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Beaucoup de bruit pour rien, constatent les opposants

La montagne a accouché d’une souris. Six séances du Conseil des ministres, des algarades, des déclarations fracassantes. Pour retourner au point de départ. C’est-à-dire au projet de budget minimaliste que Fouad Siniora avait préparé. C’est ce que constatent des opposants de l’Est, pour répéter qu’il serait temps de changer un système, inepte. Et le personnel qui va avec.
Dans les faits, il a suffi d’un coup de baguette magique, syrienne bien entendu, pour dénouer l’une des crises les plus aiguës que le pouvoir issu de Taëf a connues. Et Dieu sait s’il en a traversé, depuis les affrontements Hraoui-Hoss, il y a treize ans. Alors que l’on s’attendait, après la réunion heurtée de mardi, à une implosion de l’Exécutif, la séance du lendemain a été aussi calme qu’expéditive. Le téléphone de Anjar avait bien fonctionné. Pour conseiller à tous les protagonistes d’en finir avec le budget et de laisser de côté les sujets qui fâchent. Le dégagement a été rendu paradoxalement possible, indique un ministre, par l’inexistence d’une vision économique, financière ou technique claire. En somme par un amateurisme qui s’est manifesté, ajoute ce ministre, à travers les questions que certains cadres gouvernementaux ont adressées au CDR, dans l’espoir de l’embarrasser. Des interrogations mal étudiées, passant à côté de la plaque, c’est-à-dire du rôle fonctionnel majeur de ce supraministère, pour se concentrer sur des aspects secondaires de pure forme. Comme si l’on ne voulait pas vraiment faire de procès et provoquer une surtension, au moment où l’on se voyait conseiller le retour au calme.
Après coup cependant ces sources ministérielles regrettent que l’Exécutif, soucieux d’éviter un débat à risques, ait bâclé l’étude du budget. Les ministres reconnaissent ainsi que le fond même du problème financier essentiel, la dette publique (et son lourd service), n’a pratiquement pas été abordé. Pourtant, dès la première des six séances, Khalil Hraoui et Jean-Louis Cardahi avaient insisté pour que l’on étudie en priorité les moyens à mettre en œuvre afin d’alléger la créance du Liban. Karam Karam leur avait emboîté le pas par la suite. Mais ils n’ont été ni entendus ni suivis. Et les disputes ont encore assourdi l’écho de leurs réclamations. Couvertes encore davantage lorsque l’on a débattu du gâteau à partager. C’est-à-dire des 16 % du budget consacrés aux dépenses dites de développement régional, électoralement intéressantes. Finalement l’on s’est entendu à ce sujet, à la libanaise. Même le CDR, et ses fameux 110 milliards (de LL) s’en est sorti finalement sans tonsure. Et, conformément au vœu des décideurs de geler les sujets qui fâchent, les nominations au sein de ce Conseil, objets de vives critiques de la part du camp lahoudiste, n’ont plus été évoquées.
Donc, pour les autres 84 % du budget, composés surtout du service de la dette publique et des traitements des fonctionnaires, rien n’a été fait. On continue, sur la même pente. Fouad Siniora, réservé (et impuissant) depuis le départ quant à l’orientation d’un pouvoir que les querelles empoisonnent, s’est pour ainsi dire contenté de reconduire la routine, dans son projet. Il a consenti, implicitement, à ce que l’on ne discute ni des privatisations ni des titrisations, qui ordinairement sont ses chevaux de bataille dans la mesure où elles permettraient au Trésor de respirer un peu. Dès lors, comme le redoute un des ministres cités, le pays est sans doute appelé à connaître un accroissement de sa dette publique, et des charges d’intérêts que cela entraîne. Un plongeon à l’aveugle, faute d’un plan financier de redressement, conclut ce responsable.

Philippe ABI-AKL
La montagne a accouché d’une souris. Six séances du Conseil des ministres, des algarades, des déclarations fracassantes. Pour retourner au point de départ. C’est-à-dire au projet de budget minimaliste que Fouad Siniora avait préparé. C’est ce que constatent des opposants de l’Est, pour répéter qu’il serait temps de changer un système, inepte. Et le personnel qui va avec.Dans les faits, il a suffi d’un coup de baguette magique, syrienne bien entendu, pour dénouer l’une des crises les plus aiguës que le pouvoir issu de Taëf a connues. Et Dieu sait s’il en a traversé, depuis les affrontements Hraoui-Hoss, il y a treize ans. Alors que l’on s’attendait, après la réunion heurtée de mardi, à une implosion de l’Exécutif, la séance du lendemain a été aussi calme qu’expéditive. Le téléphone de Anjar...