À deux cents mètres du mausolée de l’imam Ali, les gardes nationaux américains de l’Oregon sont séparés par une large avenue totalement déserte de leurs adversaires invisibles, les miliciens chiites de l’Armée du mehdi tapis dans des maisons de la vieille ville de Najaf.
« Dans ce secteur, nous sommes tous des gardes nationaux de l’Oregon », affirme le sergent-chef Shannon Compton, qui est rattaché au régiment 2/7 de la première division de cavalerie blindée. Au Sud-Ouest de la vieille ville, dans le quartier al-Jadida al-Thalata, assis dans un Humvee, il contrôle un des accès menant au réduit d’un km2 contrôlé par les combattants du chef radical chiite Moqtada Sadr. « Nous sommes arrivés d’Oregon en avril et sommes à Najaf depuis neuf jours », explique-t-il en ajoutant qu’il tenait depuis peu cette position. « Les tirs sont sporadiques. Il y a surtout des tirs de roquettes antichars, d’armes légères et parfois de mortiers », dit-il. Un trou dans la chaussée montre qu’un projectile n’est pas passé loin.
De leurs adversaires, qui se trouvent de l’autre côté de l’avenue répondant au doux nom de Banat al-Hassan (les filles de Hassan), ces hommes de l’Oregon ne connaissent pas grand-chose. « Je les vois à la jumelle. Je sais qu’ils sont chiites de l’Armée du mehdi et que ces sont des fauteurs de trouble. Il faut qu’ils rendent leurs armes et qu’ils partent », déclare un autre soldat qui ne veut pas dire son nom. Un autre affirme que les chiites sont « une sorte de musulmans ».
Le première classe Simi montre un impact de balle sur la vitre blindée de son Humvee. « C’est un franc-tireur d’en face. Il y en a beaucoup. » Plus loin dans une rue qui fait directement face au mausolée, le sergent-chef Anibal Reyes est sur la tourelle de son char Abrams et observe ses ennemis. « Il y a plusieurs tireurs embusqués. Faites attention », lance-t-il aux journalistes qui s’approchent. Brusquement, le claquement sec d’une balle se fait entendre. Puis une seconde. Il regarde à la jumelle, parle dans le micro attaché à son casque puis ouvre le feu. Une puissante salve de mitrailleuse. Il s’arrête. Puis tire cette fois avec son arme automatique dotée d’une lunette de visée. « Ils sont juste là », dit-il en montrant une maison distante de cinquante mètres. « C’est toute la journée comme ça », ajoute-t-il. La preuve : le carrefour est jonché de douilles.
Tous les accès menant à la vieille ville sont bouclés par des chars ou des Humvees. Les habitants qui circulent dans ces rues où les fils électriques pendent lèvent les bras en s’approchant des forces américaines. À la question de savoir si les habitants sont amicaux avec lui : « Il semble. Ils ont l’air gentil, mais vraiment je ne sais pas », répond prudemment le sergent Compton, qui a rejoint une maison abandonnée dans laquelle quelques-uns de ses hommes se reposent et où il stocke des provisions.
Il a tort. Les quelques habitants qui restent ne rêvent que d’une chose : voir les Américains en finir avec les miliciens de Moqtada Sadr le plus tôt possible (voir par ailleurs). « Les Américains sont bien avec nous. Les miliciens, quand ils occupaient la rue, nous faisaient souffrir. Je veux qu’ils partent d’ici morts ou vifs », affirme Hassan Mohammed Ibrahim, 27 ans, qui est resté seul dans sa maison. « Ils nous ont ruinés. Il est temps d’en finir avec eux. Que les Américains donnent l’assaut et qu’on en finisse avec eux une fois pour toutes », renchérit Karim Hussein, menuisier de 38 ans, venu dans sa maison prendre quelques affaires avant de repartir.
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« Dans ce secteur, nous sommes tous des gardes nationaux de l’Oregon », affirme le sergent-chef Shannon Compton, qui est rattaché au régiment 2/7 de la première division de cavalerie blindée. Au Sud-Ouest de la vieille ville, dans le quartier al-Jadida al-Thalata, assis dans un Humvee, il contrôle un des accès menant au réduit d’un km2 contrôlé par les combattants du chef radical chiite Moqtada Sadr. « Nous sommes arrivés d’Oregon en avril et sommes à Najaf depuis neuf jours », explique-t-il en ajoutant qu’il tenait depuis peu cette...