661 fictions, dont 121 premiers romans, vont déferler chez les libraires jusqu’à fin octobre, montrant, s’il en était besoin, l’extraordinaire séduction du livre «traditionnel», qui avait été attaqué sans succès, au tournant du siècle, par le e-book ou l’édition en ligne.
440 romans français (et 221 étrangers) et près de 700 essais et documents sont programmés lors de cette rentrée pleine de vitalité qui veut répondre au besoin de renouveau ressenti par le public, selon les éditeurs.
Chaque rentrée oppose, depuis plusieurs années, les optimistes, qui se félicitent de cette offre mirobolante, aux pessimistes qui parlent de «fuite en avant éditoriale». Comme le résume la revue de la profession Livres-Hebdo, «plus on mise, plus on a de chances de sortir le bon numéro».
Certains observateurs qualifient même la saison automnale de «ventrée» littéraire pour signifier la masse de livres qui va ensevelir en peu de temps médias, libraires et lecteurs alors que les prix aident de moins en moins à s’y retrouver.
Cette année, les débutants ont la vedette avec 41 premiers romans de plus que l’an passé. «On dit toujours qu’il n’y a pas de créativité chez les jeunes auteurs. C’est faux! Parmi les manuscrits qu’on reçoit – parfois par la poste –, il y a des gens qui montrent un vrai travail de plume et une vraie passion pour la littérature. C’est notre devoir de faire découvrir de nouvelles voix», dit Jean-Daniel Belfond. Sous le label «Écriture», il publie deux premiers romans (Passerelle de Sylvain Fanet et Macadam frangin d’Azel Luka) sur quatre fictions.
Publier des débutants est risqué pour un éditeur: il y eut certes des coups d’essais qui furent des coups de maîtres (Jean Rouaud, Anna Gavalda) mais, généralement, l’entreprise n’est pas rentable à court terme. Déjà, le premier roman de Gaspard Koenig (Octave avait vingt ans/Grasset) attire l’attention de la critique, comme, dans une moindre mesure, Monsieur Dick (Gallimard) de Jean-Pierre Ohl.
Le réel
Pour ce cru 2004, les auteurs n’hésitent plus à plonger dans le «réel», qu’ils s’inspirent de l’actualité ou de l’histoire, de l’enfance ou de la famille.
Au-delà des incontournables – Amélie Nothomb en tête –, plusieurs écrivains sont attendus comme Daniel Rondeau (Dans La marche du temps – Grasset) ou Jean-Paul Dubois (Une vie française – L’Olivier). Tout comme Marie Nimier et son très beau La reine du silence (Gallimard), Marc Lambron et Les menteurs (Grasset), qui entrera sans aucun doute dans les listes de prix, Christine Angot et Les désaxés (Stock), qui décevra ceux qui aimaient sa «patte» si personnelle et réjouira ceux qui ne l’aimaient pas jusqu’alors, et beaucoup d’autres (François Bon, Christian Gailly, etc.).
Près de la moitié des romans étrangers sont écrits par des anglo-saxons. Le grand Philip Roth signe La bête qui meurt (Gallimard). Sont aussi prévus des livres de Jim Harrison, Enrique Vila-Matas, Rick Moody ou Robert Bolano, ainsi que des inédits de Virginia Woolf.
Du côté des «essais et documents», la rentrée sera dominée par les États-Unis ainsi que l’Irak et l’islam. Sur 672 titres recensés (non exhaustif), une quarantaine de titres sont consacrés à l’élection présidentielle, au bilan des années Bush, à John Kerry, à des analyses de la société américaine, etc.
La saison s’achèvera par la remise des prix (récompensant romans et essais), sur laquelle les quelques éditeurs, toujours les mêmes, susceptibles d’être couronnés, ont déjà le regard braqué: Femina et Médicis le 3 novembre, Goncourt et Renaudot le 8.
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