Rechercher
Rechercher

Actualités

Opinion La marche vers la liberté

Par Joe KHOURY-HÉLOU Cité par Milan Kundera, Jan Skacel, poète tchèque mort avant la chute de l’Empire soviétique et la libération de la Tchécoslovaquie, évoquait dans un quatrain « la tristesse » qui l’entourait, en disant qu’il voudrait « la soulever, l’emporter au loin, s’en faire une maison ; il voudrait s’y enfermer pour trois cents ans, et trois cents ans durant ne pas ouvrir la porte, à personne n’ouvrir la porte ». Et Kundra d’ajouter : « Trois cents ans ? Skacel a écrit ces vers dans les années soixante-dix et est mort en 1989, en automne, quelques jours avant que les trois cents ans de tristesse qu’il avait vus devant lui ne se dissipent en quelques jours... » Les Tchèques de l’époque vivaient un cruel désespoir car, disait-on, « si horrible qu’elle soit, une dictature fasciste disparaîtra avec son dictateur, si bien que les gens peuvent garder espoir. Par contre, le communisme appuyé par l’immense civilisation russe, pour une Pologne, pour une Hongrie, est un tunnel qui n’a pas de bout. Les dictateurs sont périssables, la Russie est éternelle... ». On serait tenté, ici, à notre tour, de vouloir se faire une maison semblable à cette évoquée par Skacel, s’y enfermer aussi pour trois cents ans, et ne plus voir tout ce qui nous entoure. Nous sommes en effet bien placés sous tutelle, laquelle prend en tenaille tous les pouvoirs, du Législatif à l’Exécutif en passant par le judiciaire. Il a suffi de façonner des lois électorales sur mesure pour amener, à la traîne des « rouleaux compresseurs », des élus adeptes, en grande majorité, de la soumission. Dès lors, le résultat de toute délibération, toute élection, tout vote est connu d’avance. À l’Exécutif et à la Magistrature, les postes-clés sont tenus par des personnages sans doute plus zélés que le gouverneur syrien lui-même. Le leitmotiv, c’est la nécessité de préserver l’option nationale, dite « al-khat », à savoir pas de souveraineté et pas de liberté en dehors de la Syrie, et maintien du Liban, seul, dans la ligne de la confrontation. En parallèle, corruption gabégie et distribution des biens publics rongent les services étatiques au point que le pays est classé, au point de vue de la transparence, au dernier rang des pays voyous. Bien entendu, personne n’est dupe. Et les discours qu’on nous assène, ici et là, pour vanter notre démocratie, donner des leçons en droit constitutionnel, monter en épingle les « dangers » qui nous guettent pour justifier le « khat » n’empêchent pas nos jeunes d’aller à la recherche de la vraie liberté, sous d’autres cieux. Sous l’Empire soviétique, l’émigration était mal vue. Ici, on semble l’encourager. On ne se doute pas que la transformation de notre société en société monochrome est le plus grand service rendu à Israël. Le vote de la résolution 1559 n’est certes pas pour les beaux yeux des Libanais. Dans le jeu des nations, il y a toujours des considérations occultes qu’on ne découvre que longtemps plus tard. N’empêche qu’on a magistralement donné à la communauté internationale les prétextes pertinents pour pousser les hauts cris. L’histoire ancienne et contemporaine montre que la règle, inexorable, est que l’étouffement des peuples ne perdure jamais. Toutes les dictatures sont tombées, tous les empires se sont effondrés. Ne nous enfermons pas dans la maison du désespoir. Les « trois cents ans » de Skacel ont, d’une façon inattendue, pris fin. C’est incontournable, notre tour doit arriver : la seule marche naturelle de l’histoire est celle qui achemine vers la liberté.

Par Joe KHOURY-HÉLOU

Cité par Milan Kundera, Jan Skacel, poète tchèque mort avant la chute de l’Empire soviétique et la libération de la Tchécoslovaquie, évoquait dans un quatrain « la tristesse » qui l’entourait, en disant qu’il voudrait « la soulever, l’emporter au loin, s’en faire une maison ; il voudrait s’y enfermer pour trois cents ans, et trois cents ans durant ne pas ouvrir la porte, à personne n’ouvrir la porte ».
Et Kundra d’ajouter : « Trois cents ans ? Skacel a écrit ces vers dans les années soixante-dix et est mort en 1989, en automne, quelques jours avant que les trois cents ans de tristesse qu’il avait vus devant lui ne se dissipent en quelques jours... »
Les Tchèques de l’époque vivaient un cruel désespoir car, disait-on, « si horrible qu’elle soit, une dictature fasciste...