«Le dialogue des langues », tel était le thème d’une conférence donnée à l’Université antonine, à Baabda. Cette rencontre, à laquelle ont pris part MM. Michel Duval, Frédéric Clavier et Kenneth Jones, respectivement ambassadeur du Canada, conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France, et attaché culturel près l’ambassade des États-Unis à Beyrouth, marque le début d’un cycle de conférences qui se tiendra tout au long de l’année universitaire 2004-2005.
Plusieurs personnalités ont assisté à la conférence, notamment Élie Assaf, représentant le chef de l’État, Émile Lahoud, l’ambassadeur des États-Unis, Jeffrey Feltman, l’ambassadeur de France, Philippe Lecourtier, l’ambassadeur de Belgique, Stéphane de Loecker, le supérieur général de l’Ordre des antonins, le père Sémaan Attallah, ainsi que les députés Robert Ghanem, Ghazi Aridi, Fouad el-Saad et Anouar Khalil.
Donnant lecture du message du recteur de l’Université antonine, le père Louis Rohban, le secrétaire général de l’université, le père Fady Fadel, a expliqué le choix du thème de la conférence, soulignant que « le dialogue des langues est un moyen, dans le cadre de la vie universitaire, de construire la personnalité des étudiants, des enseignants et des administrateurs ».
« Nous aspirons à ce que l’Université antonine soit une institution de dialogue pour reconnaître l’autre et aller vers lui », a-t-il ajouté.
M. Duval, qui a animé le débat, a présenté l’expérience linguistique et le bilinguisme canadien.
Quant au conseiller de coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France, il a indiqué que « la langue constitue le vecteur essentiel de l’identité d’une nation. Autant que remonte l’histoire, le choix d’une langue est un acte politique fondateur pour un pays. La nation est constituée d’un peuple qui partage un même code linguistique, une même forme d’expression, creuset des rêves et de la destinée commune d’un pays ».
Il a relevé que « donc, toute langue est au centre de la construction politique d’un État souverain au sens du Traité de Wesphalie qui, en fondant l’égalité souveraine des États, place du même coup les langues nationales d’égalité linguistique. Mais toute langue est également mortelle, et cela, nous le savons depuis longtemps », a-t-il ajouté.
« On peut considérer aujourd’hui que 6 000 langues sont parlées à travers le monde (très largement vernaculaires). Chaque année, une cinquantaine d’entre elles rentrent dans la marginalité où elles ne correspondent plus à des échanges culturels commerciaux voire politiques », a-t-il dit.
M. Clavier a noté que « c’est en ce sens aussi que la dimension du dialogue des cultures est déterminante. Il ne s’agit pas d’imposer quelque langue qui n’ait pas été pleinement acceptée et intégrée ».
« Pour autant, a-t-il poursuivi, le dialogue est l’inverse de la tolérance. Les sociétés occidentales se réfèrent souvent au terme de tolérance, entendu comme une matrice politique et socio-religieuse. Le mot latin “tolerare” signifie, dans son acception pleine et entière, de supporter quelque chose que l’on estime injuste ou inexact. Tolérer implique donc l’acception de l’autre, mais sans engager de discussion, en refusant l’altérité, sans prendre le risque d’être transformé par l’autre. »
En ce sens, « la francophonie, par les vecteurs qu’elle porte en elle, intensifie la mécanique du dialogue. Son message d’écoute et de respect des autres civilisations, y compris les plus délaissées, ce que l’on dénomme aujourd’hui les cultures premières, lui donne cette capacité à être un passeur, un trait d’union entre cultures. Dialogue, culture, coopération, voici le triptyque sur lequel doit s’asseoir toute civilisation qui veut se prolonger dans le monde multipolaire du temps présent ».
M. Clavier enfin a indiqué que « cette capacité d’absorption d’autres langues, le Liban en est un exemple très singulier et particulièrement remarquable. Le pays est, depuis longtemps déjà, à partir de son socle arabophone, en correspondance avec d’autres langues, le français et l’anglais principalement, qui sont également constitutifs de son identité ».
L’attaché culturel près l’ambassade des États-Unis a quant à lui exposé son expérience personnelle des langues. Évoquant le Liban, il a indiqué qu’il était impressionné par la capacité de ses habitants à parler des langues et par leur envie de communiquer avec l’étranger. S’adressant aux personnes présentes, il a relevé : « Avec votre don de communiquer en trois langues et votre important passé culturel, vous êtes les mieux équipés dans cette zone du monde pour constituer un lien entre le monde arabe et l’Occident. »
Se penchant sur l’expansion de la langue anglaise, plus particulièrement la langue américaine, il a notamment cité les productions cinématographiques et télévisées, les chansons et la musique, ainsi que les importantes firmes telles que Coca Cola ou McDonalds.
M. Jones a également souligné l’importance qu’a pris la langue anglaise avec l’Internet. « Avec 6 000 langues parlées dans le monde, 80 % des sites Internet sont rédigés en anglais. Aujourd’hui, un étudiant à Beyrouth, un homme d’affaires à Hong Kong ou un médecin au Bangladesh peuvent tous avoir accès à la même information », a-t-il dit.
« Pour beaucoup, l’anglais est devenu une langue de recherche, d’idée et de commerce », a-t-il conclu.
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Plusieurs personnalités ont assisté à la conférence, notamment Élie Assaf, représentant le chef de l’État, Émile Lahoud, l’ambassadeur des États-Unis, Jeffrey Feltman, l’ambassadeur de France, Philippe Lecourtier, l’ambassadeur de Belgique, Stéphane de Loecker, le supérieur général de l’Ordre des...