Les habitants de Bagdad tremblent lorsqu’ils repensent au dernier ramadan avec ses attentats sanglants et ses victimes fauchées par les voitures piégées, mais ils espèrent toutefois avoir un peu de calme cette année avec les médiations en cours entre gouvernement et rebelles. « Lorsqu’on sort le matin de chez soi, on ne sait pas si on va rentrer le soir », note Mezher Hamid, qui vend du parfum au marché populaire de Chourja, dans le centre de la capitale. « Mais nous espérons que ce ramadan sera plus calme, surtout avec la remise des armes » des miliciens chiites, ajoute-t-il. Il faisait référence à l’entente entre le gouvernement et le mouvement de Moqtada Sadr sur la collecte des armes des miliciens radicaux du quartier déshérité de Sadr City à Bagdad.
Un vieil homme vêtu de la dichdacha, la longue robe traditionnelle, formule le même espoir. « Je m’attends à ce que ce ramadan soit meilleur que l’année dernière, malgré la tension qui règne », dit-il, se présentant sous le nom d’Abou Abdallah.
Les premiers jours du ramadan 2003 avaient été marqués par une série d’attentats sanglants, dont celui contre le siège du Comité international de la Croix-Rouge à Bagdad en octobre qui avait fait douze morts.
Pour le moment, les commerçants de Chourja se plaignent de la multiplication des vols à l’approche du mois sacré, avant lequel les musulmans multiplient les achats et s’approvisionnent en vivres pour les repas de rupture de jeûne. « Les vols à la tire sont nombreux dans le marché, surtout dans les petites ruelles qui l’entourent », explique Mohammed Abdel Wahab, qui vend des appareils électroménagers à même le trottoir. Un autre commerçant, qui refuse de dévoiler son identité, accuse même les voleurs d’agir en complicité avec la police « qui leur permet de se déplacer sans être inquiétés ». Il fait cependant état, comme d’autres collègues, d’une forte demande. « L’activité est plus importante que lors du dernier ramadan », assure un vendeur de couteaux qui critique les « médias arabes, notamment certaines télévisions satellitaires, qui véhiculent des rumeurs et des images négatives sur la situation en Irak ». Rifaat Ali, un vendeur ambulant, brosse de son côté un tableau sombre de la vie à Bagdad. « Sous l’ancien président Saddam Hussein au moins, nous nous sentions en sécurité. Il y avait des prisons et de la torture, mais pas d’explosions et pas d’attentats », conclut-il.
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