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RENCONTRE Samir Siblini : « Le nay, compagne de ma vie…» (photo)

Le nay a pour Samir Mohammed Siblini valeur d’absolu. Tout simplement. Quarante-trois ans d’amour fou avec ce qu’il désigne comme « la compagne de sa vie » et la passion est encore intacte. Professeur au Conservatoire national supérieur de musique, interprète infatigable et inspiré (à son actif plus de 350 chansons occidentales), Siblini, avec ses 40 CD et 60 cassettes sur le marché, ses concerts multiples, ses innombrables tournées à l’étranger (il a travaillé vingt ans dans les pays arabes), ses cheveux grisonnants d’homme frisant la soixantaine et sa vie rangée de père de trois filles, n’a pas fini encore de parler et de rêver du… nay.

Une histoire qui remonte
très loin
Élevé dans une famille où la musique a sa place (son père jouait du qanun), il se rappelle avec pas mal d’humour les soirées où les amis venaient pour les répétitions et laissaient les instruments dans leur mallette car les «artistes» à cette époque étaient plutôt mal vus par les soi-disant bien-pensants. Fréquentation et vie peu recommandables pour les stakhanovistes du labeur aux bureaux à horaires fixes. Alors Siblini enfant (à sept ans déjà) farfouillait dans les affaires des adultes et découvrait avec ravissement le monde des sons et surtout la magie du nay. Nay enchanté et enchanteur. Il apprenait, confie-t-il modestement, par oreille. Pour tous ces instants où la musique était carrément volée, beaucoup de tendresse et surtout de nostalgie. Mais les études sérieuses et assidues au conservatoire ne devaient pas tarder, sous la férule de Naïm al-Bitar. À force de gammes soufflées à doigté agile, l’art s’affine, prend du souffle (plaisir des jeux de mots) et émerge le talent. Remarquable joueur de nay professionnel, sommité dans son métier où il est une référence pour cet instrument aimé du roi David (les Psaumes ne sont-ils pas un chant accompagnant le «mizmar»? ), Samir Siblini dit tranquillement que son nay a accompagné la plupart des stars du chant arabe. Des soirées de Roméo Lahoud à l’hôtel Phoenicia d’avant-guerre et de l’orchestre formé par Abboud Abdel el-Aal, en passant par Najat al-Saghira, Warda al-Jazairiya, Sabah, Feyrouz, Abdel Halim Hafez, Farid al-Atrache, Abdel Aziz Mohammed, Mohammed Abdel-Mouttaleb, Ragheb Alama, Nazem Karam, tout ce peloton prestigieux et bien d’autres ont eu droit à ce soyeux ruban de notes échappées à son nay, qui insuffle une palette d’émotions comme une poudre irisée de lumière. «On dit que le nay est un instrument populaire, explique Siblini, c’est tout à fait faux. Il s’agit d’un instrument “spirituel”. Il est le seul instrument utilisé dans le “zikr” et les “majless soufis”.»
Séducteur par excellence par son timbre, ses possibilités sonores, son témoignage de l’amour et de la joie, sa proximité de la voix humaine, le nay a pour origine un mot persan signifiant roseau. Il s’est répandu de l’Iran en Turquie et remonte à plus de dix mille ans. Il est le plus ancien instrument à souffle depuis les Achourites et les Pharaons. Il appartient à une musique «mantakié» (régionale) plus que fondamentalement au patrimoine libanais. Confusion commune, car il est plus oriental que symbole sonore de nos montagnes ou vallées. Qu’à cela ne tienne, Samir Siblini ne manque pas d’arguments pour souligner que «le patrimoine maronite» a été interprété sur nay avec oud, qanun et violon.
Quelles sont les ambitions de ce «nayiste» (aussi célèbre au Liban qu’au-delà des frontières) après presque un demi-siècle où le jeu d’enfant s’est transformé en une carrière irréprochable? «Je veux faire plus», dit Siblini malgré tous les succès et les sollicitations, amoureux plus que jamais d’un instrument dont il ne semble pas avoir sondé toutes les possibilités, ni épuisé toutes les séductions.
Edgar DAVIDIAN
Le nay a pour Samir Mohammed Siblini valeur d’absolu. Tout simplement. Quarante-trois ans d’amour fou avec ce qu’il désigne comme « la compagne de sa vie » et la passion est encore intacte. Professeur au Conservatoire national supérieur de musique, interprète infatigable et inspiré (à son actif plus de 350 chansons occidentales), Siblini, avec ses 40 CD et 60 cassettes sur le marché, ses concerts multiples, ses innombrables tournées à l’étranger (il a travaillé vingt ans dans les pays arabes), ses cheveux grisonnants d’homme frisant la soixantaine et sa vie rangée de père de trois filles, n’a pas fini encore de parler et de rêver du… nay. Une histoire qui remontetrès loin Élevé dans une famille où la musique a sa place (son père jouait du qanun), il se rappelle avec pas mal d’humour les soirées où...