Seuls quelques coups de feu sporadiques étaient tirés au niveau des deux ponts – Old Bridge et Johnson Tucker Bridge – qui relient le centre-ville, siège du pouvoir du président Taylor, au quartier de Via Town, contrôlé par les rebelles.
Toute la journée de samedi, de violents combats s’étaient produits sur les ponts et dans Via Town, où les forces de Charles Taylor avaient réussi à pénétrer en milieu de journée avant d’en être repoussées dans la soirée.
En reprenant Via Town, l’objectif des forces gouvernementales est d’atteindre le port, situé plus au nord et contrôlé par les rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (Lurd) depuis le 19 juillet.
Un commandant de la rébellion se faisant appeler « commandant Jacob » a affirmé qu’il s’attendait à une reprise des combats. « Nos sources de renseignements nous ont dit qu’il va y avoir une autre attaque » des forces de Taylor, a déclaré ce commandant. « Nous nous y préparons, mais les hommes ont reçu l’ordre de ne pas tirer. Personne ne bougera », a-t-il ajouté.
Samedi, le président Taylor a promis à une délégation ministérielle de la Cedeao venue le rencontrer à Monrovia qu’il quittera le pouvoir le lundi 11 août, soit une semaine après l’arrivée des premiers des 776 soldats nigérians qui doivent être déployés à Monrovia.
Il n’a, en revanche, pas indiqué à quelle date il entendait quitter le Liberia pour aller au Nigeria qui a offert de l’accueillir. À l’issue de la rencontre avec la délégation de la Cedeao, son porte-parole, Vani Passewe, avait déclaré qu’il ne partira de son pays « qu’en tant qu’homme libre ».
Ancien chef de guerre devenu président en 1997, Charles Taylor est sous le coup d’un mandat d’arrêt international à la suite d’une inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Sierra Leone.
C’est de ce pays voisin où ils participent à une mission de maintien de la paix de l’Onu, qu’arriveront les premiers des 776 soldats nigérians.
Ils seront rejoints par un nombre à peu près similaire d’autres Nigérians dans les jours suivants, puis par environ 1 700 hommes d’autres pays de la Cedeao. Le Ghana, le Mali, le Bénin et le Togo ont promis de contribuer à la force ouest-africaine de paix.
Au total, la Cedeao devrait avoir déployé au Liberia environ 3 250 hommes avant la fin du mois d’août.
Dans un premier temps, les Nigérians seront cantonnés hors du centre-ville, près de l’aéroport international de Robertsfield qu’ils auront pour mission de sécuriser. « Le succès de toute l’opération en dépend », a récemment déclaré le général nigérian Festus Okonkwo, qui va commander la force de la Cedeao.
Leur arrivée est attendue avec beaucoup d’impatience par les habitants de Monrovia, qui vivent dans des conditions terribles et sont les premières victimes des combats qui, depuis la mi-juillet, ont fait des centaines de morts et quelque 200 000 déplacés.
Blessée à l’œil par l’explosion d’un obus près d’elle, Vrola Chea, jeune femme de 24 ans réfugiée dans l’hôtel en ruine qui surplombe les deux ponts stratégiques de Monrovia et sert de point d’observation aux forces de Taylor, affirme que la venue des Nigérians est le dernier espoir.
« Nous souffrons, nous n’avons pas à manger, nous sommes en train de mourir », dit-elle, ajoutant : « Les troupes nigérianes doivent arriver vite pour nous sauver. »


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