Un événement médical insolite est rapporté dans le très sérieux New England Journal of Medicine du 29 avril 2004. Un échange de reins a eu lieu entre deux familles appartenant à des clans hostiles, dans des circonstances intéressantes à rappeler.
Dans la première famille, un malade de 45 ans avait besoin d’une greffe de rein. Sa femme s’est portée volontaire mais ne pouvait donner son rein du fait que son groupe sanguin est différent de celui de son mari. Dans la seconde famille, ethniquement et politiquement différente, une fillette de 10 ans avait besoin d’un rein, mais sa maman volontaire ne pouvait, elle aussi, donner son rein à cause d’une incompatibilité sanguine (« mismatch »). Par contre, il y avait une concordance entre l’homme du premier clan et la maman du second, ainsi qu’entre la femme du premier clan et la fillette du second. Un échange de reins a eu lieu entre les deux familles ennemies, ce qui a permis de sauver les deux malades.
Cette histoire appelle un survol rapide des jalons historiques qui ont précédé cette nouvelle performance et suscite une réflexion sur son impact social.
Il y a 50 ans, exactement en décembre 1954, une greffe de reins entre deux vrais jumeaux aboutit à un succès définitif, le premier dans l’histoire de la transplantation. Cette greffe, réalisée à Boston, avait été précédée, deux ans auparavant, en 1952, par une première faite en France entre une maman et son fils, mais qui fut suivie d’un rejet rapide. Le succès de l’opération de Boston s’expliquait par la parfaite identité entre les deux jumeaux dont l’un était pratiquement une copie de l’autre. Pour confirmer cette parfaite identité, on procéda sur eux à une greffe de peau qui réussit parfaitement et à l’étude de leurs empreintes digitales qui étaient exactement les mêmes. C’était donc l’équivalent d’une autogreffe qui marche presque toujours et non d’une homogreffe, c’est-à-dire entre deux personnes différentes, dont le succès était aléatoire. Par la suite et à la faveur d’un demi-siècle de progrès, la découverte des agents immunosuppresseurs et l’application des tests de compatibilité sanguins (« cross match ») permirent des succès durables entre des frères non jumeaux, des parents, des époux et même des amis non apparentés ou des volontaires...
Mais il arrive encore souvent qu’un jeune prêt à donner un rein à son frère ou un parent à un enfant n’aient pas le même groupe sanguin ou aient une incompatibilité avec le receveur potentiel. Le don est écarté, au grand désespoir du patient.
Actuellement, cette difficulté est surmontée par une technique appelée « échange de reins ». Elle consiste à trouver dans le lot (ou registre) des malades en attente de rein et une paire de donneur-receveur facile à échanger avec une autre paire, comme ce fut le cas dans l’exemple susmentionné. Les organisateurs de ces échanges planifient la chirurgie au même moment, dans le même centre ou dans des centres différents et cela pour prévenir une rétraction éventuelle de la paire restante, s’il y a un décalage horaire.
L’impact social de cette nouvelle forme de solidarité humaine est évident. Il est encore plus frappant quand un échange survient parallèlement à des actes de haine et d’horreur entre des groupements humains hostiles, générant entre eux d’étonnantes et d’émouvantes crises de fraternité.
Un bel exemple « d’altruisme fécond » en plein tourbillon de violence.
Pr Antoine GHOSSAIN
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Dans la première famille, un malade de 45 ans avait besoin d’une greffe de rein. Sa femme s’est portée volontaire mais ne pouvait donner son rein du fait que son groupe sanguin est différent de celui de son mari. Dans la seconde famille, ethniquement et politiquement différente, une fillette de 10 ans avait besoin d’un rein, mais sa maman volontaire ne pouvait, elle aussi, donner son rein à cause d’une incompatibilité sanguine (« mismatch »). Par contre, il y avait une concordance entre l’homme du premier clan et la maman du second, ainsi qu’entre la femme du...