Scénario I : conformément à la Loi fondamentale, soixante jours après la disparition de Yasser Arafat soit le 9 janvier prochain, un nouveau président de l’Autorité palestinienne est élu et la transition vers une nouvelle ère, oubliés les soubresauts de ces derniers jours, s’effectue en douceur, pavant la voie à une reprise du dialogue avec les Israéliens, sous l’égide très probable d’un département d’État où Condoleezza Rice agite plus volontiers le bâton qu’elle ne tend la carotte.
Scénario II : déjà perceptibles dès les premiers signes de la maladie du défunt raïs, les profondes divisions qui marquent les rapports entre les apparitchikis du régime éclatent au grand jour. Entre les « gens de l’extérieur » – ceux qui ont passé les cinquante dernières années dans un exil relativement doré – et les combattants « de l’intérieur » qui ont connu les geôles et la torture israéliennes, le conflit menace les assises mêmes d’une organisation désormais orpheline de père.
Il existe, bien sûr, une troisième possibilité, celle de voir s’instaurer vaille que vaille un interrègne plus ou moins long, le pourrissement allant en s’aggravant et les multiples camps en présence se livrant à leur sport favori : la jactance, ce qui après tout ferait l’affaire de l’État hébreu, trop occupé à tenter de régler ses propres problèmes.
Certes, l’édifice palestinien n’a jamais présenté une façade uniforme. Mais jamais non plus la Révolution n’avait eu à connaître un problème de succession, encore que les dissensions, au fil du temps, aient fini par s’intégrer parfaitement au paysage, ponctuées d’embrassades et de protestations de fidélité. Dans le choix de ses collaborateurs, Abou Ammar privilégiait la loyauté plutôt que la compétence et s’entourait d’hommes corrompus « car plus facilement manipulables », disait-il, cynique. Plus grave : il avait pris un malin plaisir à tout compliquer en multipliant les casquettes, si bien que nul aujourd’hui ne saurait prétendre les porter toutes, qu’il s’agisse des présidences de l’Autorité et du Comité exécutif de l’OLP, du commandement des forces paramilitaires ou encore du leadership du Fateh.
Pour peu que la logique finisse par l’emporter, le prochain président s’appellera Mahmoud Abbas, un pragmatique désigné quelques heures après le décès de Yasser Arafat et qui n’a cessé de répéter ces dernières années : « Il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit avec les Israéliens », attitude qui lui a déjà aliéné les composantes dures du mouvement. Cet ancien d’Oslo aura la difficile tâche, lors des pourparlers à venir, de céder sur la question du droit au retour tout en tentant de répondre aux aspirations des 3 millions de Palestiniens chassés de leurs foyers par les guerres de 1948 et 1967. Comment fera-t-il, lui qui ne passe pas pour un modèle de patience – on se souvient ainsi qu’il avait claqué la porte l’an dernier, quatre mois seulement après sa désignation à la tête du gouvernement.
Pour les Brigades d’al-Aqsa, le véritable dauphin est Marwan Barghouthi, qui purge à l’heure actuelle cinq peines de prison à vie pour avoir été le véritable instigateur de l’intifada et qui, à défaut de prétendre au trône, fait figure de faiseur de roi, en dépit de son appui remarqué aux accords d’Oslo et au principe de la coexistence entre deux États sur la base des frontières de juin 1967. Il y a cinq jours à peine, l’importance de son rôle était rappelé par son épouse Fadwa, figure de proue du Fateh, qui avait lancé cet avertissement : « Le leadership de transition devrait comprendre qu’il a besoin de mon époux. »
Dans l’ombre, attendant leur heure, il y a surtout la grande inconnue représentée par le Hamas et le Jihad islamique, qui feignent de ne pas s’intéresser au scrutin présidentiel, le jugeant illégal, mais qui n’entendent pas moins être consultés ultérieurement sur les décisions internes appelées à être prises (réorganisation de l’armée, des forces de sécurité, des services d’espionnage) et surtout sur le dialogue qui devra s’ouvrir avec l’ennemi sioniste. Le FPLP et le FDLP, fondés le premier par Georges Habache, le second par Nayef Hawatmeh, prennent leur temps avant de faire connaître leur décision mais leur participation à la consultation semble acquise. Quant au Fateh, il demeure la pièce maîtresse du complexe échafaudage palestinien, même si sa dernière assemblée générale remonte à... 1988, ce qui paraît avoir arrangé pas mal de monde.
Candidat modéré, proche des Américains, interlocuteur favori des Israéliens : ainsi défini, le profil de Mahmoud Abbas n’a pas de quoi susciter la sympathie des siens. Il faudra bien pourtant qu’ils s’en accommodent, à tout le moins momentanément. Quitte à profiter de l’intermède représenté par l’intérim pour mettre de l’ordre dans la maison Palestine. En attendant des occasions – et des jours – meilleurs.
Christian MERVILLE
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Scénario I : conformément à la Loi fondamentale, soixante jours après la disparition de Yasser Arafat soit le 9 janvier prochain, un nouveau président de l’Autorité palestinienne est élu et la transition vers une nouvelle ère, oubliés les soubresauts de ces derniers jours, s’effectue en douceur, pavant la voie à une reprise du dialogue avec les Israéliens, sous l’égide très probable d’un département d’État où Condoleezza Rice agite plus volontiers le bâton qu’elle ne tend la carotte.
Scénario II : déjà perceptibles dès les premiers signes de la maladie du défunt raïs, les profondes divisions qui marquent les rapports entre les apparitchikis du régime éclatent au grand jour. Entre les « gens de l’extérieur » – ceux qui ont passé les cinquante dernières années dans un exil relativement doré...