La politique a-t-elle encore un sens ? À cette question, la philosophe Hannah Arendt répondait : le sens de la politique est la liberté. Cette réponse, qui devrait rendre toutes les autres superflues, n’est plus évidente, notamment dans nos sociétés. En effet, jamais la liberté n’a été si ouvertement revendiquée. Mais elle est de plus en plus encadrée. La démocratie s’empêtre dans ses contradictions : pour « garantir » les libertés, elle pénalise les idées. Au point que l’excessif « il est interdit d’interdire » devient un préoccupant « il est interdit de dire ». La multiplication, en Occident, des lois sur le racisme, « l’antisémitisme » (?), etc., est fondée sur le respect de l’autre. Difficile de contester ces textes dont le but, sincère, est de renforcer la tolérance. Leurs conséquences pourtant, notamment dans les pays du « tiers-monde », vont à rebours des intentions de leurs auteurs. Cette réglementation galopante est en soi contraire à l’idée même de la liberté de penser et de débattre. Elle établit une police des mots alors que c’est dans la libre discussion qu’apparaît la réalité. Ce n’est pas en cachant le mal qu’on le combat. Il faut qu’il soit visible pour qu’on puisse le faire reculer. Une société qui se lance à corps perdu dans la sanction des idées (ou même des faits) trahit ses doutes, montre ses craintes et avoue ses faiblesses. Le monde est-il si peu sûr de ses convictions démocratiques qu’il faille sans cesse se protéger contre soi-même ? Est-il si peu croyant dans la force de ses valeurs communes qu’il faille se bâillonner ? Est-il si peu respectueux de l’autre qu’il faille se museler ? Une société doit se fixer des limites, mais la loi ne peut pas servir de désherbant pour éliminer le chiendent de l’intolérance. La peur devient le moteur de tous les humains quand elle les conduit à restreindre le champ des libertés. Des principes qui vivent dans des camps retranchés sont déjà sur le déclin. Ce n’est pas en dressant des murs dans les têtes et en ayant un bœuf sur la langue que le monde vaincra ses maux. Seuls l’éducation, le rappel permanent de nos droits et de nos devoirs, de nos valeurs et leurs définitions, le débat et la multiplicité de la discussion permettent de renforcer le respect de l’autre et de soi-même.
Jihad NAAMAN
Professeur à l’UL,
ancien professeur à l’Université
de Nancy II (France)
La politique a-t-elle encore un sens ? À cette question, la philosophe Hannah Arendt répondait : le sens de la politique est la liberté. Cette réponse, qui devrait rendre toutes les autres superflues, n’est plus évidente, notamment dans nos sociétés. En effet, jamais la liberté n’a été si ouvertement revendiquée. Mais elle est de plus en plus encadrée. La démocratie s’empêtre dans ses contradictions : pour « garantir » les libertés, elle pénalise les idées. Au point que l’excessif « il est interdit d’interdire » devient un préoccupant « il est interdit de dire ». La multiplication, en Occident, des lois sur le racisme, « l’antisémitisme » (?), etc., est fondée sur le respect de l’autre. Difficile de contester ces textes dont le but, sincère, est de renforcer la tolérance. Leurs conséquences...
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