Au terme de quatre ans d’efforts de paix acharnés de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, et après quelques jours de forcing diplomatique euro-américain, un plan de paix entre les communautés grecque et turque de Chypre a finalement vu le jour. Seulement voilà, les deux secteurs de l’île divisée doivent avaliser ce plan lors d’un référendum qui aura lieu demain. Mais contrairement à leurs compatriotes turcs, les Chypriotes grecs penchent vers un rejet du plan en question. Motif évoqué : l’application de l’accord ne relève que du bon vouloir de la Turquie en l’absence de garanties internationales précises. Une fois n’est pas coutume, Américains et Britanniques ont donc volé au secours de la paix en présentant au Conseil de sécurité de l’Onu un projet de résolution soutenant le plan Annan. Cette résolution aurait pu gonfler le camp du « oui » chypriote grec d’une manière significative si la Russie n’y avait pas opposé son veto en dernière minute. Moscou a en effet prétexté que le référendum doit se dérouler sans aucune ingérence étrangère.
En réalite, l’adoption du plan de paix arrangerait les USA, le Royaume-Uni, la Turquie, la Grèce et Chypre, au détriment de la Russie.
Et pour cause, la réunification de Chypre rendrait plus facile la résolution des autres litiges en suspens (eaux territoriales et pétrole de la mer Égée) entre la Grèce et la Turquie, deux alliés importants du flanc méridional de l’Otan. La Turquie y trouverait également son ocmpte en accédant éventuellement à l’UE. De surcroît, plus rien ne viendrait perturber la quiétude de la présence militaire britannique et américaine, respectivement officielle dans la partie sud de Chypre et officieuse dans le nord de l’île. À l’opposé, la Russie verrait d’un mauvais œil le règlement de la question chypriote qui conforterait la présence militaire occidentale à Chypre, avec ses puissantes installations d’écoute couvrant l’Est méditerranéen. Il n’est pas non plus dans l’intérêt de Moscou qu’il y ait un rapprochement entre la Grèce orthodoxe traditionnellement amie et la Turquie qui contrôle déjà l’accès vers les « mers chaudes », et qui aurait les mains plus libres pour asseoir son influence dans le Caucase, une zone militairement volatile (conflits tchétchène, géorgien et arméno-azéri) et économiquement stratégique (point de passage du pétrole de la mer Caspienne).
Ultime soubresaut de la guerre froide ou regain d’intérêt dans le bassin de la Méditerranée orientale, la Russie a décidé de faire prévaloir ses intérêts plutôt que de contribuer à mettre fin à 30 ans de partition en dissipant les craintes des Chypriotes. Si le « non » au plan de paix l’emporte demain, le combat des titans aura eu raison de l’île d’Aphrodite.
Ralph SHAYNE
Au terme de quatre ans d’efforts de paix acharnés de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, et après quelques jours de forcing diplomatique euro-américain, un plan de paix entre les communautés grecque et turque de Chypre a finalement vu le jour. Seulement voilà, les deux secteurs de l’île divisée doivent avaliser ce plan lors d’un référendum qui aura lieu demain. Mais contrairement à leurs compatriotes turcs, les Chypriotes grecs penchent vers un rejet du plan en question. Motif évoqué : l’application de l’accord ne relève que du bon vouloir de la Turquie en l’absence de garanties internationales précises. Une fois n’est pas coutume, Américains et Britanniques ont donc volé au secours de la paix en présentant au Conseil de sécurité de l’Onu un projet de résolution soutenant le plan...
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