À dix jours de l’ouverture, à Rome, de la Conférence intergouvernementale (CIG) appelée à entériner le projet de Constitution européenne, la Grande-Bretagne se rapproche discrètement des positions franco-allemandes sur l’épineux chapitre de la défense européenne. Jusqu’ici, le gouvernement britannique se montrait très méfiant à l’égard des avancées prévues dans le projet de Valéry Giscard d’Estaing. Dans un livre blanc consacré à la future Constitution, Londres exprimait récemment ses réticences à voir une défense européenne se développer en dehors des structures de l’Otan.
Lors du mini-sommet de Berlin, ce week-end, Tony Blair a clairement infléchi sa position sur ce sujet. Dans ses conversations informelles, le Premier ministre britannique a laissé entendre à Jacques Chirac et Gerhard Schröder qu’il était prêt à faire des concessions en matière de défense européenne afin de ne pas bloquer les négociations de la CIG. Tony Blair aurait accepté l’idée de mettre en place, au sein de l’Union, des « coopérations structurées » en matière de défense, telles qu’elles sont décrites dans le projet de Constitution élaboré par Valéry Giscard d’Estaing. Cette forme inédite de coopération, défendue par Paris et Berlin, permettrait à un « noyau dur » de pays européens de planifier et de diriger des opérations militaires sans l’aide de l’Otan. Elle ouvre également la voie à un quartier général européen indépendant des Américains, un projet qui irrite Washington.
Dans un document de travail confidentiel, validé au plus haut niveau dans les chancelleries, la Grande-Bretagne estime, avec la France et l’Allemagne, que « l’Union européenne doit être pourvue d’une capacité commune à planifier et à conduire des opérations sans avoir recours aux capacités et aux moyens de l’Otan ». La nouvelle a été accueillie avec soulagement à Bruxelles. « Si Londres rejoint le camp franco-allemand sur ce sujet pendant la CIG, cela renforcera considérablement le poids des pays fondateurs, et le texte de Giscard », pronostique un diplomate français. Si Downing Street a démenti dans un communiqué avoir offert son soutien à un projet de défense européenne qui puisse « miner l’Otan », les diplomates à Bruxelles ont eu confirmation, hier, du changement « très net » de la position britannique. « C’est du troc : la défense en échange de l’Irak », résume un diplomate allemand. « Sur l’Irak, Tony Blair reste l’otage de Washington. Il ne peut pas se permettre de s’aligner sur Paris et Berlin. En échange, il a dû céder à ses partenaires européens sur la défense. »


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