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Actualités

Les lecteurs ont voix au chapitre

Échelles de valeurs L’assiduité avec laquelle nos lecteurs nous écrivent est impressionnante. Le lien qui attache les Libanais au Liban est fait d’un amour indéfectible qui transcende toutes les critiques. On idéalise un peu le passé, c’est vrai, mais il y a du vrai dans ce que rapporte l’un de nos lecteurs en parlant du basket-ball. « Tout le monde applaudissait tout le monde, parce que le jeu était respectueux, intelligent, amical et relevait du sport, non des batailles rangées. » « Qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » disait avec hauteur Saint-John Perse dans Éloges. Et sa réponse était : « Il y avait plus d’ordre. » Le Liban où nous vivons est en pleine mutation, livré à une frénésie qui vient d’une perte des points de repère. Les échelles de valeurs sont complètement bouleversées, souvent remplacées par la loi du profit et celle de la puissance. L’autre réalité à laquelle les lecteurs ne se résignent pas, c’est celle des tarifs des billets d’avion, qui restent exorbitants, surtout si l’on souhaite attirer les investisseurs, les touristes arabes et étrangers, sans oublier les émigrés et les étudiants qui souhaitent passer l’été au pays. La politique suivie en la matière par la MEA obéit sans doute à des critères de rentabilité précis. Mais le ministre des Transports ne devrait-il pas avoir son mot à dire à ce sujet ? Ne devrait-il pas, justement, y mettre un peu d’ordre ? Fady NOUN Transparence et langue de bois L’interview de deux grandes pages accordée au quotidien ach-Charq (9 juin 2004) par le président Élias Hraoui fait l’effet d’un pavé lancé dans la mare : l’ancien chef de l’État, en effet, a percé – transpercé – la langue de bois et dit crûment beaucoup de choses, notamment concernant le côté militaire de certains problèmes. Ainsi, à la question s’il préfère un civil à un militaire pour être à la tête du pays, il répond : « Un civil. Je parle d’expérience. À titre d’exemple, Fouad Chéhab n’a pas été, lui, le véritable gouverneur ; c’est le Deuxième bureau qui, lui, a gouverné le pays. « À Taëf, tous les participants se sont plaints du Deuxième bureau ; alors on décida – conformément aux procès-verbaux qui sont confisqués et gardés sous-clé par monsieur Hussein Husseini – que le Deuxième bureau est là pour travailler au service de l’armée, et n’a pas de relations avec les civils ». Question – « Est-ce que, actuellement, cela se pratique ?» Réponse – « Absolument pas. Tout le contraire, “ils” ont jeté à terre l’accord de Taëf, et ça leur est parfaitement égal » (ach-Charq p. 3, col. 7 in fine). Au sujet des finances – caisse secrète, il raconte : « Une fois, X... (il était ministre de la Défense) vient, et en plein Conseil des ministres, me demande avec une grande insolence combien je veux prendre des sommes affectées au Deuxième bureau... “Cent millions, ça suffit ?” Je lui réponds vertement :... “Pas une piastre” (d’autres que moi encaissent 30 % des affectations du Deuxième bureau qui se montent à environ quatre milliards de livres, soit 2,75 millions de $...) ach-Charq p. 5 col. 4 et 5. Le président Hraoui avait dit aussi, à la page 3, col.3 : « À quelle mission a-t-on employé l’armée pendant la guerre pour qu’un officier encaisse aujourd’hui sa retraite d’environ un demi-milliard de livres, montant auquel s’ajoutent ses émoluments mensuels, plus 8 “ténékés” d’essence par mois, plus un accompagnateur, plus un chauffeur ? Pourquoi ? » Le commandement militaire a immédiatement démenti en bloc – sans pourtant formuler une vraie réfutation –, justifiant les émoluments des militaires par le fait que ces paiements sont faits en vertu d’une loi. Or, il est élémentaire que c’est une loi, puisque le budget ne peut être appliqué que s’il devient une loi par le vote de la Chambre. Il y a juste deux ans, L’Orient-Le Jour publiait dans son numéro du 2/6/02 le billet d’un lecteur posant une question au ministre de la Défense Khalil Hraoui en commentaire à l’interview que celui-ci venait d’accorder au même journal, affirmant au passage qu’il pratiquait la transparence et non la langue de bois : « Plus d’une fois, les médias ont publié, sans jamais recevoir un démenti, que l’ensemble des forces de sécurité absorbent plus de 25 % du budget total de l’État. Le fait d’avoir éludé ce sujet – pourtant majeur – dans vos propos d’avant-hier constitue une confirmation de plus. « Or, Monsieur le ministre, quel est le pays (évidemment libre du joug de la dictature) où l’on demande au citoyen un effort comparable à celui fourni par le contribuable libanais pour le budget de la sécurité ?» Cette question n’a jamais reçu de réponse, et nous continuons à chanter la transparence. Albert SARA L’image de la femme Je ne suis pas prude, mais j’ai trouvé le titre « Son truc en “dessous” » ! et la photo à la une de L’Orient-Le Jour du 10 juin choquants. Ils renforcent l’image de la femme objet déjà colportée par la plupart des médias libanais (journaux, revues et télévisions). Il suffit de suivre durant quelques minutes le programme télévisé « Miss Lebanon » – programme qui s’étale sur sept semaines – et de jeter un coup d’œil sur le Petit journal des Miss, distribué gratuitement par les deux quotidiens francophone et arabe les plus vendus, pour confirmer ce qui précède. Qu’on ne s’étonne donc pas que des revues comme Marie-Claire publient des articles tels que « Les Libanaises attaquent : vierges et sexy pour trouver un mari » (février 2004), article qui nous avait tellement offusqués. Si l’on tient à changer cette image ou au moins à la compléter, il serait peut-être utile de braquer la lumière sur les femmes de notre pays qui ont fait leurs preuves, et dont la présence se fait de plus en plus évidente dans le domaine public. Mona CHÉMALI KHALAF L’intention n’était pas grivoise. Le titre « son truc en dessous » est un jeu de mots sur un célèbre spectacle de music-hall en France, dont la vedette était Zizi Jeanmaire : « Mon truc en plumes ». Le truc, en l’occurrence, étant le spectacle. Il faut de tout pour faire un journal S’il faut de tout pour faire un monde, il en faut aussi pour faire un journal. J’applaudis donc bien fort à L’Orient-Le Jour qui, dans la grisaille quotidienne dont est fait notre monde (libanais, mais aussi étranger), égaie parfois sa une d’informations non politiques, d’images qui ne sont pas celles de drames (...) Les souvenirs de la guerre, la nôtre, sont encore trop présents dans nos mémoires pour que nous n’ayons pas envie d’un sourire, d’un visage, d’images agréables. Alors, bravo pour votre journal pour cet autre aspect de la vie. Jeanine KHOURY Des tarifs inadmissibles ! « Ya beck », le mot d’Antoine Assi paru dans votre journal du 08/06/2004 est brillant et tout à fait réaliste. Mais il aurait dû ajouter que « les nuls » sont plutôt les décideurs au Liban et non les Libanais de France, qui, pour la grande partie d’entre eux, ont quitté le Liban pour fuir ces gens incapables, arrogants et vaniteux. Ces derniers ne se soucient que de leur bien-être, de la meilleure manière de faire de l’argent, de jouir des biens et du patrimoine que nos aïeux nous ont légués. Ils ne se donnent pas la peine de trouver les moyens pour faire évoluer le pays que nous avons laissé la mort dans l’âme. Ils feraient mieux de s’occuper un peu plus des besoins des expatriés en Europe et ailleurs, au lieu de s’entredéchirer sur le partage du « fromage » comme des rats. Est-il possible que pour encourager les Libanais à visiter leur pays, le renouvellement d’un passeport libanais au consulat du Liban soit à 300 euros, le billet d’avion AR pour le Liban à 840 euros, et j’en passe ? C’est une honte pour nos parents et amis restés au Liban qui doivent accepter que les expatriés (qui, par ailleurs, envoient beaucoup de devises d’ailleurs au pays) soient « exploités » et « égorgés » de cette manière inadmissible. Les responsables politiques, eux, sont fiers de venir en France en 1re classe, le billet étant offert par la MEA détentrice du monopole. Ils dépensent sans compter, sans se soucier des problèmes et de la situation des Libanais vivant à l’étranger. Nous nous demandons parfois s’il n’existe pas une politique délibérée visant à décourager les expatriés à rentrer chez eux ! Nous vous demandons, à vous les journalistes, d’être nos interprètes en pensant un peu à nos besoins et parfois à nos difficultés. Olfat HALAWA – Paris Libanais et fier de l’être Depuis le lancement de la rubrique « La parole aux lecteurs », il n’y a que 2 ou 3 % des intervenants qui louent les mérites du Liban, que nous aimons tous, mais qui malheureusement n’est évoqué en général que pour ses mauvais côtés ! Certes, il est vrai que le Liban vit une grave crise financière ; il est vrai que ce pays traverse une période de turbulences, et que la majorité des libanais n’en peut plus.... Mais avez-vous déjà pensé aux bienfaits de notre pays ? Comment pouvez-vous ne pas ressentir une nostalgie et une mélancolie lorsque vous quittez le sol que nos ancêtres ont tant défendu pendant des siècles ? Croyez-moi, dès que vous décidez de plier bagage du Liban et que vous vous retrouvez seul dans n’importe quel autre continent ou pays, la nostalgie prend le dessus (...) Je suis libanais, et fier de l’être ! Houssam MROUÉ - France Vivement La Sagesse Élèves des Frères maristes de Jounieh, nous voyions jouer à notre époque (1957-1959) Alain Moussalli, Mano, Alcouz, Khater... L’équipe des Frères maristes était parmi les favorites. Tout le monde applaudissait tout le monde parce que le jeu était respectueux, intelligent, amical et relevait du sport, non des batailles rangées. Cinquante ans plus tard, mes héros sont les joueurs de La Sagesse, Méchantaf, Khatib, d’autres encore... À chaque rencontre ou presque, La Sagesse doit être agressée par al-Riyadi, Champville, les équipes syriennes, arabes ou autres. Il faut, pendant ce temps, que les « Verts » restent bien sages, bien disciplinés, pour faire plaisir et laisser les autres gagner (...) Alors même que si, depuis dix ans, Antoine Choueiri n’avait pas investi argent, volonté, amour et passion dans le basket-ball libanais, bien des équipes seraient aujourd’hui totalement inconnues. Élie JABRE – Beit Chabab Sommet ou abîme Des mensonges, rien que des mensonges et surtout des mensonges ! Voici ce qu’on peut conclure des résolutions prises par le sommet arabe de Tunis. « La démocratie, le partage du pouvoir, les libertés publiques, les droits de la femme, les réformes juridiques, la libéralisation de l’éducation et de l’économie. » Que constatons-nous sur le terrain ? Au Liban, les voix libres sont muselées, les étudiants tabassés, la situation économique et financière catastrophique, les réformes juridiques inexistantes (...). En Arabie saoudite, la femme, même au sein des universités, est sous la loi du tchador. Il lui est défendu de conduire et d’avoir une vie indépendante. On ne peut oublier non plus que dans la majorité des pays arabes, les personnes qui réclament la liberté et la démocratie sont sauvagement torturées, leurs voix étouffées... L’éducation évolue dans un seul sens : déifier le dirigeant et obéir aveuglément à ses décisions incongrues. En Irak, les vendeurs de boissons alcoolisées sont flagellés et exposés aux regards. Moyen Âge taliban ? Obscurantisme ? Les pays arabes sont au fin fond de l’abîme. A. et 0. F. Impensable Il est impensable, pour ne pas dire scandaleux, d’apprendre au lendemain de la chronique cinématographique de J.-P. G.-P., que le DVD du film The Girl with a Pearl Earring est en vente sur le marché ! On aurait voulu saboter la sortie du film en salle qu’on ne se serait pas pris autrement ! Il y a pourtant des conventions internationales qui font que le DVD d’un film ne peut être exploité qu’un an après la sortie du film en salles. Les conventions internationales ne sont visiblement pas faites pour notre pays. Alain PLISSON, un cinéphile en colère ! Dilapidation suspecte Décidément, la campagne publicitaire lancée récemment par l’un des deux ex-opérateurs de notre téléphonie mobile est doublement préoccupante. D’abord, sur le plan du management, il est très curieux qu’une société en cessation d’activités puisse se permettre le luxe de passer deux spots télévisés au milieu du journal de 20 heures ! Cette dilapidation ne peut se justifier que par l’accumulation de bénéfices exorbitants réalisés par les deux ex-opérateurs pendant plus d’une décennie, au grand dam des consommateurs libanais et des finances publiques. Ensuite, peut-on logiquement craindre que cette campagne publicitaire inopportune – qui invite les consommateurs à rester en contact avec l’opérateur ! – ne soit le prélude d’un autre scandale du type Taamirat ? Ghassan SOUAIBY Affirmations sans preuves Dans plusieurs articles, M. Émile Khoury, que je respecte, affirme que, « dans leur immense majorité, les Libanais sont... contre la reconduction ». J’aimerais savoir sur quelles données il se base pour l’affirmer. Il n’y a jamais eu ni consultation ni sondage à ce sujet (...) Je ne proteste pas contre son affirmation, mais contre le fait qu’elle n’ait jamais été appuyée sur la logique ou la recherche. Respectueusement et démocratiquement. Roger AKL Lettre au ministre de l’Intérieur En France, la meilleure manière de connaître le comportement d’un futur salarié que l’on recrute, c’est de monter avec lui en voiture. Car c’est au volant que l’individu montre son vrai caractère : initiative, esprit de synthèse, force de caractère et contrôle de soi. Pourtant, il me semble qu’un pays qui commence par faire respecter le code de la route est un pays qui montre sa volonté d’aller de l’avant, de prendre en main ses affaires. Et passé le temps des premières colères, après les premiers procès-verbaux, les citoyens penseront rapidement que force reste à la loi, ce qui est une garantie pour l’ensemble du peuple, comme aussi une preuve de crédibilité pour le pouvoir. On peut contester que la répression soit la seule méthode efficace pour éduquer les automobilistes au respect du code de la route. Mais il suffit de regarder ce qui s’est passé en France ces dernières années et le comportement des citoyens des pays du nord de l’Europe, pour constater que la répression a joué, grâce notamment au prix élevé des amendes. Au Liban, les policiers pourraient, par le biais des amendes, diminuer leur budget de fonctionnement et soulager la trésorerie de l’État. Bien sûr, il faudrait passer par de vraies campagnes de sensibilisation des conducteurs, car je ne suis pas sûr que tout le monde, aujourd’hui, connaît le code de la route. Du reste, l’État et les communes ne peuvent pas s’en tirer aussi facilement. Parce que le respect du code passe aussi par l’aménagement des routes, le traçage des lignes, les panneaux, les passages pour piétons. Car, jusqu’à nouvel ordre, traverser une route à pied, c’est en général le faire en courant et sous les insultes des chauffeurs et bien sûr sous le regard impassible des policiers. Monsieur le ministre, vous avez du travail et un défi à relever, mais il peut aussi être pour vous un vecteur de réussite et de reconnaissance. Yves KERLIDOU - Jal el-Dib Adressez vos commentaires par fax (01/360390), par lettre (rubrique Courrier des lecteurs, boîte postale 2488) ou par mail : redaction@lorientlejour.com

Échelles de valeurs

L’assiduité avec laquelle nos lecteurs nous écrivent est impressionnante. Le lien qui attache les Libanais au Liban est fait d’un amour indéfectible qui transcende toutes les critiques.
On idéalise un peu le passé, c’est vrai, mais il y a du vrai dans ce que rapporte l’un de nos lecteurs en parlant du basket-ball. « Tout le monde applaudissait tout le monde, parce que le jeu était respectueux, intelligent, amical et relevait du sport, non des batailles rangées. »
« Qu’y avait-il alors qu’il n’y a plus ? » disait avec hauteur Saint-John Perse dans Éloges. Et sa réponse était : « Il y avait plus d’ordre. »
Le Liban où nous vivons est en pleine mutation, livré à une frénésie qui vient d’une perte des points de repère. Les échelles de valeurs sont complètement...