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Un avenir en point d’interrogation

Dans une première réaction, le Premier ministre britannique Tony Blair a déclaré hier qu’en avançant de deux jours la date prévue du transfert de souveraineté aux Irakiens, la guérilla avait été prise de court. Les opposants au pouvoir en place à Bagdad avaient certainement prévu une action d’éclat pour le 30 juin, première date annoncée pour la remise des pouvoirs au gouvernement intérimaire. Cette opportunité leur a été effectivement ôtée. Cela étant dit, replaçons l’événement en perspective. Depuis 15 mois, c’est plutôt la guérilla qui prend de court la coalition en lançant des offensives quotidiennes. En 15 mois, c’est la guérilla qui a réussi à imposer son agenda. Les États-Unis voulaient transformer l’Irak en parangon de la démocratie dans le monde arabe ? La guérilla a changé la donne. La priorité absolue est aujourd’hui à la sécurisation du pays. Une priorité à laquelle a dû être sacrifiée la relève économique du pays. Dans son entreprise de déstabilisation du pays, la guérilla a néanmoins reçu l’aide précieuse et inespérée de la coalition qui a lamentablement négligé la préparation de l’après-guerre : une mauvaise protection des institutions irakiennes, un soutien international insuffisant, une reconstruction planifiée à la dernière minute. Le Bureau de la reconstruction et de l’aide humanitaire (ORHA) n’a en effet été créé que huit semaines avant l’invasion de l’Irak. Huit semaines pour définir des axes de travail, les planifier et trouver le personnel nécessaire à la mise en œuvre de projets. Une impréparation qui devient en outre criminelle quand on aborde le cas des forces de sécurité irakiennes. Car, si Halliburton ne semble pas avoir eu de problème majeur à prendre ses quartiers en Irak, l’approvisionnement des policiers irakiens en armes, en voitures ou en matériel de protection est, lui, totalement insuffisant comme le rapportent régulièrement les médias présents en Irak. Des policiers qui représentent aujourd’hui l’une des cibles favorites de la guérilla. C’est pourtant sur ces hommes, dont le Premier ministre intérimaire Iyad Allaoui a fait le cœur de son action, que repose en partie l’avenir de l’Irak. Un avenir en forme de point d’interrogation. Le gouvernement intérimaire irakien sera-t-il à la hauteur de la tâche titanesque qui l’attend ? Parviendra-t-il à éviter les écueils d’une guerre civile ? Et côté américain, pour quelle tactique optera Washington à mesure que la présidentielle approche ? Le candidat George W. Bush, qui peut de plus en plus difficilement encaisser le spectacle des « body bags », sera-t-il tenté par une sortie accélérée ? En la matière, Maureen Dowd, tirait déjà la sonnette d’alarme dans les colonnes du New York Times en novembre dernier. Dans The Untouchables, rappelait la percutante éditorialiste, on voit Sean Connery expliquant à Elliot Ness, encore naïf, la méthode de Chicago (The Chicago Way). À savoir, l’engagement total et irréversible vers un but. « Si tu ouvres cette boîte de rats, tu dois être prêt à aller jusqu’au bout, car ils ne vont pas abandonner le combat avant que l’un d’entre vous ne soit mort. » Les Américains sont-ils vraiment prêts aujourd’hui à aller jusqu’au bout ? Émilie SUEUR
Dans une première réaction, le Premier ministre britannique Tony Blair a déclaré hier qu’en avançant de deux jours la date prévue du transfert de souveraineté aux Irakiens, la guérilla avait été prise de court. Les opposants au pouvoir en place à Bagdad avaient certainement prévu une action d’éclat pour le 30 juin, première date annoncée pour la remise des pouvoirs au gouvernement intérimaire. Cette opportunité leur a été effectivement ôtée.
Cela étant dit, replaçons l’événement en perspective. Depuis 15 mois, c’est plutôt la guérilla qui prend de court la coalition en lançant des offensives quotidiennes. En 15 mois, c’est la guérilla qui a réussi à imposer son agenda. Les États-Unis voulaient transformer l’Irak en parangon de la démocratie dans le monde arabe ? La guérilla a changé la...