La dégradation de l’état de santé de Yasser Arafat alimentait hier la controverse naissante entre Israéliens et Palestiniens sur le lieu d’inhumation du président palestinien. Les partisans d’Arafat exigent que soit exaucé son vœu d’être enterré à Jérusalem, ville sainte qu’Israéliens et Palestiniens revendiquent comme capitale. Mais, pour des raisons symboliques et politiques, les autorités de l’État hébreu, à l’image du Premier ministre Ariel Sharon, excluent catégoriquement cette hypothèse. « Jérusalem est la ville où les juifs enterrent leurs rois. Ce n’est pas une ville où nous souhaitons enterrer un terroriste arabe, un meurtrier de masse », a déclaré Yosef Lapid, ministre israélien de la Justice, à la chaîne de télévision Channel 10.
« Israël ne les laissera pas enterrer Arafat à Jérusalem car cela pourrait être interprété comme une reconnaissance de la part d’Israël que (les Palestiniens) ont des droits politiques sur Jérusalem », prévient Danny Rubinstein, éditorialiste pour le quotidien israélien Haaretz.
Un enterrement à Jérusalem, puis la transformation de la sépulture de Arafat en haut lieu de pèlerinage constitueraient en outre un véritable casse-tête sécuritaire et politique, que les autorités israéliennes ne sont pas disposées à assumer.
Pour des questions de sécurité, par crainte de débordements à l’occasion de l’enterrement du représentant de la lutte nationale palestinienne, elles s’opposent même à une inhumation en Cisjordanie et privilégient la bande de Gaza.
Une inhumation à Gaza permettrait à Sharon d’insister auprès de l’opinion israélienne sur le fait qu’il ne renoncera pas à la mise en œuvre de son plan de retrait de ce territoire palestinien. « Nous disons aux Palestiniens, prenez votre symbole et enterrez-le à Gaza, puisque de toute façon nous nous en allons », a souligné un proche du Premier ministre.
De source proche des services de sécurité, on souligne également qu’un enterrement à Gaza serait moins problématique pour l’armée israélienne car la police palestinienne serait alors responsable de la sécurité des dirigeants arabes et étrangers se rendant dans ce territoire via la frontière avec l’Égypte contrôlée par Israël.
Les Palestiniens insistent pourtant pour que le raïs soit enterré à Jérusalem. « Il peut vivre encore un jour ou il peut vivre encore longtemps, a déclaré Nabil Chaath, ministre palestinien des Affaires étrangères. Mais nous faisons de notre mieux pour obtenir que (son enterrement) ait lieu à Jérusalem. »
En règle générale, les responsables palestiniens refusent toutefois d’évoquer publiquement l’enterrement de leur chef tant que celui-ci n’est pas décédé. La famille de Arafat elle-même garde le plus grand silence sur ses intentions. Mais Arafat lui-même a formulé le vœu de reposer sur un lieu saint particulièrement sensible de la vieille ville de Jérusalem, l’esplanade des Mosquées, que les musulmans appellent le Haram al-Charif et que les juifs désignent comme le mont du Temple.
Jérusalem-Est, où se trouve la vieille ville, a été prise par Israël lors de la guerre des Six-Jours en 1967 et a été annexée par l’État hébreu. Une initiative que la communauté internationale refuse de reconnaître. Le statut de Jérusalem a été l’une des pierres d’achoppement sur lesquelles ont échoué les négociations de paix israélo-palestiniennes en 2001.
Un responsable palestinien a néanmoins confirmé qu’en cas d’impossibilité d’inhumer Arafat à Jérusalem, son lieu de sépulture le plus probable serait la bande de Gaza, au cimetière de Khan Younès, où repose le père du président palestinien.
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