«Par moments, je me demande si je suis en train de travailler ou de m’amuser», déclare simplement May Sobh. Cette designer de trente-cinq ans, «basculant en permanence du monde imaginaire et coloré de l’enfance à celui plus terre à terre des adultes», est une passionnée d’art et de création. C’est simple, les idées se bousculent dans sa tête. À tel point qu’elle aimerait bien pouvoir «juste émettre des concepts d’œuvres et les faire réaliser par des artistes ou des artisans. Je suis plus une créatrice d’idées qu’une réalisatrice d’objets», assure-t-elle.
Diplômée en arts plastiques et en décoration de la LAU, elle a commencé par se lancer dans la peinture avant de passer, dit-elle, «de l’art pur à l’art fonctionnel».
Sa toute première «créature», et la plus connue, est la Koko Girl (à ne pas confondre avec les Coco Girls de Stéphane Collaro!). Une silhouette mutine et sautillante de petite fille, qui a vu le jour il y a cinq ans. «J’ai toujours eu en tête cette image de fillette. D’ailleurs, quand j’étais enfant, je ne jouais pas à la poupée conventionnelle, préférant élaborer mes propres poupées à partir de coquilles d’œufs vides que je peignais et auxquelles je collais des cheveux. La Koko Girl vient sans doute de là.»
Sur une base de grillage métallique enveloppé de tissu peint de couleurs vives, la Koko Girl a joué, toute une année, les sculptures, les cadres à photos (on glisse le cliché dans la poche transparente de sa robe), les lampadaires, etc. La créature ayant remporté un succès fou, May Sobh la décline en bijoux «funs»: pendentifs en argent, broche en fil de cuivre ou en fil d’argent strassée et ornée de perles de verre.
Du ludique au glamour
Puis la designer, lassée, passe à autre chose. En l’occurrence, une sorte de basse-cour ludique, réalisée suivant la même technique: des bibelots drôles et des fruitiers en forme d’oies sauvages et de canards boiteux... Suite à quoi, d’un seul coup, l’inspiration fermière tarit pour céder la place à une envie de glamour et de sophistication. Un matin, May Sobh se réveille avec une idée en tête: faire des sacs artistiques à partir du canevas mis au point pour la poupée et son bestiaire. Des sacs à la fois précieux, uniques et dégageant cet esprit de pétulance qui caractérise la Koko Girl. Des sacs, construits sur une base rigide revêtue de plumes, de plaques de nacre, de coquillages, de cristaux Swarovski, de perles de Tahiti, d’organza, etc., qui peuvent tout aussi bien se porter en soirée qu’être exposés en bibelots sur une étagère. «En quelque sorte, c’est pour la femme qu’est devenue Koko que je crée ces sacs, et c’est elle que j’habille», souligne, amusée, la jeune créatrice. Car une idée en entraînant d’autres, voilà May Sobh qui se lance aujourd’hui dans le stylisme. Là aussi, les tenues qu’elle crée ne sont pas vraiment «casual». À mi-chemin entre le costume de scène et le délire kitsch d’une garde-robe de... poupée. Le tissu, trame de base de ces créations vestimentaires, est déchiré, laminé, peint de manière à donner un effet de brûlé. Et, à celle qui le porte, l’impression d’endosser une œuvre «artistique». Jusque-là, ce sont surtout les vedettes qui sont clientes.
Mais May Sobh, à la curiosité intarissable, se dirige déjà vers d’autres projets : une ligne de bijoux non seulement sculptés, mais aussi peints, à l’instar d’un collier en perles de Tahiti, sur le coquillage duquel elle a reproduit La Naissance de Vénus de Boticelli.
La création, c’est bien connu, est souvent un mixage d’idées insolites...
Zéna ZALZAL
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