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Actualités - Opinion

L’ÉDITORIAL de Issa GORAIEB Souverainement vôtre

Il n’y a pas que les avions ultramodernes de la US Air Force qui peuvent être furtifs. Saluons tout de même – sans ironie aucune, mais avec toutes les réserves qui s’imposent – le transfert de souveraineté opéré en catimini, à la sauvette, presque dans la clandestinité, entre l’administrateur civil américain Paul Bremer et le gouvernement intérimaire irakien. Survenue lundi avec 48 heures d’avance sur le calendrier, la brève cérémonie aura eu le mérite de prendre de court tous les groupes de l’opposition armée, terroristes et autres, qui se promettaient de célébrer l’évènement à leur manière, c’est-à-dire à l’aide de meurtriers feux d’artifice. Le plus important, le plus réjouissant cependant, est que ce transfert a enfin eu lieu, ouvrant forcément ainsi un chapitre nouveau dans la crise irakienne. Pour lourde d’incertitudes, pour chargée d’ambiguïtés qu’elle soit, c’est avec la fragile et vulnérable réalité de ce transfert qu’il va falloir désormais traiter. C’est qu’elle est partout, l’ambiguïté, même si c’est sur le théâtre irakien qu’elle saute le plus aux yeux. Voilà en effet un gouvernement transitoire regroupant pour l’essentiel de bons amis de Washington ( dont certains, et non des moindres, émargeaient notoirement, depuis des décennies, au budget de la CIA ), mais qui bénéficie aussi de la caution de l’Onu. Ni marionnettes patentées, par conséquent, ni pleinement indépendants, ses membres se sont vu confier une mission frisant l’impossible, et on ne peut que leur reconnaître, pour cela, un courage physique et politique tout aussi exceptionnel. Ce gouvernement va devoir œuvrer, en priorité, au rétablissement de la sécurité publique pour que la vie redevienne normale dans le pays, que l’on puisse marcher dans la rue sans crainte d’un attentat à la bombe et que les petits Irakiens repartent à l’école, pour que l’électricité revienne dans les maisons, les commerces, les usines et les bureaux. À cette fin, il devra s’efforcer de récupérer par la négociation – en prenant garde d’exacerber les aspirations contradictoires des Kurdes, des sunnites et des chiites d’Irak – ce qui peut l’être des forces d’opposition : car contrairement aux allégations américaines, il n’y a pas que des terroristes ou des voyous de l’autre côté de la barricade. Quant aux irrécupérables, aux authentiques terroristes qui s’en prennent indistinctement à l’occupant, aux officiels et à la population civile, le gouvernement intérimaire est tout simplement tenu de les annihiler après les avoir isolés, sous peine de tomber lui-même sous leurs coups. Reste à savoir comment. En attendant de pouvoir compter sur sa propre force de police, l’Irak souverain va devoir continuer de s’appuyer (mais pas de trop près, pour d’évidentes raisons de crédibilité interne) sur les quelque 130 000 soldats américains stationnés sur son sol : une force échappant évidemment à son autorité et dont les opérations éventuelles sont loin d’obéir à des considérations strictement irakiennes. Car George W. Bush ne se décline plus si volontiers que cela en président de guerre : il est surtout soucieux, désormais, de voir l’Irak déserter l’avant-scène d’une actualité dont les sanglants soubresauts, qui sont autant de démentis à sa folle doctrine irakienne, se répercutent gravement sur les sondages. Dès lors, les Américains adoptent un ton plus conciliant envers l’Europe rétive et se désengagent quelque peu d’Irak – autant de cercueils à rapatrier en moins, en pleine campagne électorale – tout en y restant absolument : en s’y enracinant même si l’on en juge par la méga-ambassade qu’ils ont installée à Bagdad, par le levier financier qu’ils contrôlent, par les centaines de conseillers qu’ils ont installés dans les diverses administrations. Ce faux départ ne trompe personne, pas plus d’ailleurs que les objectifs inavoués de Washington. Mais nul ne peut, à seule fin de montrer qu’il n’est pas dupe, paraître refuser au peuple d’Irak la chance de salut qui s’offre en ce moment à lui. Voilà pourquoi tout le monde n’a d’autre possibilité que de jouer le jeu : ainsi l’Otan formera les policiers d’Irak, tout en se refusant à y envoyer des troupes comme le souhaitent les États-Unis. Et même les plus méfiants des pays arabes devront coopérer avec le gouvernement d’Iyad Allaoui dont l’échec éventuel déclencherait sans doute en effet une dangereuse réaction en chaîne. Main tendue, intérêt général oblige. Et doigts croisés pour conjurer le sort.
Il n’y a pas que les avions ultramodernes de la US Air Force qui peuvent être furtifs. Saluons tout de même – sans ironie aucune, mais avec toutes les réserves qui s’imposent – le transfert de souveraineté opéré en catimini, à la sauvette, presque dans la clandestinité, entre l’administrateur civil américain Paul Bremer et le gouvernement intérimaire irakien.
Survenue lundi avec 48 heures d’avance sur le calendrier, la brève cérémonie aura eu le mérite de prendre de court tous les groupes de l’opposition armée, terroristes et autres, qui se promettaient de célébrer l’évènement à leur manière, c’est-à-dire à l’aide de meurtriers feux d’artifice. Le plus important, le plus réjouissant cependant, est que ce transfert a enfin eu lieu, ouvrant forcément ainsi un chapitre nouveau dans la crise...