Une adolescente afghane de 14 ans, Mareena Karim, qui s’est effondrée en larmes après son 100 m, a submergé d’émotion sa petite délégation en représentant pour la première fois hier le handisport féminin de son pays aux Jeux paralympiques d’Athènes.
Devant quelques milliers de collégiens de son âge, dispersés sur les gradins du Stade olympique (70 000 places), Mareena, haut et bas de survêtement noir, casquette vissée à l’envers sur la tête, a terminé dernière, à plus de six secondes d’une Australienne, Amy Winters, en 18 sec 65.
« Ma participation est déjà une victoire », a soufflé entre deux sanglots l’adolescente, qui évoque davantage, avec son mètre cinquante, une frêle gymnaste que la puissance de Marion Jones.
Originaire de Kaboul, interdite d’école par les talibans, déplacée pendant la guerre civile, elle vient d’une famille de dix frères et sœurs, selon sa biographie sur le site des jeux.
« Ils vivent dans une maison en ruines, a raconté au site son interprète, Abdul Baseer. Pour sauver leur vie, ils avaient fui la ligne de front lors des combats entre l’Alliance du nord et les talibans. »
Après la chute des talibans, en 2001, Mareena a pu intégrer l’école pour la première fois, où elle a entendu parler de handisport et des jeux paralympiques.
Avant Athènes, elle est allée s’entraîner à Oslo, pour son premier voyage hors de son pays en guerre depuis 25 ans. La petite délégation afghane a en effet reçu le soutien financier du gouvernement norvégien.
Problème de classe
de handicap
« J’espère aller aux Jeux paralympiques de 2008 à Pékin », dit-elle en agitant le drapeau noir, vert et jaune devant une trentaine de journalistes, alors que le stade se vide complètement pour la pause-déjeuner.
Au-delà de l’émotion, Mareena pleure parce qu’elle a raté sa course : « C’est injuste, j’ai dû courir contre des filles amputées du bras », a-t-elle déclaré, soulevant le problème de sa classification.
Brûlée et amputée des deux pieds lorsqu’elle était enfant – selon ce qu’elle a raconté au site officiel des Jeux –, elle a couru avec des prothèses – invisibles sous ses chaussures – dans la catégorie T46 (amputation d’un bras).
D’abord annoncée en T42 (amputation au-dessus d’un genou), elle a été reclassée en T46 car son handicap n’était pas assez sévère, a expliqué une porte-parole du Comité paralympique international (IPC). Elle s’est ainsi retrouvée la seule enfant dans une course de femmes.
« Elle est la vraie championne aujourd’hui », estime Kristian Marki Norheim, 27 ans, chef de projet de l’ONG française Handicap International à Kaboul, à l’origine du voyage des Afghans en Grèce. Le Norvégien espère que sa course fera avancer la cause du handisport – et du sport féminin – en Afghanistan.
Le 26 septembre, en cyclisme sur route, Qaher Hazrat, 22 ans, amputé des deux jambes après un accident de mines à l’âge de 14 ans, sera l’autre représentant afghan en lice.
« L’Afghanistan est l’un des pays qui a le plus de personnes handicapées. Selon les statistiques, ils sont un million, en incluant les femmes, les enfants, les adultes, à cause des mines, de la guerre, des maladies... », rappelle le président de la toute jeune fédération handisport, Abdul Rahman Mohammedi, lui-même amputé de la jambe gauche.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Une adolescente afghane de 14 ans, Mareena Karim, qui s’est effondrée en larmes après son 100 m, a submergé d’émotion sa petite délégation en représentant pour la première fois hier le handisport féminin de son pays aux Jeux paralympiques d’Athènes.
Devant quelques milliers de collégiens de son âge, dispersés sur les gradins du Stade olympique (70 000 places), Mareena, haut et bas de survêtement noir, casquette vissée à l’envers sur la tête, a terminé dernière, à plus de six secondes d’une Australienne, Amy Winters, en 18 sec 65.
« Ma participation est déjà une victoire », a soufflé entre deux sanglots l’adolescente, qui évoque davantage, avec son mètre cinquante, une frêle gymnaste que la puissance de Marion Jones.
Originaire de Kaboul, interdite d’école par les talibans, déplacée pendant...