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Actualités - Chronologie

Universités Plaidoyer de Waterbury en faveur d’un État démocratique... aux États-Unis (photo)

C’est un discours d’un grand intérêt académique qu’a prononcé, comme chaque année, le président de l’AUB, John Waterbury, dans le cadre de la cérémonie officielle qui s’est déroulée à l’Assembly Hall, à l’occasion du début de l’année universitaire 2004-2005. Évoquant d’abord la mémoire de Daniel Bliss, fondateur du Collège protestant syrien, l’ancêtre de l’AUB, M. Waterbury, n’a pas tardé à aborder le thème principal de son allocution : l’existence de deux Amériques, l’Amérique « rouge », ultraconservatrice et républicaine, et l’Amérique « bleue », celle des démocrates – deux Amériques qui « paraissent depuis toujours dressées l’une contre l’autre, notamment lors des prochaines élections de novembre ». Cette idée des « deux Amériques » s’est cristallisée lors de la guerre de Sécession entre le Nord et le Sud, avec des divisions géographiques, sociologiques et psychologiques. La bataille de Antietam, en septembre 1862, a fait sept fois plus de morts que les attentats du World Trade Center, a-t-il souligné. Évoquant certaines désillusions de l’ère de la reconstruction au lendemain de la victoire du Nord, notamment avec la montée en flèche du racisme, M. Waterbury a ensuite indiqué que « jamais, depuis la Première Guerre mondiale, depuis l’engagement des États-Unis au Moyen-Orient, le sentiment de colère et de mépris pour ce pays de la part des habitants de cette région n’a été aussi fort ». « Si le président Bush a certainement contribué à ce que la situation empire, il n’a pas inventé cette dernière », a-t-il poursuivi, qui est le fruit, selon lui, de la politique US des deux partis au pouvoir depuis des années, mais aussi des gouvernements du Moyen-Orient. « Quant aux peuples de cette région, on peut dire qu’ils sont innocents : ils ont rarement l’occasion de choisir leurs leaders. Leur opinion est rarement connue, et quand elle l’est, elle est ignorée », a indiqué le président de l’AUB. « Qu’aurait pensé Daniel Bliss du film de Michaël Moore, Fahrenheit 9/11, qui dépeint la famille royale saoudienne comme un acteur principal du système politique américain (...) ? » s’est-il demandé, avant de citer le prince al-Walid ben Talal, qui plaide en faveur d’une meilleure compréhension des intérêts et des priorités réciproques de Washington et de Ryad. Et de dresser ensuite un parallèle entre les utopies des années 60, tant sur la scène arabe que sur la scène américaine, pour confirmer que tout est mouvant, dynamique, changeant, aussi bien aux États-Unis que dans le reste du monde. « Mais aujourd’hui, les États-Unis sont divisés d’une manière qui aurait été inimaginable, 40 ans auparavant », des divisions morales et culturelles, selon lui. « Les deux Amériques sont réelles, et leurs racines remontent à la guerre de Sécession. L’une est conservatrice, profondément religieuse, isolationniste et, ironiquement, militariste. Géographiquement, elle réside dans les États du Sud, dans le Midwest, le Sud-Est et les Rocheuses », a-t-il indiqué, rappelant qu’après les élections de 2000, la carte américaine était de nouveau divisée entre « Rouges », pro-George W. Bush, et « Bleus », pro-Al Gore. « L’Amérique rouge vit dans la crainte de Dieu, elle a des vertus et des goûts simples, elle est puritaine, dévouée aux valeurs familiales, autosuffisante et suspicieuse du gouvernement. Elle est, d’une manière machiste, fière de porter les armes, affectionne le football américain et les courses de voitures. Elle est hostile aux intellectuels. L’Amérique rouge a aussi beaucoup de bases militaires et d’industries d’armes. Elle soutient les troupes, dont elle vit. » Elle est également évangéliste, croit fermement dans les prophéties et dans les écritures d’une manière littérale. Son église est militante. « L’un de ces Américains est aujourd’hui à la Maison-Blanche. Un autre est attorney général (John Ashcroft). L’Amérique rouge tient les commandes du système politique US et entend les garder. Elle se battra ainsi contre le mariage gay, l’avortement, la séparation entre l’Église et l’État, et lorsqu’elle sera engagée à l’extérieur, elle combattra ce que le président appelle les “malfaiteurs”. L’Amérique rouge est isolationniste, terrible suspicieuse du monde extra-américain. Elle est surtout protestante », a-t-il indiqué. « L’Amérique bleue est plus urbaine, plus industrielle, et socialement libérale. Elle est à la fois John Kerry (...) et Michaël Moore (...). Elle garde une place dans son cœur pour Ralph Nader. Elle a été à la base du mouvement antiguerre lors du Vietnam. Elle lit le New York Times et le Washington Post. Elle est fière de ses universités, Harvard et Berkeley. Elle accepte le choix des mères d’avoir ou pas des enfants. Elle tolère l’homosexualité et le lesbianisme, sans aller jusqu’à approuver le mariage homosexuel. Elle croit dans l’intégration raciale (...), la protection des pauvres et l’admission des étudiants d’un autre background à l’université (...). Elle est suspicieuse face aux grandes corporations, recherche la coopération avec ses alliés et condamne les interventions unilatérales et agressives de l’Amérique à l’extérieur. L’Amérique bleue, en 2000, était très largement démocratique », a-t-il poursuivi. Mais, loin des stéréotypes, tout en nuances, John Waterbury évoque aussi, et longuement, les indécis entre les deux Amériques, et les questions sur lesquelles les deux camps sont d’accord de ne pas évoquer : le confli israélo-palestinien et l’érosion des droits civils américains et de certaines des institutions qui les ont toujours protégés. À ce niveau, rien ne sépare Bush le rouge de Kerry le bleu, selon le président de l’AUB. « Que les États-Unis soient gouvernés par Bush ou Kerry, ils n’offriront pas une vision d’une paix juste et durable entre Israël et ses voisins arabes, la Palestine incluse », a-t-il souligné. Et si l’érosion des droits civils US après le 11 septembre, à travers notamment le Patriot Act, le fait de traquer les Arabes ou musulmans américains, la détention de citoyens d’origine étrangère à Guantanamo Bay durant trois ans sans chefs d’accusation, etc., n’a pas été évoqué par John Kerry, c’est bien parce que ce n’est qu’une minorité américaine qui est pour l’instant visée. Une situation que Waterbury compare au traitement réservé aux citoyens d’origine japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale. Or, souligne-t-il, si cette érosion se poursuit, les terroristes auront gagné, en faisant de la menace à la paix civile une priorité sur les droits des Américains. « À-t-on vraiment respecté ce pour quoi nos ancêtres sont morts ? » s’est-il demandé. Mais la société civile américaine commence enfin à se réveiller, selon lui, « avant qu’il ne soit trop tard ». Et « la fin sera heureuse », a-t-il ajouté, en faisant un plaidoyer pour les droits civils et les valeurs démocratiques. Et citant au passage le dernier message, la mise en garde, après la tuerie de Beslan, de Boris Eltsine à Vladimir Poutine : « Seul l’État démocratique peut combattre le terrorisme. » Et M. Waterbury de conclure : « Entre Bush et Kerry, je choisis Eltsine. »
C’est un discours d’un grand intérêt académique qu’a prononcé, comme chaque année, le président de l’AUB, John Waterbury, dans le cadre de la cérémonie officielle qui s’est déroulée à l’Assembly Hall, à l’occasion du début de l’année universitaire 2004-2005.
Évoquant d’abord la mémoire de Daniel Bliss, fondateur du Collège protestant syrien, l’ancêtre de l’AUB, M. Waterbury, n’a pas tardé à aborder le thème principal de son allocution : l’existence de deux Amériques, l’Amérique « rouge », ultraconservatrice et républicaine, et l’Amérique « bleue », celle des démocrates – deux Amériques qui « paraissent depuis toujours dressées l’une contre l’autre, notamment lors des prochaines élections de novembre ».
Cette idée des « deux Amériques » s’est cristallisée lors...