appui de trois capitales moyen-orientales (Ankara, Damas, Amman) aux efforts US visant à assurer la plus large participation sunnite aux élections législatives irakiennes. Un objectif officiellement proclamé, qui peut en laisser dubitatif plus d’un. Comment croire que la Turquie – pays musulman certes mais laïque, même s’il est dirigé aujourd’hui par un gouvernement ayant à sa tête Recep Tayyib Erdogan, un ancien compagnon d’Erbakan – acceptera de bonne grâce de prêcher la bonne parole à une communauté, dont d’ailleurs la moitié des membres sont kurdes ? Il faut croire plutôt que le ministre turc des Affaires étrangères Abdullah Gül et son interlocuteur américain vont s’employer à régler ce que le premier avait qualifié il y a peu de « malentendu » né du refus turc d’autoriser les Américains à utiliser son territoire pour des opérations militaires contre les insurgés irakiens. Aujourd’hui, le désaccord est en voie de règlement, d’autant plus que le chef de la diplomatie américaine a tout récemment souligné avec force, à l’occasion d’une série d’entretiens télévisés, que « ce n’est pas le moment de laisser les tyrans et les terroristes nous ramener aux temps passés ». Nul doute plutôt que Damas constituera l’étape la plus importante du numéro 2 du State Department, appelé à céder la place, en même temps que son supérieur hiérarchique, avant l’inauguration du second mandat Bush, le 20 janvier. Tout au long de ces derniers mois, l’Administration républicaine n’aura cessé de rappeler à Bachar el-Assad la nécessité pour lui de faire preuve de bonne volonté, qu’il s’agisse de ses frontières, de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’Onu sur le Liban, du processus de paix ou encore des questions liées au terrorisme. Sur les rives du Potomac, le mot d’ordre est : « Il faut maintenir la pression, garder les projecteurs braqués sur Damas. » L’objectif, c’est encore Armitage qui le définissait dans une interview au programme de la chaîne NBC, Hardball with Chris Matthews, dans lequel, en clair, il disait à peu près ceci : « La question qui se pose aux Syriens est de savoir s’ils vont arriver à la conclusion qu’il y aura à leurs portes un Irak libre et ouvert. Il ne doit pas être difficile pour Assad de réaliser qu’il doit traiter avec le régime irakien, qu’il doit renforcer le dispositif de contrôle à la frontière et neutraliser ceux qui permettent à des éléments de l’ancien pouvoir d’agir. » Le défi est-il d’ordre diplomatique ou militaire ? Le secrétaire d’État adjoint répond : « Toutes les options sont évidemment sur la table. Nous ne voulons pas d’un recours au langage des armes ; aussi, avons-nous parlé, de même que les Irakiens, aux Syriens. Ceux-ci ont pris des mesures, mais elles sont insuffisantes. » On l’aura compris : les dispositions en question portent sur la porosité des points de passage entre les deux pays. Selon Kassem Daoud, conseiller de l’équipe Allaoui pour la sécurité, Sabaawi el-Hassan, demi-frère de Saddam Hussein, ainsi qu’un haut responsable de l’ancien régime, Younès el-Ahmed, dirigeraient l’insurrection à partir des rives du Barada. Dans toutes ces accusations, la Syrie voit une volonté américaine de faire d’elle un bouc émissaire, selon l’expression de Farouk el-Chareh. Lundi, lors du congrès annuel des leaders du Front national progressiste – un organisme regroupant les partis au pouvoir –, le ministre syrien des AE a fait état – c’est de bonne guerre – de son inquiétude devant l’envoi dans son pays d’armes et d’argent irakiens. Les grands desseins prêtés l’an dernier aux stratèges de l’Administration Bush semblent avoir vécu. Et avec eux la déconstruction, conformément aux vœux des évangéliques, d’un Proche-Orient appelé à n’être « plus jamais le même ni plus jamais un autre ». Cela, les dirigeants de la région en sont désormais convaincus – à supposer qu’ils y aient cru un moment. Il appartient maintenant à l’Amérique, si elle le peut, de faire mieux. Christian MERVILLE
C’est un jugement qui ressemble fort à l’appréciation portée sur le livret scolaire d’un médiocre élève du complémentaire, avec la mention : « Peut faire mieux »... Il y a deux jours encore, le porte-parole du département d’État, Adam Ederli, tenait à le rappeler : « La présence à Damas d’éléments de l’ancien régime (irakien) qui œuvrent, croyons-nous, contre le pouvoir en place à Bagdad et y appuient l’insurrection représente un problème contre lequel, à notre avis, la Syrie doit agir. » Une petite phrase lourde de sous-entendus, qui plus est prononcée à la veille d’une tournée dans la région de Richard Armitage, flanqué de son inséparable William Burns. Il s’agirait pour le principal adjoint de Colin Powell d’obtenir l’appui de trois capitales moyen-orientales (Ankara, Damas, Amman)...