Qui rendra à Gebran Khalil Gebran son universalité ? Qui délivrera le souvenir du père du Prophète des méandres de la politique de clocher qui commande chaque élection d’un comité dit national ? Un comité Gebran Khalil Gebran élu, à l’instar de leur conseil municipal, par tous les habitants de Bécharré. À chaque famille son quota, et à chaque courant politique ses représentants. Gebran, propriété ou prisonnier d’une région du Liban lorsque le monde est devenu un grand village... C’est à la fois drôle et triste. Choquant. Même s’il faut remercier les Bécharriotes qui, au plus fort de la guerre, ont su cacher, pour mieux la protéger des pillards et des envieux, l’œuvre existant au musée du village.
Tout aussi surprenant est d’inviter les gens à découvrir son œuvre picturale sur les murs d’une institution bancaire. Des toiles qui, naturellement, auraient dû trouver leur place au Musée national par exemple, ou au Musée Sursock.
Un buste placé dans un petit square, même si c’est au centre-ville ; un hommage rendu dans une petite salle ; l’exposition de l’œuvre picturale dans une banque, le tout organisé par un petit comité qui, malgré ses ambitions, n’a pas les moyens de mieux faire. Ces mini-activités pour ce géant universel traduit dans plus de 40 langues et adulé dans autant de pays déçoivent chaque Libanais fier de ce patrimoine universel.
L’État, on le sait, ne s’intéresse qu’à ses petitesses, la culture pour lui étant un vague concept, sans rentabilité. Ça, on le sait.
Reste l’initiative privée. Elle a réussi à maintenir le nom du Liban sur la carte du monde lorsque tous le croyaient moribond. Elle a sauvé le Muséee national, développé le Musée Sursock, donné au public la bibliothèque de Farès Zoghbi, créé des fondations qui s’investissent à fond pour promouvoir le patrimoine culturel du pays du Cèdre, en souvenir de nos grands. La Fondation Nadia Tuéni en est un exemple...
Une fois de plus, cette intiative privée qui sait, qui peut et qui agit est appelée urgemment à prendre en main un nouveau projet : rendre à Gebran son dû.
Maria CHAKHTOURA


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